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Brest : une hélice de la Jeanne d’Arc retrouve l’atelier des Capucins

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Brest : une hélice de la Jeanne d’Arc retrouve l’atelier des Capucins

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Histoire Navale

Bientôt 10 ans après le retrait du service du mythique porte-hélicoptères Jeanne d’Arc, ancien bâtiment école de la Marine nationale, l’une de ses hélices a été installée dans la grande salle des machines de l’atelier des Capucins, à Brest. Depuis 2017, cet ancien site de l’arsenal a été transformé en lieu culturel tout en gardant des témoignages de son prestigieux passé, au service de la construction et de la maintenance des bâtiments de la flotte française. C’est le cas d'une ligne d'arbre mais aussi de cette hélice de la Jeanne, superbe pièce de fonderie réalisée dans un mélange de cuivre et d’aluminium.

Construite à Brest à partir de 1959 et mise en service en 1964, l’ex-Jeanne d’Arc a servi jusqu’en 2010 à former des générations de jeunes officiers, qui vivaient à bord leur première navigation de longue durée. Ecole embarquée et ambassade flottante, le prestigieux bâtiment était aussi une unité opérationnelle engagée si la situation l’exigeait, par exemple en soutien aux populations suite au tsunami qui dévasta l’Indonésie et d’autres pays d’Asie du sud-est en décembre 2004. Il y eut aussi, en 2008, l’engagement du porte-hélicoptères lors de l’opération visant à intercepter les preneurs d’otages du Ponant, sans oublier 20 ans plus tôt le sauvetage de « boat people » vietnamiens.  

 

La Jeanne d'Arc (© : MARINE NATIONALE - FRANCK SEUROT)

La Jeanne d'Arc (© : MARINE NATIONALE - FRANCK SEUROT)

La Jeanne d'Arc (© : MARINE NATIONALE - FRANCK SEUROT)

La Jeanne d'Arc (© : MARINE NATIONALE - FRANCK SEUROT)

 

Armé par plus de 600 marins, le bâtiment, qui a sillonné les eaux du monde entier, a vu passer à son bord, au cours sa carrière, 15.000 marins et formé plus de 6000 officiers. En 46 ans, il aura parcouru plus de 1.7 million de milles (3.15 millions de km) et réalisé 769 escales dans 85 pays. L’imposante coque, longue de 182 mètres pour une largeur de 24 mètres et un déplacement de plus de 12.000 tonnes en charge, était propulsée grâce à quatre chaudières, que les marins avaient baptisées Eglantine, Mirabelle, Clara et Morgane. Elle fournissaient la vapeur nécessaire au fonctionnement des turbines, et en bout de course des deux lignes d’arbre à l’extrémité desquelles se trouvaient les hélices. La puissance développée atteignait 40.000 cv, de quoi dépasser les 26 nœuds. Et même au-delà pour son ultime transit, entre la Normandie et la pointe Bretagne, en mai 2010. Dans un ultime baroud d’honneur et grâce à des mécaniciens aux petits soins jusqu’au dernier moment, la vieille Jeanne avait, aidée par le courant du Raz Blanchard, dépassé la vitesse de 30 nœuds par rapport au fond, une allure qu’elle n’avait jamais atteinte.  

 

La Jeanne d'Arc en cale sèche à Brest en 2005 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La Jeanne d'Arc en cale sèche à Brest en 2005 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« C’était un bateau extraordinaire », résume le dernier chef mécanicien de la Jeanne, Didier Nyffenegger, qui était présent vendredi, aux Capucins pour l’inauguration de l’hélice. « Je n’ai jamais vu une coque de ce tonnage avec un sillage aussi discret. 12.000 tonnes quand même et quasiment rien derrière ». C’est dire si la coque, la propulsion et les hélices avaient été soignées. « Oui ça fait plaisir de voir cette hélice à cet endroit plutôt qu’à l’ombre d’un magasin de la marine », poursuit Didier Nyffenegger. Ici, elle sera vue, elle interrogera certains et entretiendra le souvenir de ce bateau de légende.

 

 

À chacun son souvenir

Mais ceux qui connaissent son histoire et sa véritable valeur étaient présents vendredi lors de sa présentation aux Capucins. Il manquait son dernier commandant, Patrick Augier qui l’avait ramené à bon port, à Brest, le 27 mai 2010. Le préfet maritime de l’Atlantique, Jean-Louis Lozier, élève à bord en 1983 et 1984, rappelait son attachement au navire, tout comme le maire, François Cuillandre, qui l’a rejoint à plusieurs reprises au bout du monde et a vibré lors de son dernier transit et dernier accostage quai Malbert. Le patron de Naval Group à Brest, Éric Balufin, y allait de sa petite anecdote. Vers 6 et 7 ans, la première maquette de bateau qu’il réalisait dans sa chambre d’enfant, n’était autre que la Jeanne d’Arc. « J’étais très loin de me douter que je travaillerai au sein de l’entreprise qui l’a façonné ». Des anciens de la DCN et des marins fidèles touchaient avec émotion les pales de l’hélice figée à tout jamais, contrairement aux souvenirs qu’elle ravive immanquablement.

- Voir notre dernier reportage réalisé à bord de la Jeanne d'Arc en mai 2010

Article réalisé avec la rédaction du Télégramme

 

La Jeanne d'Arc en Seine en mai 2010 (© : YVES MADEC)

La Jeanne d'Arc en Seine en mai 2010 (© : YVES MADEC)

La Jeanne d'Arc à Brest dans les années 2000 (© : MARINE NATIONALE)

La Jeanne d'Arc à Brest dans les années 2000 (© : MARINE NATIONALE)

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