Marine Marchande
Brittany Ferries veut essayer de sauver une partie de sa saison

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Brittany Ferries veut essayer de sauver une partie de sa saison

Marine Marchande

Le pont garage de l’Armorique est encore vide pour le moment. Le navire de Brittany Ferries, accosté au port du Bloscon à Roscoff, attend ses premiers passagers après plus de trois mois de trafic exclusivement dédié au fret routier. Ce lundi 29 juin, sur sa ligne vers Plymouth, il fait partie des quatre ferries de la compagnie à rouvrir leurs coursives aux particuliers, avec le Mont-St-Michel sur la rotation entre Caen et Ouistreham, le Cap Finistère sur Portsmouth-Santander, le Kerry entre Rosslare et Roscoff. Ensuite ce sera le Pont-Aven, puis le Connemara, le Normandie et enfin le Bretagne qui seront réalignés d’ici au 12 juillet.

A bord, tout est fléché. Depuis le pont garage, « pas plus de deux par ascenseur », aux escaliers qui mènent vers les cabines « un pour monter, l’autre pour descendre », l’entrée des boutiques « limitées à 10 personnes » ou évidemment les restaurants où le service se fera en self selon des créneaux horaires déterminés selon le numéro de cabine et où il ne sera plus question de s’accouder au bar ni de se servir soi-même son pain. La rubalise est omniprésente : elle barre un fauteuil sur deux, une partie des tables et des espaces publics, la moitié des sièges inclinables. « Nous voulons pouvoir à la fois garantir une véritable distanciation sociale mais également limiter les zones à désinfecter en escale par nos équipes d’entretien qui vont déjà avoir une surcharge de travail », explique la commissaire de bord de l’Armorique. Les passagers seront invités à rester au maximum dans leurs cabines qui seront obligatoires. En plus de la désinfection systématique des espaces communs et des cabines, le navire va fonctionner avec une prise d’air exclusivement extérieur. « Sur l’ensemble de notre flotte, nous pouvons passer notre climatisation en mode excluant tout recyclage. Cela représente un petit surcoût énergétique mais rien de trop dimensionnant », précise Frédéric Pouget, directeur du pôle armement et opérations de Brittany Ferries, interrogé à bord par Mer et Marine à ce sujet.

 

Hier, sur l'Armorique (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Hier, sur l'Armorique (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Entre la réduction des jauges de nos navires liée à la distanciation sociale et les incertitudes qui ont amené les Britanniques à ne pas réserver leurs vacances, si on arrive à faire un tiers de notre trafic habituel cet été, ce sera déjà pas mal » dit Jean-Marc Roué, président de Brittany Ferries, qui planche pour le moment sur 240.000 réservations passagers contre les 780.000 de l’an dernier. La compagnie est éprouvée, comme tous les opérateurs de ferries, environ 250 millions de chiffre d’affaires perdu et très peu de réservations pour cet été. « Pendant le confinement, nous avons continué à faire tourner cinq de nos navires pour acheminer du fret vers le Royaume-Uni et l’Irlande, à 60% de la capacité et sans les passagers, nous n’avons rien gagné sur ces traversées. C’était une mission de service public ». Pour laquelle BAI ainsi que DFDS ont bénéficié d’une compensation mise en place par les autorités britanniques. « Nous avons également contracté un prêt garanti par l’Etat de 117 millions d’euros au maximum de nos possibilités, c’est-à-dire 25% de notre chiffre d’affaire et nous allons pouvoir bénéficier du plan de relance tourisme qui va nous permettre de bénéficier du chômage partiel jusqu’au 30 septembre ». Pour mémoire, au plus fort du confinement, BAI avait 1350 navigants et 400 sédentaires en chômage partiel. Un chiffre qui baisse désormais à la faveur des réarmements de navires mais qui ne couvrira pas toute la masse salariale puisque quatre bateaux vont rester désarmés cet été.

« Ces dispositifs nous aident, mais ils n’effaceront pas 250 millions de chiffre d’affaires perdus, surtout avec le Brexit qui s’annonce ». Une double peine pour Jean-Marc Roué qui attend davantage d’aide de l’Etat. « Avec DFDS et Eurotunnel, nous avons fait une demande de soutien pour nous aider à garantir notre compétitivité dans ce contexte. Pour les compagnies maritimes, cela commencerait par le net wage, l’exonération des charges patronales sur les salaires, autorisée par le droit européen et déjà pratiquée par l’Italie et le Danemark. Et il y a aussi l’absolue nécessité de la mise en place, dès cet automne d’un plan de communication de la France sur le territoire britannique. Depuis 2006, la France a perdu la première place dans le classement des destinations vacances des Britanniques au profit de l’Espagne. Si on ne promeut pas davantage notre territoire, cette courbe va continuer à dégringoler. Cela fait des années qu’on le dit mais là on n’a plus le choix. On ne fait pas ça pour verser de gros dividendes aux actionnaires, on fait ça pour l’emploi ; chez nous et dans le tourisme et la restauration ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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