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Haropa : une année 2019 difficile

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Haropa : une année 2019 difficile

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Les ports de l’axe Seine, réunis au sein d’Haropa, ont globalement connu une année 2019 difficile en raison de la baisse des trafics énergétiques et des mouvements sociaux. L’ébauche d’un plan de relance devrait faire oublier ce mauvais cru. Un article d’Hervé Deiss de Ports et Corridors.

En 2019, les trois ports constituant Haropa, Le Havre, Rouen et Paris, ont enregistré une baisse significative de leur trafic maritime. Globalement, il perd 5% pour s’établir à 90 Mt. Ce sont 4,8 Mt en moins qui sont passés par les quais. Pour la direction des ports de l’axe Seine, deux facteurs expliquent cette diminution de trafic. Ces deux facteurs cumulés entrent pour 98% dans la baisse du trafic. Le premier est lié aux trafics énergétiques. Les deux principaux courants liés à l’énergie, à savoir le pétrole et le charbon, représentent 80% dans la baisse de trafic. Cela est lié à des arrêts techniques programmés des raffineries de Total à Gonfreville et d’ExxonMobil mais aussi à un incendie dans les installations de Total début décembre qui devrait mettre en suspens la raffinerie pendant une dizaine de mois. La raffinerie de Grandpuits a été arrêtée pendant six mois en raison d’un incident sur le pipe-line d’approvisionnement en février 2019.

Du côté du charbon, la centrale thermique du Havre, dont l’arrêt définitif est programmé en 2021, a commencé sa décélération. Les approvisionnements en charbon se réduisent petit à petit. Outre ces incidents techniques, les filières de produits carbonés devraient continuer à s’effilocher au cours des prochaines années. Le plan stratégique d’Haropa sur la période 2020 à 2025 estime la décroissance des trafics carbonés à 2% par an. La direction du port appelle l’ensemble de la communauté portuaire à dynamiser les filières de relais de croissance.

En plus des facteurs structurels sont venus s’ajouter les mouvements sociaux de fin d’année avec des journées de « Ports Morts ». Des mouvements sociaux liés à la réforme des retraites qui ont durement touché l’activité conteneurs. L’autorité portuaire a décompté 52 annulations d’escales au cours du mois de décembre. Au global, la perte de trafic est estimée aux environs de 50 000 EVP, soit 18% de la baisse du trafic maritime.

Les vracs liquides totalisent 46 Mt en 2019, soit une baisse de 7,5% en raison des arrêts techniques et des incidents survenus dans les différentes raffineries et le pipe-line avec l’Ile de France. La baisse de pétrole brut a largement contribué à la contraction de cette catégorie. Hors pétrole brut, les vracs liquides progressent de 2% à 25 Mt.

La performance des céréales à Rouen

Du côté des vracs solides, la situation a été meilleure. Au global, Haropa gagne 3,8% à 14 Mt. Une performance liée à la bonne santé des flux céréaliers. Les exportations de céréales ont enregistré une hausse de 9,3% à 8,3 Mt grâce à une excellente récolte en 2019. Un trafic qui constitue un record sur les deux dernières décennies. De plus, le trafic de la filière BTP à Paris a progressé de 39%. Toujours dans les vracs solides, la baisse du charbon, qui devrait se confirmer en 2020 pour disparaître presque totalement en 2021, a été compensée par les biocarburants et la biomasse. Deux flux qui s’inscrivent dans la transition énergétique. «Rouen a traité près de 23,5 Mt (+2,5%). Ce chiffre affiche le dynamisme de notre port et confirme sa croissance continue depuis deux ans. Après une année 2018 marquée par la diversification, 2019 se caractérise par une meilleure compétitivité sur les trafics socles du Port. L’approfondissement du chenal qui nous a permis d’accueillir des navires de très forts tirants d’eau, profite ainsi à différentes filières : les céréales atteignent notamment des records, qui comptent parmi les meilleurs résultats depuis vingt ans, tandis que les exportations de produits pétroliers augmentent de 15%», indique Pascal Gabet, directeur général Haropa – Port de Rouen.
Du côté des marchandises diverses, tant le trafic roulier que les conteneurs affichent un repli. Le roulier a enregistré une baisse de 5,4%. Pour la direction du port, cette baisse tient principalement au manque d’espace sur le terminal. Le taux d’occupation des surfaces de stockage des véhicules a atteint 100%. Les opérateurs utilisent les espaces de stockage pour mener des opérations de finalisation et de customisation des véhicules, allongeant par la même le temps de stockage jusqu’à 10 jours en moyenne. Pour remédier à ce souci et adapter son terminal le port a mené une opération de réorganisation des surfaces pour gagner 7000 places supplémentaires. Des travaux d’extension sur une superficie de 20 hectares ont démarré et devraient permettre de gagner 10 000 places de parking supplémentaires.

Un retard structurel à rattraper

Quant aux trafics conteneurisés, ils accusent un repli de 3,5% à 2,9 MEVP. Une baisse liée en partie aux mouvements sociaux mais aussi à la baisse des transbordements. Ces derniers flux enregistrent une baisse de 9,5% sur l’année passée. Malgré ces deux éléments négatifs, Haropa note une progression des modes massifiés dans les pré et post acheminements. Le fluvial pèse désormais 9,9% du trafic conteneurisé et le ferroviaire est passé à 4,7%, augmentant de 0,9 points. La hausse du trafic ferroviaire aurait pu être encore plus importante sans les mouvements sociaux de fin d’année.
Les équipes d’Haropa vont devoir reprendre leur bâton de pèlerin pour regagner des parts de marché. Depuis 2015, première année pleine d’activité d’Haropa, l’ensemble portuaire du corridor séquanien a vu ses trafics progresser de 10,5%, et ce malgré la baisse d’activité en 2019. Sa part de marché dans le trafic du range nord Europe, sans intégrer les ports britanniques, est passée de 6,3% en 2015 à 6,1% en 2019 avec au plus haut pendant ces cinq ans, une part de marché de 6,9% (en 2017). Sur la même période les trafics du port d’Anvers ont progressé de 23% à 11,8 MEVP avec une part de marché passant de 23,7% en 2015 à 25,5% en 2019. La plus forte hausse sur le range nord revient au GPM de Dunkerque qui a vu ses trafics progresser de 42% à 450 000 EVP avec une part de marché passant de 0,8% à 1%. Reprendre des parts de marché après les mouvements sociaux va s’avérer difficile. Les équipes d’Haropa vont devoir faire face à des soucis structurels plus lourds puisque même pendant les périodes de paix sociale, les ports séquaniens n’ont pas réussi à s’imposer face à leurs concurrents dans la bataille du conteneur.

En Ile de France, le trafic progresse fortement

Avec 25 Mt, les trafics franciliens ont enregistré une progression de 13%. Une performance liée à la bonne dynamique de report modal sur le fluvial. Les conteneurs maritimes progressent de 19%, la logistique urbaine explose avec une hausse de 43% et le transport de déchets par voie fluviale augmente de 12,5%. « En très forte progression, le transport fluvial sur la Seine atteint des niveaux records. Ces résultats très positifs démontrent la capacité de Haropa à catalyser des solutions logistiques multimodales plus propres et efficaces qui trouvent leur point d’atterrissage sur nos terminaux franciliens. Une excellente nouvelle pour la connectivité logistique d’Ile-de-France et le développement durable », a indiqué Sébastien Hennick, directeur général Haropa – Ports de Paris par intérim.

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