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Marine nationale : les BRF pourront accueillir le convertible MV-22 américain
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Marine nationale : les BRF pourront accueillir le convertible MV-22 américain

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Les quatre futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) de la Marine nationale seront équipés d’une plateforme suffisamment vaste et robuste pour accueillir un MV-22 Osprey. C’est ce que l’on a appris hier soir lors d’une webinaire sur les BRF organisé par le Centre d’études stratégiques de la marine (CESM). Alors que les bâtiments auront un hangar conçu pour un hélicoptère Caïman Marine (NH90) et un système de drone aérien comme le SDAM, la marine a souhaité que leur plateforme puisse permettre de recevoir le fameux convertible américain. Un appareil d’une vingtaine de tonnes qui dispose de rotors orientables lui permettant de se poser et de décoller comme un hélicoptère, puis de voler comme un avion. S’il n’est pas pour l’heure question que la flotte française se dote de ce type de machines, elle se ménage ainsi des possibilités sur des navires amenés à naviguer jusque dans les années 2060. Mais il s’agit surtout, en cas de besoin, de pouvoir jouer la carte de l'interopérabilité avec l'US Navy et l'US Marine Corps en profitant d’une capacité logistique complémentaire au profit d'un groupe naval ou aéronaval français. Grâce à son importante capacité d’emport, sa rapidité et son long rayon d’action, le MV-22 pourrait ainsi, au besoin, convoyer rapidement des pièces de rechange depuis un point d’appui terrestre jusqu’au BRF, sans que ce dernier ait besoin de revenir lui-même vers un port. Il pourrait s’agir de différents types de rechanges, y compris un moteur de Rafale, ce que les Caïman Marine dotés d’une rampe à l’arrière sont au demeurant aussi capables de transporter. Mais moins vite et moins loin. Les BRF seront le troisième de bâtiments français à pouvoir accueillir l’Osprey, après le porte-avions Charles de Gaulle et les porte-hélicoptères amphibies Mistral, Tonnerre et Dixmude.

 

MV-22 sur le PHA Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

MV-22 sur le PHA Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

MV-22 en transit (© US NAVY)

MV-22 en transit (© US NAVY)

 

Destinés à remplacer le pétrolier-ravitailleur Meuse (désarmé en 2015) ainsi que les bâtiments de commandement et de ravitaillement Var, Marne et Somme, en service depuis 1983, 1987 et 1990, les BRF sortiront des Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. Nommés Jacques Chevallier, Jacques Stosskopf, Emile Bertin et Gustave Zédé, ils doivent être mis en service entre 2023 et 2029.

 

Vue des futurs BRF français, ici sans leurs senseurs et armements, dont deux canons de 40mm RapidFire Naval (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Vue des futurs BRF français, ici sans leurs senseurs et armements, dont deux canons de 40mm RapidFire Naval (© CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Longs de 194 mètres de long pour 27.6 mètres de large, les BRF afficheront un déplacement de 31.000 tonnes à pleine charge (environ 16.000 lège). Ces pétroliers à double coque auront une capacité de 13.000 m3 de carburant (gasoil et carburéacteur) et pourront transporter 1500 tonnes de fret (munitions, pièces de rechange, vivres et matériels divers). Un atelier permettra d’effectuer des réparations d’équipements à bord, l’intégration de système d’impression 3D étant à l’étude.

Les bâtiments seront dotés de quatre bras de ravitaillement en combustible et charges lourdes, permettant de servir simultanément deux navires à la mer et d’évacuer leurs déchets. Des moyens de levage seront disponibles à l'avant, notamment pour la manutention de conteneurs, avec un espace dédié sur le pont pour 20 EVP (équivalent vingt pieds, taille standard du conteneur). Cet espace pourra servir à transporter du fret mais aussi les modules conteneurisés du futur système de drones de guerre des mines, la Marine nationale ayant spécifiquement demandé cette capacité afin de pouvoir projeter ces équipements grâce aux BRF.

En matière d’autoprotection, ces bâtiments devront pouvoir, selon le souhait de la marine française, être capables de se déplacer seuls, sans l’escorte d’une frégate sauf en cas de menace majeure, lorsqu’ils réalisent des norias entre le groupe naval à soutenir et le point d’appui logistique. Ce qui implique qu’ils puissent se défendre contre des menaces asymétriques (drones aériens, embarcations suicides) mais aussi des missiles antinavire subsoniques. Cela résulte notamment de l’évolution de la menace en mer Rouge et plus particulièrement autour du détroit de Bab el-Mandeb, où plusieurs attaques de navires civils et militaires se sont produites ces dernières années. Les BRF seront a minima équipés de deux canons de 40mm RapidFire Naval, avec de nouvelles munitions à capacité antiaérienne. L’annonce officielle de l’acquisition de ce système développé par Nexter et Thales n’est toujours pas intervenue, mais la décision est actée. D’ailleurs, si le 18 mai il manquait ces canons sur la nouvelle vue du BRF dévoilée à Saint-Nazaire, la même image (ci-dessous) illustrant le webinaire d’hier montrait clairement pour qui avait l’œil la présence des RapidFire à l’avant et sur le toit du hangar.

 

 

Des discussions sont par ailleurs en cours pour compléter l’artillerie avec deux systèmes surface-air à très courte portée Simbad-RC, systèmes automatiques de MBDA dotés chacun de deux missiles Mistral 3 prêts à l’emploi. L’optronique sera assurée par un système Paseo XLR de Safran. Quant au radar, il n’est pas encore choisi mais la marine souhaite au moins une antenne tridimensionnelle.

Le choix des équipements s’inscrit dans le cadre du nouveau concept d’autodéfense des unités de second rang de la Marine nationale. Les senseurs et armements retenus seront non seulement appelés à équiper les BRF, mais aussi les futurs patrouilleurs océaniques,  bâtiments de guerre des mines et bâtiments hydro-océanographiques (CHOF).

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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