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La France exhume le ministère de la Mer

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La France exhume le ministère de la Mer

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Près de quarante ans après l'éphémère maroquin du Breton Louis Le Pensec, et trente ans après sa brève réminiscence, la France compte à nouveau un ministère de la Mer. L’annonce en a été faite hier par le secrétaire général de l’Elysée, qui a dévoilé la composition du gouvernement de Jean Castex. C’est Annick Girardin qui en prend la barre. Ancienne députée de Saint-Pierre et Miquelon, elle avait pour mémoire eu deux portefeuilles sous la présidence de François Hollande (secrétaire d’Etat chargée du Développement et de la Francophonie puis ministre de la Fonction publique) avant d’être nommée ministre des Outre-mer suite à l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017. Elle laisse ce poste à Sébastien Lecornu.

Un domaine extrêmement vaste

C’est a priori une délicate mission qui attend Annick Girardin puisque les enjeux maritimes de la France sont gigantesques, mais surtout parce qu’il s’agit d’un univers extrêmement vaste et varié, dont les multiples composantes dépendent historiquement d’autres ministères plus puissants : Economie, Industrie, Transports, Ecologie, Défense… Les enjeux maritimes vont des nombreuses facettes de la construction navale aux sciences marines, en passant par le transport maritime, les ports, la pêche et l’aquaculture, les énergies renouvelables, les parcs naturels marins, l’offshore pétrolier et gazier, l’exploitation des grands fonds, les câbles sous-marins, le nautisme, la croisière, le sauvetage et bien sûr la défense avec la Marine nationale, mais aussi les forces de sécurité et autres administrations intervenant en mer, comme la Douane ou les Affaires maritimes. Et la liste pourrait encore être détaillée, tant la mer baigne de domaines différents. Bref, des questions bien trop vastes pour être toutes réunies sous la bannière d’un seul ministère. C’est précisément pour cette raison que le gouvernement français ne comptait plus, depuis 29 ans, de ministère de la Mer de plein exercice.

L'expérience Le Pensec

L’expérience a été tentée en mai 1981, au lendemain de l’élection de François Mitterrand. Député du Finistère, Louis Le Pensec est alors devenu le premier ministre français de la Mer. Mais il quitta le gouvernement dès mars 1983, son portefeuille devenant un simple secrétariat d’Etat. Il ne retrouvera son rang de ministère qu’en mai 1988 avec le retour de l’ancien parlementaire breton, qui part cependant le mois suivant occuper le fauteuil de ministre des DOM TOM. Louis Le Pensec est remplacé par Jacques Mellick, qui conserve ses fonctions et son titre jusqu’en mai 1991. Le ministère redevient alors un secrétariat d’Etat (confié à l’époque à Jean-Yves Le Drian). Depuis, il s’agit au mieux d’un secrétariat d’Etat distinct,  ou alors la Mer est la plupart du temps agrégée dans un ministère à d’autres secteurs, en particulier aux Transports. Elle avait même disparu des titres gouvernementaux depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Un virage maritime chez Macron? 

Ce dernier semble néanmoins s’intéresser depuis peu à la question maritime, qu’il a d’ailleurs évoquée dans sa dernière allocution aux Français, le 14 juin : « Il nous faut créer les emplois de demain par la reconstruction écologique qui réconcilie production et climat : avec un plan de modernisation du pays autour de la rénovation thermique de nos bâtiments, des transports moins polluants, du soutien aux industries vertes. Cela passera aussi par l’accélération de notre stratégie maritime, nous qui sommes la deuxième puissance océanique mondiale », a-t-il déclaré. Certes, la formulation « deuxième puissance océanique mondiale » est incorrecte mais cette déclaration a eu le mérite de montrer un certain intérêt du président de la République pour la question maritime. Au-delà du fait qu'Emmanuel Macron s’apprête à acter le lancement d’un programme de porte-avions à propulsion nucléaire pour assurer la succession du Charles de Gaulle, avec en toile de fond l’instabilité mondiale et tous les enjeux géostratégiques liés à la mer, cette stratégie maritime peut avoir un rôle majeur dans le contexte économique actuel : pour soutenir l’activité industrielle, accélérer la transition écologique et développer de nouvelles technologies. 

La création d’un ministère de la Mer peut s’inscrire dans une telle dynamique et symboliser une action politique résolue dans ce domaine au plus haut niveau de l’Etat. Pour peu qu’il ne s’agisse pas uniquement de communication et d’un portefeuille sans réel pouvoir.  

Une stratégie pilotée en interministériel par le SG Mer depuis 1995

Compte tenu de la transversalité et de la complexité des sujets maritimes, l’Etat avait préféré à un ministère la création, en 1995, d’un secrétariat général de la Mer (issu de la Mission interministérielle de la Mer qui avait vu le jour en 1978). Rattaché directement au premier ministre, le SG Mer a vocation à coordonner en interministériel et sous l’ombrelle de Matignon la politique gouvernementale en matière maritime et veiller à sa cohérence. Un structure très administrative et sans visage politique pour défendre les enjeux maritimes. D’où l’appel d’un certain nombre d’acteurs du secteur pour voir recréé un véritable ministère afin de porter cette voix. A contrario, d'autres ont estimé ces dernières années qu’il s’agissait d’une fausse-bonne idée puisqu’un tel ministère n’aurait pas le poids suffisant face à d’autres, à commencer par Bercy.

Il conviendra donc d’abord de voir quel sera le périmètre du portefeuille d’Annick Girardin, de quels domaines elle sera plus particulièrement chargée et avec quels moyens. Et aussi de savoir ce que va devenir le SG Mer. « Avec fierté, j'ai accepté la mission du président de la République et du Premier ministre d'être ministre de la Mer. Avec plus de 11 millions de km² de domaine maritime en France, plus de 391 000 emplois, 10% de la biodiversité mondiale, les défis à relever sont immenses », a déclaré hier soir la nouvelle ministre française de la Mer. 

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