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De Fos à Berre : la plus grosse pièce livrée jusqu'ici pour ITER arrive à bon port

Reportage

De Fos à Berre : la plus grosse pièce livrée jusqu'ici pour ITER arrive à bon port

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Débuté il y a bientôt 15 ans, le programme ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) voit la construction à Cadarache, en France, d’un réacteur expérimental basé sur la technologie de fusion nucléaire. Porté par l’Union Européenne (qui participe à hauteur de 45%), la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie et les Etats-Unis, soit en tout 35 pays, ce projet de très grande ampleur repose sur une contribution en nature de ses membres. En clair, chacun, en fonction de ses compétences, fabrique les pièces et équipements qui sont ensuite acheminés à Cadarache pour être assemblés sur le site d’ITER. Un montage industriel qui a fait de Fos-sur-Mer le grand hub logistique du projet, le groupe Daher étant en charge du convoyage des pièces.

En fin de semaine dernière, la plus grosse pièce livrée jusqu’ici au chantier a été transportée par barge depuis les terminaux portuaires de Fos jusqu’à l’étang de Berre, le voyage s’achevant ensuite par la route jusqu’au centre de Cadarache, situé sur la commune de Saint-Paul-lez-Durance. Le reportage photo du transfert de Fos à Berre est signé Emmanuel Bonici. 

 

Chargement du colis sur sa remorque multi-roues à bord d'une barge de CFT à Fos le 10 juin (© EMMANUEL BONICI)

Chargement du colis sur sa remorque multi-roues à bord d'une barge de CFT à Fos le 10 juin (© EMMANUEL BONICI)

Le convoi quittant Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Le convoi quittant Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Le convoi entrant dans l'étang de Berre après le passage de Martigues le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Le convoi entrant dans l'étang de Berre après le passage de Martigues le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

Le colis d’un poids de 484 tonnes, long de 12 mètres pour une largeur de 11 mètres et une hauteur de 4 mètres, renferme la bobine poloïdale numéro 6 (PF6). Il s’agit d’un des six aimants annulaires qui vont ceinturer le tokamak (chambre de confinement magnétique) pour contribuer à créer la « cage magnétique » qui confinera le plasma à très haute température (150 millions de degrés Celsius) au sein duquel se produiront les réactions de fusion de l’hydrogène.

 

Le PF6 avant son départ de Chine avec les équipes d'ITER et de l'ASIPP

Le PF6 avant son départ de Chine avec les équipes d'ITER et de l'ASIPP (© ITER)

 

Cette pièce d’un diamètre de 10.5 mètres a été fabriquée en Chine par l’Institut de Physique des Plasmas/ Académie des sciences (ASIPP). Achevée au mois de mars, elle est partie Shanghai fin avril à bord du cargo BBC Olympus, qui est arrivé le 8 juin à Fos. Le navire a débarqué le colis sur le quai acier d’Arcelor-Mittal, exploité par Sosersid-Somarsid, au moyen de ses deux grues d’une capacité unitaire de 350 tonnes et qui ont pour cette opération travaillé en tandem. Le PF6 a été déposé sur une longue remorque multi-roues, comportant 16 lignes d’essieux de 12 roues chacune (soit un total de 196 roues) puis à rejoint son point de rechargement tout proche pour effectuer la seconde étape de son voyage vers Cadarache.

 

Le BBC Everest est un sistership du BBC Olympus

Le BBC Everest est un sistership du BBC Olympus (© EMMANUEL BONICI)

Le colis du PF6 sur la remorque multi-roues

Le colis du PF6 sur la remorque multi-roues (© EMMANUEL BONICI)

Le colis du PF6 sur la remorque multi-roues

Le colis du PF6 sur la remorque multi-roues (© EMMANUEL BONICI)

 

Mercredi 10 juin, l’ensemble est embarqué sur les Sirocco - Libeccio de la Compagnie fluviale de Transport (CFT). Cette barge mixte hybride est en fait composée de deux barges indépendantes (dont l'une semi-submersible) qui s'imbriquent l’une dans l’autre. Une configuration qui permet d’embarquer un chargement dépassant la largeur de la barge principale en rehaussant le pont grâce à l’autre barge. Pour mémoire, CFT assure le transport maritime entre Fos et Berre de tous les éléments d’ITER grâce à trois barges (Sirocco/Libeccio et Beluga) utilisées en fonction des besoins spécifiques liés à chaque colis. Ces barges non motorisées sont déplacées par un pousseur, le Vigilant s’étant chargé du convoyage mené la semaine dernière.

 

La plus petite barge peut entrer dans la grande, semi-submersible (© CFT)

La plus petite barge peut entrer dans la grande, semi-submersible (© CFT)

La plus petite barge peut entrer dans la grande, semi-submersible (© CFT)

La plus petite barge peut entrer dans la grande, semi-submersible (© CFT)

La plus petite barge peut entrer dans la grande, semi-submersible (© CFT)

La plus petite barge peut entrer dans la grande, semi-submersible (© CFT)

 

A Fos, le chargement du PF6 est réalisé au ponton incliné spécialement aménagé par le Grand Port Maritime de Marseille pour ce type d’opération et qui jouxte le quai acier. Cette nouvelle rampe ro-ro, opérationnelle depuis septembre 2017 et qui a nécessité un investissement de 2.7 millions d’euros, peut supporter des convois de 880 tonnes transportant des colis de 600 tonnes. Permettant d’embarquer directement des véhicules chargés sans toucher à leur contenu, elle fonctionne à la fois par accostage et par échouage grâce à l’utilisation d’inserts métalliques amovibles.

 

Chargement du colis le 10 juin (© EMMANUEL BONICI)

Chargement du colis le 10 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Chargement du colis le 10 juin (© EMMANUEL BONICI)

Chargement du colis le 10 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Chargement du colis le 10 juin (© EMMANUEL BONICI)

Chargement du colis le 10 juin (© EMMANUEL BONICI)

Saisissage (© EMMANUEL BONICI)

Saisissage (© EMMANUEL BONICI)

 

Deux ducs d’albe implantés dans l’axe permettent aux barges de s’aligner parfaitement et de se maintenir en position lors des manoeuvres. Longue et délicate, l’opération est ponctuée par de temps morts, pour ballaster ou déballaster, ceci afin de respecter les contraintes mécaniques induites par l’avancement du convoi de 650 tonnes sur la barge. En effet, aux 484 tonnes du colis, viennent s’ajouter la masse de la remorque multi-roues (86.4 tonnes) ainsi que deux tracteurs (un tire et l’autre pousse) soit 80 tonnes supplémentaires.

 

 

Saisissage (© EMMANUEL BONICI)

Saisissage (© EMMANUEL BONICI)

 

Après 3h30 de manœuvre, le colis est en position et la barge parfaitement équilibrée. Une équipe de dockers effectue alors, en un temps record, le saisissage de l’ensemble sur le plancher de la barge, afin de sécuriser la navigation, pour rejoindre son point de déchargement à Berre.

Jeudi 11 juin à 13h, la météo est bonne, et le convoi et prêt au départ. Après une dernière manoeuvre du pousseur Vigilant, qui effectue un retournement, le convoi s’ébranle à 14 heures. Cela, sous haute protection, les gendarmes ayant mobilisé pas moins de quatre embarcations (dont une vedette de sûreté maritime et portuaire de la Gendarmerie maritime) pour ouvrir la voie et sécuriser l’environnement autour du convoi. Celui-ci est accompagné par un remorqueur portuaire de Boluda, le Marseillais 6, en sécurité.

 

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Départ de Fos le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

La flottille traverse le golfe de Fos, pour s’engager dans le canal de Caronte et rejoindre l’étang de Berre après avoir traversé Martigues et son pont levant. Le convoi arrive sans encombre à Berre, sur la rive opposée de l’étang. Après le déchargement du colis, vient la dernière étape du transfert : le transport jusqu’à Cadarache par voie terrestre, sur un tronçon routier d’une centaine de kilomètres spécialement aménagé pour le transfert de convois exceptionnels particulièrement massifs et lourds (Highly Exceptional Loads – HEL). Le transport, en plusieurs étapes, est nocturne pour limiter les gênes à la circulation. Il faut trois à quatre nuits pour mener à bien cette dernière étape pour les colis les plus gros.

 

Passage du canal de Caronte à Martigues le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Passage du canal de Caronte à Martigues le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Passage du canal de Caronte à Martigues le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Passage du canal de Caronte à Martigues le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Le convoi dans l'étang de Berre le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Le convoi dans l'étang de Berre le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Le convoi dans l'étang de Berre le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

Le convoi dans l'étang de Berre le 11 juin (© EMMANUEL BONICI)

 

Depuis le mois de décembre 2014, une quarantaine de convois se sont ainsi succédés sur l’Itinéraire pour livrer un total de 86 pièces HEL. Avant le PF6, cela avait le cas, en avril, pour deux aimants verticaux de 350 tonnes provenant d’Italie et du Japon. Près de 120 HEL sont attendus à ITER dans les cinq années qui viennent.

D’un coût estimé à plus de 15 milliards d’euros, ITER constitue un chantier colossal et un programme scientifique majeur sur le plan international. Le tokamak sera une structure monumentale puisqu’elle mesurera 29 mètres de haut pour 30 mètres de diamètre et affichera un poids de 23.000 tonnes.

 

(© ITER)

(© ITER)

 

Composé d’un million d’éléments et de 10 millions de pièces fabriquées sur trois continents (pour la plupart expérimentale), ITER sera la plus grande machine de fusion jamais construite. Elle vise à démontrer la faisabilité scientifique et technique d’une utilisation de la fusion nucléaire afin de produire de l’électricité. La fusion est présentée comme plus sûre que la fission puisque le procédé pourrait être en cas de problème facilement stoppé, contrairement à la réaction en chaîne liée à la fission. Les déchets produits seraient en outre bien moindres et nettement moins radioactifs (pas de déchet de haute activité à longue vie).

- Voir notre article détaillé sur ITER et la logistique portuaire et maritime du projet

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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