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Le port de Saint-Malo veut rester optimiste et investit

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Le port de Saint-Malo veut rester optimiste et investit

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Les derniers mois ont été très compliqués pour le port de Saint-Malo. Comme de nombreuses autres places portuaires, le site breton, propriété de la région et géré par Edeis, a été frappé de plein fouet par les conséquences de la crise sanitaire. Il a également traversé une période de manifestations des dockers, suite à la liquidation judiciaire de la SMM et le licenciement de 34 personnes. Sur ce dernier point, Stéphane Perrin, conseiller régional représentant la région Bretagne et président du conseil portuaire, explique que « 25 d’entre eux ont été repris, 12 par l’Agence maritime malouine, 13 par Solent Stevedores, les autres ont tous été accompagnés dans une reconversion ». L’élu régional exprime une « très grande satisfaction » dans l’issue de cette situation qui « était bloquée depuis plusieurs années en réalité ».

Pour Edeis, qui a repris la concession du port de Saint-Malo le 1er janvier de cette année, le baptême du feu s’est déroulé dans des conditions pour le moins tempêtueuses. « -85% sur le trafic passagers et -40% pour les marchandises », détaille Jean-Baptiste Rible d’Edeis. « Ça a été compliqué dès le mois de mars avec la mise en place du confinement et l’arrêt des escales de Brittany Ferries et de Condor Ferries. Il y a eu la reprise le 17 juillet, pour laquelle nous avons aménagé les installations portuaires pour respecter le protocole sanitaire. Avec le retour de la quatorzaine britannique mi-août, le trafic a à nouveau ralenti ». Brittany Ferries a depuis stoppé ses rotations jusqu’à mars prochain, Condor Ferries a très fortement ralenti. Pour se rendre compte du phénomène, il suffit de comparer les chiffres des huit premiers mois de 2019 - 234.600 passagers pour le Royaume-Uni et 329.258 pour les Anglo-Normandes - et ceux de 2020 : 57.266 pour l’Angleterre et 31.983 pour les Anglo-Normandes.

C’est dans ce contexte que devraient avoir lieu les importants investissements pour la modernisation du terminal du Naye, qui reçoit actuellement les ferries. Il s’agit à la fois de rénover la gare maritime et les équipements, mais également d’améliorer les infrastructures portuaires et les accès maritimes « C’est un investissement qui va être porté par la Région, qui a considéré que le concessionnaire avait déjà beaucoup d’argent à injecter dans le port, et qui sera maître d’ouvrage. Il s’agit d’un investissement conséquent, pouvant s’élever à 110 millions d’euros dans sa version la plus ambitieuse. Mais nous n’oublions pas que le port de Saint-Malo est en ville et voulons que cette démarche soit transparente, aussi pour le grand public. C’est la raison pour laquelle nous avons saisi la commission nationale du débat public qui va mener la concertation », dit Stéphane Perrin. A l’occasion de ce débat public se poseront sans doute des questions techniques ou d’aménagement mais aussi, « celle de l’opportunité du projet dans le contexte actuel », poursuit l’élu qui ne veut pas évacuer cette préoccupation de l’avenir des ferries. « Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y aura toujours du trafic transmanche et celui-ci ne doit pas échapper à Saint-Malo ».

Au niveau du trafic passagers, à Saint-Malo, il y a aussi l’annulation de toutes les escales de paquebots, « les dernières datent de la semaine dernière, suite à l’annonce de l’obligation de quarantaine pour les Allemands de retour de France », dit Jean-Baptiste Rible. Mais pour autant, pour Edeis, le bilan de la saison n’est pas complètement négatif, notamment en raison de la mise en place par la compagnie française Ponant de croisières au départ de Saint-Malo cet été. « Nous avons travaillé avec Ponant pour mettre en place tout ce qui était nécessaire à une tête de ligne ». Il y a eu douze rotations au départ de la cité corsaire, avec une moyenne de 60 à 80 passagers par voyage. « Cela s’est très bien passé et nous espérons que cette expérience pourra être renouvelée et pérennisée ». 

Du côté du trafic de marchandises, « la saison a été normale jusqu’au mois de juin, ce qui correspond à l’arrêt des activités de manutention. Il vient de reprendre avec neuf cargos cette semaine et nous sommes optimistes pour la suite. Nous avons également mis en place une cellule commerciale pour attirer de nouveaux clients dans le port ». Comme cela avait été inclus par la région dans l’appel d’offres pour la concession du port, un gros effort environnemental est mis en place par Edeis. Le port de Saint-Malo voit passer un important trafic de vrac, notamment de produits pour l’agriculture et dont la manutention occasionne des poussières, objet fréquent de frictions avec les riverains. « Nous sommes actuellement dans les phases préliminaires pour des futures certifications ISO 9001, 14001, 50001 ». Dans ce cadre, Edeis va notamment investir dans une trémie dépoussiérée, qui devrait améliorer les opérations de nettoyage. D’un coût de 1.2 million d’euros, elle sera installée fin 2021. D’autres devraient suivre. Une charte des bonnes pratiques devrait également être signée avec l’ensemble des acteurs portuaires. Par ailleurs, les services de l’Etat ont été saisis pour que Saint-Malo puisse obtenir le droit de réceptionner le fret issu de l’agriculture biologique, « et ce notamment dans le cadre de l’accueil du voilier-cargo Grain de Sail qui fait de Saint-Malo son port d’attache à partir de la semaine prochaine ».

« Nous sommes, comme beaucoup d’autres, pris dans la crise sanitaire et les conséquences terribles qui en découlent. Pour autant cela n’entame par notre détermination et notre état d’esprit enthousiaste et constructif. Pour Edeis, la concession des ports de Saint-Malo et Cancale, c’est un contrat stratégique et une vitrine. Nous allons continuer nos projets comme nous l’avions annoncé ». Une détermination qui sera sans doute nécessaire face au défi combiné de la crise sanitaire et celle du Brexit, dont on ne connaît toujours pas les détails et donc les implications pratiques.

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