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La société commune de Fincantieri et Naval Group voit le jour

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La société commune de Fincantieri et Naval Group voit le jour

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Le premier conseil d’administration la société commune de Fincantieri et Naval Group s’est déroulé le 13 janvier. Baptisée de Naviris, elle concrétise l’alliance initiée en 2018 par les deux groupes dans le cadre du projet Poseidon, qui avait obtenu le soutien des gouvernements italien et français. « Naviris pose les bases d’une consolidation de la défense navale européenne capable de faire face à la concurrence exacerbée de compétiteurs du monde entier. Avec Naviris, Fincantieri et Naval Group mettent en commun leurs forces pour développer une nouvelle capacité stratégique du naval de défense et répondre de manière innovante aux besoins de leurs clients », affirment les deux industriels.

Siège en Italie et filiale en France

La création de cette joint-venture, détenue à 50/50 par les deux entreprises et dédiée aux navires de surface, a été retardée de quelques mois, en attendant notamment le feu vert des autorités européennes de la concurrence. Le siège de Naviris est installé à Gênes et la société compte une filiale à 100% située à Ollioules, près de Toulon. Là où Naval Group a inauguré en février 2017 un site ultramoderne dédié aux systèmes de combat et au développement des technologies de demain, comme les futures architectures numériques embarquées. Via Naviris, Naval Group et Fincantieri vont développer à Ollioules un centre d’ingénierie navale commun, un pôle crucial puisque c’est lui qui permettra à leur JV, qui va disposer de ses propres ressources dans différents domaines, comme le commercial et le marketing, de se positionner comme autorité de conception de futurs projets franco-italiens et internationaux, tant en matière de plateformes que de systèmes de combat. Naviris pourra donc porter des réponses communes sur des appels d’offres. « L’équipe de Naviris conduira des projets binationaux et des projets exports. Afin de marquer l’importance stratégique qu’accordent Naval Group et Fincantieri à l’opération, Giuseppe Bono a été nommé Président et Hervé Guillou membre du Conseil d’administration. Claude Centofanti, directeur Exécutif et Enrico Bonetti, directeur des Opérations, dirigeront la joint-venture. Les maisons-mères sont ainsi réunies à parité au sein du Conseil d’administration ».

 

Claude Centofanti et Enrico Bonetti (© : NAVIRIS)

Claude Centofanti et Enrico Bonetti (© : NAVIRIS)

 

Un à deux bateaux de plus chaque année

Selon les objectifs annoncés en juin dernier lors de la signature par Giuseppe Bono et Hervé Guillou de l’accord de coopération à La Spezia, la nouvelle société franco-italienne doit engranger 1.5 à 1.7 milliard d’euros de prises de commandes d’ici la fin 2022. « L’idée est de décrocher d’ici 4 ou 5 ans un à deux bâtiments de plus chaque année par rapport à ce que nous aurions totalisé en restant seuls », confiait alors Hervé Guillou. Quant à savoir si la société commune mordra significativement sur le chiffre d’affaires des maisons-mères, cela ne semble pas devoir être le cas avant longtemps. Ainsi, pour Naval Group, les 1.5 à 1.7 milliards de prises de commandes de Naviris sur les quatre prochaines années sont à mettre en rapport avec les 15 milliards de contrats que l’entreprise française compte signer pour son propre compte sur la même période.

Quels projets pour débuter l’activité ?

Pour l’heure, Naviris n’a aucun contrat mais travaille pour obtenir ses premiers marchés. Avec, pour commencer, le projet de refonte à mi-vie de quatre frégates de défense aérienne de la Marine nationale et de la Marina militare (deux chacune), réalisées dans le cadre du programme franco-italien Horizon. Un projet dont la concrétisation est espérée autour de 2025 si les deux marines (et les ministères) parviennent à faire converger leurs besoins opérationnels et le calendrier. La JV va par ailleurs travailler sur un projet de corvette européenne (European Patrol Corvette - EPC) d’environ 3000 tonnes avec l’ambition de bénéficier de financements communautaires prévus pour les programmes capacitaires de la Coopération structurée permanente (CSP/PESCO). Naval Group et Fincantieri espère agréger des besoins d’autres pays européens autour de ce projet, qui doit d’abord démarrer sur une base binationale. Côté français, c’est notamment le remplacement des six frégates de surveillance du type Floréal qui est visé. Mais cette succession n’est pas programmée avant l’horizon 2030, ce qui fait loin. Il sera donc intéressant de voir si les deux industriels peuvent trouver une ouverture pour conduire plus rapidement ce projet. Il se dit par exemple que Naval Group tente actuellement de pousser vers le haut le programme des dix futurs patrouilleurs océaniques français avec des plateformes de plus de 100 mètres. On ne sait pas si cette démarche est liée au besoin de nouveaux produits franco-italiens. Quant à l’export, l’heure est toujours à la bataille franco-italienne sur la plupart des marchés en cours et donc antérieurs à la création de la JV, en attendant l’opportunité de se lancer conjointement sur de futurs appels d’offres.

Un avenir suspendu aux volontés politiques et aux changements de têtes

Les bases d’une alliance franco-italienne dans le naval de défense sont en tous cas posées. Reste maintenant à voir ce qui sera construit sur ces fondations, sachant que la JV va évoluer dans le secteur éminemment complexe et politique de l’armement et des relations géostratégiques. Ce rapprochement ne fait de plus pas l’unanimité dans les deux pays et compte un certain nombre d’opposants à différents niveaux. Thales, actionnaire industriel de référence de Naval Group (35% du capital) craint par exemple que cette alliance favorise son concurrent italien Leonardo dans le domaine de l’électronique et plus particulièrement des radars. De plus, Poseidon repose d’abord sur la volonté et l’opiniâtreté de Giuseppe Bono et d’Hervé Guillou. Or, si le premier a été reconduit en avril 2019 pour trois nouvelles années à son poste de directeur général de Fincantieri, Hervé Guillou n’est actuellement pas donné favori pour sa propre succession, prévue en mars prochain. S’il ne reste pas à la barre de Naval Group, il conviendra de voir si l’élan qu’il a impulsé se poursuivra ou non avec celui qui prendra sa place de président.

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