Construction Navale
Davie livre enfin le brise-glace Jean Goodwill à la garde-côtière canadienne

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Davie livre enfin le brise-glace Jean Goodwill à la garde-côtière canadienne

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Marine Marchande

Le chantier Davie de Lévis, au Québec, a livré le 23 novembre le Jean Goodwill à la Garde côtière canadienne, avec une bonne année de retard par rapport au planning initial. Mis en service en 2001, il s’agit de l’ex-Balder Viking, l’un des trois anciens brise-glaces norvégiens rachetés à l’été 2018 à l’armement scandinave Viking Group. Le premier (Vidar Viking), renommé Captain Molly Kool, avait fait l’objet chez Davie d’une transformation très sommaire afin d’entrer en service dès la fin 2018 et répondre aux besoins urgents de la garde-côtière pour assurer la libre circulation du trafic maritime dans le golfe du Saint-Laurent et à travers le fleuve éponyme.

 

 

Pas d’hélicoptère comme prévu initialement

Les deux autres devaient bénéficier d’une transformation beaucoup plus poussée, prévue ultérieurement pour la tête de série. Mais cette refonte n’a manifestement pas été conduite à son terme sur le Jean Goodwill, alors que Davie parle bien de ce navire comme du premier à bénéficier d’une « conversion complète ». Sur les extérieurs au moins, il manque en effet la plateforme et le hangar pour abriter un hélicoptère Bell 212, prévus sur les plans initiaux.

 

Configuration finale des brise-glaces (© : 

Configuration finale des brise-glaces (© : DAVIE)

Configuration finale des brise-glaces (© : 

Configuration finale des brise-glaces (© : DAVIE)

 

De lourds travaux ont cependant été réalisés sur le navire. Ceux-ci ont consisté, rappelle le gouvernement canadien, « à améliorer les capacités de déglaçage et l’endurance, à moderniser le système de contrôle de la propulsion, à mettre à niveau l’électronique de navigation et de communication, à améliorer la cuisine, et à augmenter la capacité d’hébergement ». Pour cela, la superstructure a notamment été agrandie, les espaces internes réaménagés et dotés de nouvelles capacités, alors que des travaux ont également été menés sur la coque, avec en particulier l’ajout d’une jupe à la poupe.   

 

Les navires à leur arrivée à Québec à l'été 2018 (© : 

Les navires à leur arrivée à Québec à l'été 2018 (© : DAVIE)

 

Un chantier qui a pris beaucoup de retard

Le chantier a, en tous cas, pris beaucoup de retard car le Jean Goodwill aurait, normalement, dû rejoindre la flotte de la Garde côtière dès l’autonome 2019. Quant au troisième brise-glace, le Vincent Massey (ex-Tor Viking), sa livraison est aujourd’hui prévue pour 2021, au lieu de l’été 2020. Les derniers retards en date sont ceux consécutifs à la découverte d’une peinture contenant du plomb employée sur ces navires. L’affaire, qui a fait polémique, avait entrainé une interruption des travaux sur les Jean Goodwill et Vincent Massey entre février et mars.

Capables d’évoluer dans 1 mètre d’épaisseur de glace

Armés par une vingtaine de marins, les nouveaux navires de la garde-côtières, classés comme « brise-glaces moyens », mesurent 93.7 mètres de long pour une largeur de 18 mètres. Leur motorisation, développant plus de 18.000 cv, leur permet d’atteindre la vitesse de 16 nœuds, l’autonomie étant de 25 jours. Ils sont conçus pour évoluer à 3 nœuds dans des glaces dont l’épaisseur atteint 1 mètre.

 

Le Captain Molly Kool (© : 

Le Captain Molly Kool (© : GARDE-COTIERE CANADIENNE)

 

Le Captain Molly Kool est stationné à St John, sur l’île de Terre Neuve, alors que le Jean Goodwill a quitté le 24 novembre Davie pour rejoindre son port-base de Dartmouth, en Nouvelle-Ecosse, où il devrait commencer ses activités de déglaçage début 2021. Le Vincent Massey aura quant à lui la ville de Québec comme port d’attache.

Un contrat arraché par Davie au gouvernement fédéral

Après plusieurs années de pression auprès du gouvernement fédéral, Davie, en manque de commandes, avait finalement décroché ce contrat en août 2018. Le chantier avait initialement proposé de racheter, convertir puis louer les navires à la Garde côtière, à l’image de ce que l’entreprise québécoise a déjà fait avec l’ancien porte-conteneurs Asterix, transformé en ravitailleur pour la marine canadienne. Mais Ottawa a écarté cette option au profit d’une procédure classique d’acquisition. L’investissement total, annoncé à l’époque comme s’élevant à 610 millions de dollars canadiens (403 millions d’euros), constitue le plus important programme de modernisation de la Garde côtière depuis 30 ans. Un programme d’urgence lancé pour répondre aux difficultés d’une flotte canadienne de brise-glaces très vieillissante et en proie aux avaries. Les Captain Molly Kool, Jean Goodwill et Vincent Massey vont permettre d’assurer la continuité du service au profit de la navigation commerciale pendant que les anciens brise-glaces bénéficieront de programmes de modernisation. Cela, en attendant la commande d’unités neuves

Une longue bataille pour intégrer la SNCN

Ce contrat avait aussi, sans doute, pour but de calmer la colère québécoise après que Davie ait été écarté quelques années plus tôt de la Stratégie Nationale de Construction Navale (SNCN). Initiée en 2011, celle-ci vise pour mémoire à relancer l’industrie navale du pays via le renouvellement des principaux navires de la marine et des garde-côtes canadiens. En tout, un investissement de plusieurs dizaines de milliards de dollars est prévu d’ici l’horizon 2030 pour la construction de nouvelles frégates et patrouilleurs, ainsi que des unités logistiques et différents navires garde-côtes, dont un brise-glace lourd. Dans cette perspective, deux chantiers avaient été sélectionnés pour mener à bien les différents programmes : Irving à Halifax et Seaspan à Vancouver. Le premier réalise actuellement les patrouilleurs polaires de la classe Harry DeWolf, et sera chargé de produire les futures frégates de la marine ; alors que le second a livré de nouvelles unités de recherche halieutiques pour la garde-côtière et est en train de construire les nouveaux bâtiments logistiques de la marine. Le projet du brise-glace lourd prévu en 2011 pour être réalisé par Seaspan semble cependant être au point mort.

Davie, lui, avait proposé en lieu et place de convertir un brise-glace existant, l’Aviq, mais le projet n’a pas vu le jour. La situation a cependant évolué autour de la SNCN et le chantier québécois espère bien, désormais, assurer la réalisation des futurs brise-glaces canadiens.  Après plusieurs années de pressions, relayées par les politiques de la Belle Province, le chantier de Lévis est en effet revenu en décembre 2019 dans la course en étant pré-qualifié pour rejoindre la SNCN. Si son intégration est confirmée, Davie devrait être chargé de réaliser six nouveaux brise-glaces dans les années à venir.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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