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Plongée dans les archives : le porte-avions HMS Bulwark à Toulon en mai 1980
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Plongée dans les archives : le porte-avions HMS Bulwark à Toulon en mai 1980

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Histoire Navale

Nouvelle plongée dans les archives photographiques de Jean-Louis Venne. C’était il y a quasiment 40 ans, en mai 1980. L’ancien porte-avions britannique HMS Bulwark, qui sera désarmé un an plus tard, arrive alors en escale à Toulon, équipage au poste de bande tout autour du pont d’envol, où sont stationnés des hélicoptères Gazelle, Wessex et Sea King. Car à cette époque le « R 08 » n’est plus classé comme porte-avions dans l’ordre de bataille de la Royal Navy mais comme porte-hélicoptères et transport de commandos. Sa conversion dans cette fonction a eu lieu en 1958 et 1959, pour une remise en service en 1960. A ce moment, le 42 Commando Royal Marines et le 848 Squadron lui sont rattachés (ce qui évoluera ensuite, les unités n'étant plus forcément rattachées à un bâtiment).

 

Le HMS Bulwark à Toulon en mai 1980 (© : 

Le HMS Bulwark à Toulon en mai 1980 (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le HMS Bulwark à Toulon en mai 1980 (© : 

Le HMS Bulwark à Toulon en mai 1980 (© : JEAN-LOUIS VENNE)

 

Long de 225 mètres pour une largeur maximale de 37 mètres et un déplacement de plus de 26.000 tonnes en charge, le HMS Bulwark, capable d’atteindre 28 nœuds, est armé par 800 membres d’équipage, auxquels s’ajoutent 200 techniciens et pilotes pour ses hélicoptères (jusqu’à 16) et une capacité d’accueil allant jusqu’à 800 Royal Marines.

Mis sur cale en mai 1945 au chantier Harland & Wolff de Belfast, en Irlande, où il est mis à l’eau en juin 1948, ce bâtiment entre en service en octobre 1954. Il s’agit du troisième porte-avions léger de la classe Centaur, dont les deux premiers exemplaires, les HMS Centaur et HMS Albion, furent mis sur cale en 1944 chez Harland & Wolff pour le premier et Swann Hunter pour le second. Ils entrèrent en service en 1953 et 1954. Alors que la série, qui devait initialement compter huit unités, fut réduite de moitié avec la fin de la seconde guerre mondiale, un quatrième porte-avions de ce type fut construit, le HMS Hermes, dont la construction avait également débuté en 1944 (sous le nom de HMS Elephant) mais qui fut modifié pour intégrer une véritable piste oblique. Il n’entra en flotte que fin 1959. Resté en service au sein de la Royal Navy jusqu’en 1986, après avoir été converti en porte-aéronefs avec ajout d'un tremplin à l'avant pour la mise en œuvre des Harrier à décollage court et appontage vertical,  le HMS Hermes, bâtiment amiral de la flotte britannique lors de la guerre des Malouines en 1982, fut vendu en 1986 à l’Inde. Renommé Viraat, il ne fut désarmé qu’en 2017.

 

Le porte-aéronefs indien Viraat (ex-HMS Hermes) à Mumbai en 2017 (© : 

Le porte-aéronefs indien Viraat (ex-HMS Hermes) à Mumbai en 2017 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

A l’origine, les HMS Centaur, HMS Albion et HMS Bulwark étaient dotés de deux catapultes à l’avant et une piste oblique avec brins d’arrêt matérialisée sur le pont. Le hangar était desservi par des ascenseurs axiaux. Ils pouvaient mettre en œuvre des avions à réaction comme les Sea Venom, Sea Hawk et Scimitar, ainsi que le Gannet à hélice dédié à la lutte anti-sous-marine et la surveillance radar.

 

Le HMS Albion, avec sa lettre distinctive Z sur l'avant du pont d'envol, ici à la mer en 1956 alors qu'il était encore armé en tant que porte-avions (© : 

Le HMS Albion, avec sa lettre distinctive Z sur l'avant du pont d'envol, ici à la mer en 1956 alors qu'il était encore armé en tant que porte-avions (© : US NAVY)

 

Les HMS Bulwark et HMS Albion ont passé le gros de leur carrière ensemble. Ils participèrent notamment à l’opération Mousquetaire, lancée par le Royaume-Uni, la France et Israël en 1956 afin de reprendre le contrôle du canal de Suez. Ils sont ensuite transformés en porte-hélicoptères et transports de commandos (en 61-62 pour le HMS Albion), la conversion sur le même principe du HMS Centaur étant finalement abandonnée, conduisant à un retrait du service anticipé de ce bâtiment, dès 1965.

Les HMS Bulwark et HMS Albion évoluèrent de longues années en Extrême-Orient, où ils furent notamment engagés dans le conflit entre l’Indonésie et la Malaisie (1963-66). Ayant participé en juin 1966 aux essais en mer du prototype expérimental Kestrel, dont les développements allaient donner naissance au Harrier, le HMS Bulwark évolue jusqu’au cercle arctique en 1968 et repart pour un déploiement jusqu’en Asie l’année suivante. Il navigue ensuite en Méditerranée et en Atlantique. Alors que l’année 1972 est marquée par le retrait britannique de Malte, où le HMS Buwark sert de bâtiment amiral à l’opération Exit, le bâtiment est placé en réserve en mars 1976, trois ans après le désarmement du HMS Albion. Le Royaume-Uni le propose alors à la marine péruvienne mais après deux ans de négociations ce projet échoue. L’ancien porte-avions ne part cependant pas tout de suite à la casse et va même jouer les prolongations. Cela, en raison du retard pris à l’époque dans la construction du premier des trois nouveaux porte-aéronefs britanniques, le HMS Invincible. Après un arrêt technique à Portsmouth, le HMS Bulwark reprend du service en février 1979, en tant que porte-hélicoptères anti-sous-marin. Et participe la même année à une campagne d’essais en mer du nouveau Sea Harrier. En 1980, le bâtiment conduit différents exercices, dont un au large de la Sardaigne avec les Royal Marines, à l’issue duquel il effectue l’escale de mai 1980 à Toulon (il y était venu au moins une fois déjà, en 1969), avant de partir à l’été une nouvelle fois pour le Grand Nord.  Victime d’un grave incendie en novembre 1980, il est sommairement réparé afin de rester en flotte jusqu’à ce que le HMS Invincible soit opérationnel.

 

Le HMS Invincible, ici en 2005 (© : 

Le HMS Invincible, ici en 2005 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le HMS Invincible, ici en 2005 (© : 

Le HMS Invincible, ici en 2005 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le HMS Bulwark achève ainsi sa dernière mission en mars 1981, et rentre définitivement à Portsmouth.  Il est officiellement désarmé en avril 1983 et part un an plus tard se faire démanteler en Ecosse.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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