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L’Allemagne choisit l'offre de Damen pour ses futures frégates, GNY va contester
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L’Allemagne choisit l'offre de Damen pour ses futures frégates, GNY va contester

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Coup de tonnerre dans l’industrie navale militaire allemande et plus globalement européenne. Au terme d’une longue compétition, la première en Europe ouverte à l’international pour des bâtiments de combat de premier rang, le gouvernement allemand a choisi un consortium emmené par une société étrangère pour les futures frégates de la Bundeswehr. C’est en effet l’offre portée par le groupe néerlandais Damen, associé au constructeur allemand Lürssen et à Thales, qui a été retenue pour la conception et la réalisation des unités du type MKS 180. D’un coût évalué entre 4 et 6 milliards d’euros, ce programme naval est le plus important lancé par l’Allemagne depuis la seconde guerre mondiale. Il porte sur la réalisation de quatre à six frégates polyvalentes de très grande taille, qui pourraient bien être les plus imposantes du continent.

 

Le concept Omega dévoilé en 2019 par Damen (

Le concept Omega dévoilé en 2019 par Damen (© DAMEN)

 

Le design lauréat n’a pas encore été dévoilé et on ne sait pas s'il sera inspiré du modèle Omega de frégate lourde dévoilé l’an dernier par Damen pour le marché export. La filiale néerlandaise de Thales est chargée du système de combat, la construction des MKS 180 devant être menée à bien à Hambourg par le chantier Blohm + Voss, qui appartient à Lürssen depuis 2016. Suite à cette annonce, le grand syndicat allemand IG Metall a indiqué qu’il serait très vigilant à ce que la décision du gouvernement fédéral ne « compromette pas l’avenir d’autres chantiers et fournisseurs dans le nord de l’Allemagne ». Damen répond aux inquiétudes en affirmant qu’environ 80% de l’investissement inhérent à ce programme sera injecté en Allemagne. Un chiffre que réfute la concurrence, en particulier sur le plan qualitatif.

Le tandem Damen/Lürssen est pour mémoire opposé à une équipe allemande emmenée par German Naval Yards autour de son chantier de Kiel, mais aussi TKMS (repêché par GNY après avoir vu son offre évacuée de la compétition) ainsi qu’Atlas Elektronik pour le système de combat. Leur proposition est basée sur une version agrandie et améliorée (environ 160 mètres et 10.000 tonnes de déplacement) des quatre dernières frégates construites pour la marine allemande, les F125.

 

F125

F125 (© BUNDESWEHR - CARSTEN VENNEMAN)

 

Du côté de Damen, on se félicite évidemment du choix de Berlin, encore inespéré il y a deux ans. Il constitue un succès majeur pour le groupe néerlandais qui est pour la première fois retenu à l’international dans un marché portant sur des frégates fortement armées. Et cela crée au passage un précédent en Europe, où ces contrats sont traditionnellement réservés aux industries nationales (pour les pays qui en disposent) pour des questions de souveraineté.  

C’était d’ailleurs tout l’enjeu du programme MKS 180 pour German Naval Yards, ses partenaires et de nombreux élus de la région de Kiel, qui n’avaient pas manqué de faire valoir ces derniers mois que l’attribution à un groupe étranger d’un tel programme constituerait un revers majeur, si ce n’est fatal, pour l’avenir de l’industrie allemande, en particulier dans le domaine de l'ingénierie pour la conception de bâtiments de surface fortement armés. A quoi s'ajoutent de fortes craintes pour les ventes à l'export. Car il est logiquement beaucoup plus difficile de continuer à être crédible sur le marché mondial quand son propre gouvernement ne choisit pas ses champions nationaux. Cela, alors même qu'un projet de loi, à l'étude actuellement au Bundestag, a précisément pour objectif de protéger l'industrie navale nationale. C’est pourquoi GNY, qui appartient depuis 2011 à Privinvest (la holding d’Iskandar Safa) et a repris l’activité de construction de bâtiments de surface de TKMS (qui n’a conservé que l'ingénierie), va selon nos informations initier une série de recours pour contester la décision du gouvernement allemand de sélectionner l'alliance Damen/Lürssen, en particulier sur les aspects techniques. Damen n'a donc pas encore emporté l'affaire et la nouvelle bataille qui s'engage devrait être particulièrement rude tant les enjeux sont importants de part et d'autre.  

L’affaire est aussi suivie de près dans d’autres pays européens, en particulier en France, où l’on tente d’évaluer ses effets potentiels sur le futur programme des quatre futurs sous-marins néerlandais. Un marché sur lequel Naval Group est en compétition avec TKMS et une alliance entre Damen et le suédois Saab/Kockums. Or, à Paris, certains redoutent que le choix de Berlin en faveur des Néerlandais pour les futures frégates allemandes ait pour conséquence de voir les Pays-Bas opter en retour pour des sous-marins allemands.

 

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