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Abondamment cité comme repreneur potentiel des chantiers de Saint-Nazaire au cas où leur actionnaire majoritaire, le Sud-coréen STX, déciderait de vendre sa participation, Alstom, ou du moins son patron, a clairement rejeté cette hypothèse. « Nous avons une coopération avec les Chantiers de l’Atlantique (nom de STX France du temps où l’entreprise appartenait à Alstom, ndlr) dans toute une série de domaines et nous espérons que les questions sur l’évolution de son actionnariat trouveront une solution. Mais en ce qui concerne Alstom, nous ne sommes pas intéressés », a déclaré le 7 mai Patrick Kron. Le président du groupe français a même jugé utile d’enfoncer le clou en s’autorisant une pointe d’humour, qu’il aurait probablement mieux fait de garder pour lui : « Nous ne sommes intéressés ni par la reprise de STX ni par celle du volailler Doux ». Comparer un chantier naval à un producteur de poulets… La boutade a moyennement amusé les salariés de STX France, qui ont pu y voir une dévalorisation de leur travail, et s’est révélée dans le même temps peu respectueuse des employés de Doux, qui se battent depuis des mois pour sauvegarder leurs emplois et ont, comme les autres contribuables français, participé au sauvetage d’Alstom il y a 10 ans.

 

 

La passerelle de l’éolien offshore

 

 

Toujours est-il que la déclaration de Patrick Kron, même si elle fut maladroite, répond à une logique. Alstom n’a, en effet, pas grand intérêt à reprendre seul, ou de façon majoritaire, un chantier naval qu’il a vendu en 2006 au Norvégien Aker Yards (racheté en 2008 par STX), lorsque le groupe français achevait sa restructuration. Une entrée minoritaire au capital de STX France, aux côtés d’un ou plusieurs autres industriels français, pourrait en revanche avoir une certaine pertinence. Car, comme le rappelle Patrick Kron, Alstom et son ancienne filiale travaillent ensemble, notamment dans le domaine des énergies marines renouvelables, et plus particulièrement l’éolien offshore. Les chantiers de Saint-Nazaire ont livré en décembre 2011 la fondation du prototype d’Haliade 150, la nouvelle éolienne offshore de grande puissance  développée par Alstom et installée sur le site du Carnet, en bord de Loire. Alors que STX France travaille sur des designs innovants de fondations et de navires de pose, Alstom a décidé d’implanter à Montoir-de-Bretagne, commune jouxtant Saint-Nazaire, l’usine de production des turbines et nacelles d'Haliade 150, l’activité devant débuter en 2014. Un rapprochement des deux entreprises pourrait donc présenter quelque intérêt, de même que, pour les mêmes raisons, une éventuelleentrée dans le capital d'autres industriels, comme Areva. Mais il est vrai que cela est peut être encore un peu prématuré dans la mesure où l’éolien offshore français n’en est qu’à ses balbutiements. Ainsi, au-delà des grandes opérations de communication faisant miroiter un nouvel Eldorado industriel, la période de levée de risques qui validera (ou non) les premiers projets de parcs français (Guérande, Saint-Brieuc, Courseulles-sur-Mer et Fécamp) n’est toujours pas achevée. Quant à l’Haliade 150, présentée chez Alstom comme la « Rolls » de l’éolienne, elle n’en est qu’au stade des essais et n’a pas encore été vendue, même si elle a été sélectionnée par EDF EN pour trois projets de parcs français.

Dans ce domaine, Alstom doit donc encore faire ses preuves, tout comme STX France d’ailleurs, même si le chantier nazairien s’est illustré l’an dernier en remportant la commande d’une sous-station électrique de champ éolien offshore. Un équipement notifié par l’énergéticien Dong pour le marché danois, réputé comme très fermé.

 

 

DCNS, candidat potentiel le plus logique

 

 

L’avenir des chantiers nazairiens ne dépend probablement pas d’Alstom, bien que, malgré les déclarations de Patrick Kron, seul le Conseil d’administration du groupe soit en mesure de décider de prendre une participation dans STX France.  Détenu à 66.66% par STX et 33.34% par l’Etat français, ce dernier, au cas où son actionnaire majoritaire se retirerait, aurait besoin d’un nouvel investisseur de référence, un grand industriel constituant la meilleure option pour impulser à cette entreprise une stratégie, ce que les Sud-coréens ont été bien incapables de faire depuis 5 ans. A l’heure actuelle, si STX devait vendre, la France aurait évidemment tout intérêt à profiter de l’occasion pour récupérer une industrie de pointe dont elle s’est, faute de meilleure solution à l’époque, séparée en 2006. La piste d’un rapprochement avec les anciens arsenaux de la marine avait alors été évoquée, mais la Direction des Constructions Navales, devenue depuis DCNS, n’était pas en mesure d’absorber Alstom Marine. Sortie du giron de l’administration en 2003, la toute jeune entreprise avait déjà fort à faire pour se restructurer et devenir un véritable groupe industriel. Partiellement privatisé en 2007, avec la vente de 25% de son capital à Thales (participation passée à 35% en 2012), le leader français et européen de la navale militaire est aujourd’hui un beau groupe, rentable, qui a su se développer à l’international et cherche à diversifier son activité, notamment dans le secteur des énergies marines renouvelables, sur des segments autres que l’éolien offshore (éoliennes flottantes, hydroliennes, énergie thermique des mers, parcs houlomoteurs).  DCNS est, désormais, sans doute en capacité d’intégrer STX France, société avec laquelle il travaille déjà et partage une partie de son réseau de sous-traitants.

Même si aucune discussion n'est officiellement en cours et qu'une telle opération ne serait pas forcément simple à mettre en oeuvre, l'idée mérite en tous cas d’être étudiée, surtout si les Sud-coréens, contraints de céder des actifs pour éponger une partie de leur énorme dette, sont bel et bien amenés à vendre leur participation dans STX France. Evidemment, au cas où un tel scénario verrait le jour, il ne s’agirait pas uniquement pour l’Etat, actionnaire à 65% de DCNS, de favoriser un simple rapprochement capitalistique. Il faudrait élaborer un véritable projet industriel commun, avec une stratégie de développement claire, ainsi que la mise en place de synergies et de perspectives intéressantes pour les deux partenaires, conditions indispensables pour que le mariage soit fructueux.

 

 

Pas d’urgence

 

 

Quoiqu’il en soit, il n’y a pas urgence pour Saint-Nazaire, dont le carnet de commandes s’est regarni fin 2012 et qui devrait, si tout va bien, décrocher de nouveaux contrats cette année. Même si l’entreprise est confrontée à un important creux de charge jusqu’en 2014, avec des conséquences très importantes sur la sous-traitance, sa pérennité n’est pas menacée et la question de son actionnariat, sans être négligeable, n’en est pas moins secondaire pour le moment. Malgré tout, le gouvernement, qui exclut une nationalisation du chantier, devra demeurer très attentif à la volonté des Sud-coréens de céder ou non leurs parts car, si c’est le cas, il serait dommage que STX France tombe entre les mains d’un autre groupe étranger ou d’un fonds d’investissement quelconque. D’où l’intérêt, d’ores et déjà, d’imaginer des solutions, si possible nationales, permettant, si besoin était, de préserver au mieux les intérêts du dernier grand chantier naval civil français.

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