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Surveillance maritime : le second volet du programme AVSIMAR en discussion

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Surveillance maritime : le second volet du programme AVSIMAR en discussion

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La France travaille actuellement sur un nouveau schéma directeur pour les moyens aériens dédiés à la fonction garde-côtes. Créée en 2009, celle-ci dispose d’un centre opérationnel à Paris et organise pour mémoire la coordination et la mutualisation des moyens de l'ensemble des administrations intervenant en mer et sur le littoral. Son comité directeur est piloté par le Secrétariat général de la Mer, qui dépend du premier ministre.

Les moyens aériens, répartis au sein de cinq administrations, dont la plus importante est la Marine nationale, comprennent actuellement une centaine d’avions et d’hélicoptères. Ceux-ci assurent des missions de surveillance maritime et de souveraineté, de sauvetage en mer, de police, de lutte contre les trafics illicites, de contrôle des pêches, ou encore de préservation des aires marines protégées. Cela, au large des côtes métropolitaines comme dans les vastes étendues maritimes des territoires ultramarins, mais aussi dans certaines zones d’intérêt internationales.  

Le nouveau schéma directeur « permettra de s’assurer de la cohérence et de l’efficience de ces moyens aériens et de leur évolution dans les 10 prochaines années, tout en intégrant l’émergence des drones ou des plateformes de surveillance de haute altitude », a expliqué Matignon à l’occasion du dernier Comité interministériel de la mer (Cimer), qui s’est déroulé le 21 janvier au Havre.

Ces travaux s’inscrivent notamment dans le sillage d’un important programme de renouvellement des avions de surveillance maritime actuellement en service dans l’aéronautique navale. Il y a là les huit Falcon 50 de la flottille 24F basés à Lann-Bihoué (Morbihan) et qui, au-delà des approches maritimes hexagonales, sont régulièrement déployés en Méditerranée, dans la zone Antilles-Guyane, en Afrique de l’ouest, dans la région de l’océan Indien et même parfois jusque dans le Grand Nord. S’y ajoutent les cinq Falcon 200 Gardian de la 25F stationnés en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie.

Le remplacement de ces appareils, dont les plus vieux sont les Gardian (livrés en 1984), est en projet depuis les années 2000, puisqu’il fallait aussi à l’époque pourvoir à la succession des 10 derniers Nord 262 de la 28F, qui contribuaient à la surveillance des approches maritimes en plus de missions de formation. Mais ces avions ont été retirés du service en 2009, la Marine nationale obtenant cependant de récupérer quatre anciens Falcon 50 à usage gouvernemental convertis entre 2013 et 2016 en avions de surveillance maritime. Ce qui a permis de porter le nombre de Falcon 50 Marine à huit. Quant au programme de remplacement de tous ces appareils, baptisé AVSIMAR (pour avions de surveillance et d’intervention maritime), il a été retardé à plusieurs reprises pour des questions budgétaires. Jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de repousser les échéances et que sa notification intervienne finalement fin 2020. Le choix du nouvel avion s’est porté sur le Falcon 2000 MRA/MSA, version adaptée à la surveillance maritime du biréacteur Falcon 2000LXS de Dassault Aviation. Un modèle déjà vendu au Japon et dont la variante française prendra le nom d’Albatros. Initialement, 13 nouveaux avions devaient être commandés. Mais la cible a été ramenée à 12, avec une première tranche ferme de 7 appareils livrables à partir de 2025, année où doit être affermie l’option pour les cinq autres Albatros.

 

Vue du futur Falcon 2000 Albatros (© DASSAULT AVIATION

Vue du futur Falcon 2000 Albatros (© DASSAULT AVIATION)

 

La légère réduction de cible est liée au fait que depuis la genèse du programme AVSIMAR il y a plus de 15 ans, les besoins de la Marine nationale ont évolué et que les progrès technologiques offrent de nouvelles perspectives, en particulier dans le domaine des plateformes dronisées. Celles-ci offrent des capacités différentes, considérées comme complémentaires des avions avec équipage, que leur vitesse et capacités d’emport rendent par exemple indispensables pour certaines missions. Ce changement de paradigme a fait évoluer le programme AVSIMAR, qui comprend désormais un volet principal, celui des Albatros, et un « incrément » comme disent les militaires, basé sur d’autres moyens aériens. Ceux-ci doivent permettre d’atteindre les objectifs de surveillance maritime fixés par l’Etat et qui sont nettement plus importants que ce qui est possible jusqu’ici. Les acteurs concernés, à commencer par la Marine nationale et la Direction Générale de l’Armement, étudient actuellement les solutions disponibles pour compléter le parc d’Albatros. Des réflexions qui portent notamment sur l’emploi de drones à voilure fixe de type MALE (moyenne altitude longue endurance) et de pseudolites.

Déployés depuis une base terrestre, les drones aériens offrent une autonomie très intéressante, qui peut atteindre plusieurs dizaines d’heures de vol, c’est-à-dire bien plus que les avions (mais ils vont moins vite). Ces engins peuvent être équipés de différents capteurs (radar, système optronique, récepteur AIS pour l’identification des navires…) permettant de surveiller le trafic maritime sur une vaste zone et d'identifier des cibles suspectes. Pour autant, l’emploi de drones de type MALE dans le milieu maritime n’est pas une évidence et les marins français veulent avoir la certitude que ces engins sont capables de résister à cet environnement aux conditions parfois très sévères. Et qu’ils pourront aussi mettre efficacement en œuvre des capteurs conçus pour un usage aéromaritime, en particulier au niveau du radar.

Alors que la surveillance maritime a déjà recours aux services des satellites radars ou optiques, la Marine nationale s’intéresse aussi de très près au développement de pseudolites, aussi appelés HAPS (High-Altitude Pseudo Satellite). C’est le cas par exemple du Zéphyr d’Airbus. Cet engin de 25 mètres d'envergure mais dont la masse n'est que de 75 kg, est capable de voler à plus de 65.000 pieds. Il évolue dans la stratosphère et présente une autonomie considérable grâce à ses panneaux solaires, qui alimentent deux moteurs électriques. En juillet 2018, le Zephyr a réalisé un vol de près de 26 jours. Capables de produire de l’imagerie haute résolution, de tels engins permettraient de surveiller de très vastes étendues et servir de relais de communication, sur des zones particulières ou même en « couverture » d’une force navale.

A ce stade, aucune décision n’a encore été prise quant aux équipements qui seront retenus pour la seconde phase du programme AVSIMAR. L’échéance du choix est fixée à 2022.

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