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Plongée dans les archives : Berry, l'ancien cargo aux grandes oreilles
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Plongée dans les archives : Berry, l'ancien cargo aux grandes oreilles

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Marine Marchande

Ancien cargo construit en Allemagne, le Berry fut le premier véritable bâtiment collecteur de renseignements d'origine électromagnétique de la Marine nationale. Retour sur l'histoire de ce navire avec cette nouvelle plongée dans les archives photographiques de Jean-Claude Bellonne, Bernard Prézelin et Giorgio Arra. 

Lancé en 1958 au chantier Roland Werft de Brême, ce navire de 86.7 mètres de long pour 11.6 mètres de large et un déplacement de près de 3000 tonnes en charge est d’abord armé pour le commerce sous le nom de Médoc par Worms & Compagnie. Puis, en 1964, il est racheté par l’Etat et versé à la marine française.

 

Le Berry en 1973 (© JEAN-CLAUDE BELLONNE)

Le Berry en 1973 (© JEAN-CLAUDE BELLONNE)

 

La « Messmer Line » pour soutenir les essais nucléaires dans le Pacifique

Le Médoc fait partie de toute une série de navires marchands acquis pour les gigantesques besoins logistiques et opérationnels du centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique. Après avoir réalisé en 1960 et 1961 ses premiers tirs atomiques aériens sur le site de Reggane, en Algérie (avec pour commencer l’essai Gerboise Bleue le 13 février 1960), la France poursuit avec des essais souterrains à In Ecker, au Sahara, entre 1961 et 1966. Puis, dans le sillage de l’indépendance de l’Algérie, les essais sont transférés en Polynésie française. Alors que les travaux débutent dès 1963 dans l’atoll de Mururoa, la construction puis l’exploitation du Centre d’essais du Pacifique, à l’autre bout de la planète, demande une logistique considérable, confiée à la Marine nationale. Celle-ci va mobiliser pendant plusieurs années le gros de sa flotte, y compris ses nouveaux porte-avions, les Clémenceau et Foch, fers de lance de la force Alfa de 1966 à 1968. Les bâtiments militaires ont notamment vocation à sécuriser les sites et leurs approches, en tenant à l’écart les yeux étrangers indiscrets, aussi bien soviétiques qu’américains.

Mais il faut des bateaux de charge, des pétroliers et des paquebots pour assurer, depuis la métropole, le transport des matériaux de construction, du matériel et des hommes, puis sur place assurer leur soutien et le ravitaillement des dizaines de navires militaires et civils qui y sont mobilisés. C’est ainsi qu’est créée ce que les marins français ont surnommé la « Messmer Line », du nom du ministre des Armées de l’époque, Pierre Messmer, qui occupe ce poste de 1960 à 1969 sous la présidence de Charles de Gaulle.  

 

Le pétrolier-ravitailleur Isère (ex-Caltex Strasbourg) racheté en 1965 (© GIORGIO ARRA)

Le pétrolier-ravitailleur Isère (ex-Caltex Strasbourg) racheté en 1965 (© GIORGIO ARRA)

 

Une flotte de navires de commerce est donc acquise par l’Etat entre 1964 et 1966. En plus du Médoc, renommé Berry, c’est aussi le cas de son sistership l’Anjou (1958), qui était également exploité par Worms ou encore de l’Aunis (1956) de l’armement italien Scotto construit dans le même chantier en Allemagne. On peut aussi citer les caboteurs Saintonge et Guyenne (54 mètres, 990 tpc), les pétroliers Charente (un ancien norvégien de 179 mètres et 26.000 tpc), Isère et Verdon (navires de 170 mètres et 26.700 tpc qui appartenaient au groupe Caltex), ainsi que les ex-paquebots Maurienne et Moselle (146 mètres, 8000

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