Histoire Navale
Plongée dans les archives : 1979, la marine teste une première version du Dauphin
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Plongée dans les archives : 1979, la marine teste une première version du Dauphin

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Nouvelle plongée dans les archives photographiques de Jean-Louis Venne. Aujourd’hui, nous exhumons des photos rares de l’aïeul des hélicoptères Dauphin et Panther équipant la Marine nationale. Il s’agit de la machine SA 360 A n°1001, photographiée ici à la fin du printemps 1979 sur la base d’aéronautique navale de Saint-Mandrier.

Il s’agissait de la tête de série du premier modèle SA 360, initialement développé par Sud Aviation et modifié après l’intégration de la société au sein du groupe Aérospatiale en 1970.

 

 

(© JEAN-LOUIS VENNE)

(© JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le premier prototype de cet appareil, conçu pour assurer la succession des Alouette III, réalisa son premier vol en 1972. Cette version initiale du Dauphin se distinguait notamment par son rotor de queue caréné, le fameux fenestron imaginé par les ingénieurs de Sud Aviation et dont l’emploi fut entériné avec les hélicoptères d’attaque SA 340 Gazelle, dont le premier vol remonte à 1967.  A l’issue des essais avec deux prototypes, et de différentes modifications, Aérospatiale lance la production en série en 1974. L’année suivante, le SA 360 A n°1001 prend son envol. Equipé d’une unique turbine Astazou (Turbomeca) d’un peu plus de 1000 cv, cet hélicoptère est doté d’un rotor à quatre pales et d’un train d’atterrissage fixe, avec deux roues à l’avant et une roulette sous le fenestron. Il n’a pas encore le long nez des futurs Dauphin, une pointe qui servira à loger le radar.

Fin 1978, l’appareil, après quelques modifications en vue de son emploi en mer, est mis à disposition de la Marine nationale pour que celle-ci puisse le tester. Et aussi soutenir son développement commercial. A cet effet, le 1001 embarque sur la Jeanne d’Arc et participe à la campagne 78/79 du Groupe École d'application des officiers de marine (GEAOM). Celle-ci se déroule de novembre 1978 à mai 1979, l’ancien porte-hélicoptères, à bord duquel se trouve des HSS et Alouette III et qui est alors accompagné par l’escorteur d’escadre Forbin, navigue vers l’Afrique de l’ouest, l’Amérique latine, les Caraïbes, la côte ouest des Etats-Unis et du Canada, et jusqu’en Polynésie. C’est après ce déploiement que le Dauphin arrive à Saint-Mandrier, où l’on distingue d’ailleurs sur les photos de Jean-Louis Venne le blason certifiant sa participation à la campagne Jeanne d’Arc, apposé sur les portières arrière de la cabine (deux fleurs de lys encadrant une épée supportant la couronne des rois de France).

Comme la plupart des opérateurs d’hélicoptères de l’époque, l’aéronautique navale n’est cependant pas convaincue par le SA 360 A. Il lui est notamment reproché de ne pas être suffisamment motorisé. La Marine nationale ne donne donc pas suite et la production de cet appareil s’arrête au bout de trois ans seulement, dès 1977, après une trentaine d’unités sorties d’usine.

Entretemps, l’Aérospatiale, consciente que sa nouvelle machine ne convient pas au marché,  remet à plat le projet et accouche d’une nouvelle version largement remaniée et biturbine, ce qui accroit la puissance et la sécurité. Le « Dauphin 2 » est né. Il s’agit du SA 365 C, qui réalise son premier vol en 1975, puis surtout de son évolution le SA 365 N, qui vole à partir de 1979 et avec lequel le constructeur français va rencontrer un succès commercial considérable à travers le monde, jusqu’aux Etats-Unis dont les garde-côtes se dotent d’une centaine de « Dolphin ».  

La marine française adopte aussi cet appareil, bien que conservant de nombreuses Alouette III, dont les dernières survivantes, réunies au sein de l’escadrille 22S, devraient encore voler un an ou deux. Côté Dauphin, l’aéronautique navale dispose à ce jour de trois SA 365 F « Pedro », livrés en 1990-91. Armés par la flottille 35F à Hyères, ils embarquent sur le Charles de Gaulle où ils assurent notamment des missions de sauvegarde lorsque le porte-avions réalise des manoeuvres de catapultage et d’appontage.

 

Dauphin Pedro (© MARINE NATIONALE - SERGE CHARMOILLAUX)

Dauphin Pedro (© MARINE NATIONALE - SERGE CHARMOILLAUX)

Dauphin Pedro, ici sur une frégate (© MARINE NATIONALE - BENOIT EMILE)

Dauphin Pedro, ici sur une frégate (© MARINE NATIONALE - BENOIT EMILE)


La 35F arme également six SA 365 N, auparavant appelés Dauphin SP (pour Service Public) et désormais Dauphin SPI (Secours Protection Intervention). Quatre sont basés à Hyères, deux autres étant stationnés au Touquet et à La Rochelle, d’où ils effectuent des missions de sauvetage en mer. S’y ajoutent deux AS 365 N3+, acquis au travers d’un financement interministériel et qui sont opérationnels depuis 2011 et 2012 en Polynésie française.

 

 

Dauphin N3 en mode bombardier d'eau en Polynésie (© MARINE NATIONALE)

Dauphin N3 en mode bombardier d'eau en Polynésie (© MARINE NATIONALE)

 

La flottille 36F arme quant à elle 16 AS 565 Panther, la version militarisée du Dauphin. Livrées entre 1994 et 1998, ces machines aptes à la lutte antisurface, aux assauts en mer et aux opérations spéciales, sont notamment embarquées sur frégates (FDA, FLF et certaines FS) en métropole et outre-mer.

 

Panther (© MARINE NATIONALE - SIMON GHESQUIERE)

Panther (© MARINE NATIONALE - SIMON GHESQUIERE)

 

A l’avenir, les Dauphin et Panther seront remplacés par le futur Guépard, version militarisée du nouveau H160 d’Airbus Helicopters. Ce sera aussi le cas des dernières Alouette III qui, en attendant leur successeur (les premiers Guépard Marine ne sont pas attendus avant 2028) vont être temporairement remplacées par des Dauphin N3 de location.

Quant au SA 360 A n°1001, selon les informations de la fiche Wikipedia consacrée à la famille des Dauphin, cet hélicoptère fut restitué par la Marine nationale à l’Aérospatiale en juin 1979. Exposé à Genève à partir de 1984, l’appareil aurait été démoli en Suisse en 2000.

 

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