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Le ministre du Redressement Productif a débuté ses consultations en vue de faire le point sur la situation des chantiers de Saint-Nazaire et trouver des solutions pour aider l'entreprise à redresser la barre. Hier, Arnaud Montebourg a, ainsi, reçu à Paris les responsables syndicaux de STX France, dont l'Etat est actionnaire à 33.34% (aux côtés de STX Europe, détenu par le groupe sud-coréen STX Shipbuilding). A l'issue de cette réunion de travail, les représentants du personnel semblaient plutôt satisfaits de la teneur des échanges. « Le ministre s'est montré à l'écoute de nos propositions. Il a insisté sur la nécessité d'avoir une vraie politique industrielle et a été particulièrement attentif aux possibilités de commandes de navires dans les entreprises où l'Etat est actionnaire », explique-t-on à la CGT. Du côté de la CFDT, on estime que cette entrevue a permis de faire comprendre au gouvernement que la situation du chantier est vraiment grave : « Le ministre a peut-être été un peu surpris par le degré d'urgence de la situation, mais il a pu la mesurer grâce à cette réunion et il s'est montré à l'écoute ». Intervenir avant la création de la future banque d'investissement Sur la problématique des montages financiers nécessaires pour concrétiser les commandes de navires, il a été question de la future banque publique d'investissement appelée notamment à soutenir les industriels français à l'export. Il s'agit sans aucun doute d'une bonne initiative mais il faudra pour mettre cet établissement sur les rails un peu de temps. Or, c'est précisément ce qui manque à STX France. « Le problème est que cette banque ne verra pas le jour avant la fin de l'année. Or, on ne peut pas attendre jusque là. Il faut à tout prix que nous décrochions une commande très vite et on ne peut pas se permettre de voir un projet capoter, comme ce fut le cas avec le contrat de Viking (deux paquebots avaient été signés en décembre mais finalement abandonnés faute de montage financier, ndlr), pour une histoire de financement. L'Etat, à travers les services de Bercy, doit veiller à ce que les banques jouent leur rôle et soutenir la constitution de montages financiers », affirme-t-on à la CFDT. Le chantier de Saint-Nazaire(© : STX FRANCE - BERNARD BIGER) S'attaquer aux distorsions de concurrence en Europe Au cours de la réunion, la question de la compétitivité par rapport aux autres chantiers européens a également été posée. Les syndicats ont, ainsi, dénoncé des pratiques de certains concurrents de STX France et appelé à une harmonisation et un respect des règles à l'échelle européenne. « Il y a clairement, dans certains pays d'Europe, du dumping fiscal et social, ce qui abouti à faire s'entretuer l'industrie. Il faut aller voir ailleurs comment cela se passe, avoir conscience de cette situation et tenter d'y remédier au niveau européen. Car ce n'est pas quand on sera morts qu'il faudra s'en rendre compte », martèle un responsable de la CFDT. D'après les responsables syndicaux, Arnaud Montebourg a entendu les arguments et s'est engagé à suivre de près le dossier. Dès cette semaine, il va poursuivre les réunions sur le sujet, recevant ce matin les élus locaux, puis dans les prochains jours la direction de STX France. Le ministre pourrait également se déplacer à Saint-Nazaire afin de rencontrer les salariés et se rendre compte sur place de la situation. Des milliers d'emplois et un fleuron industriel en jeuD'ici là, les syndicats attendent que l'Etat intervienne concrètement pour soutenir l'entreprise, dont il est copropriétaire. « Nous attendons des actes forts car la situation est extrêmement compliquée et si nous ne prenons pas une commande très vite, ça va devenir catastrophique », rappelle un représentant de la CGT. Dans les faits, il ne reste plus dans le carnet de commandes de STX France que quatre navires et d'importantes mesures de chômage partiel sont déjà programmées dans les prochains mois. Le plus gros bateau en construction, le paquebot MSC Preziosa (333 mètres, 1739 cabines), est déjà en phase d'achèvement et sera livré en mars 2013. Il sera suivi, quelques semaines plus tard, par l'Europa 2 (225 mètres, 251 cabines), un navire de croisière de luxe dont la mise à flot interviendra dès le mois prochain. Les deux dernières unités à réaliser sont les bâtiments de projection et de commandement Sébastopol et Vladivostok, commandés par la marine russe. Livrables en 2014 et 2015, ces BPC, longs de 199 mètres, ont vu leur réalisation anticipée afin de maintenir de l'activité dans les ateliers de fabrication. Mais ce travail sera consommé d'ici la fin de l'année. Quant aux bureaux d'études, malgré quelques contrats d'ingénierie décrochés dans l'offshore, la baisse de charge est déjà importante. Pour mémoire, STX France emploie 2000 salariés, le nombre de sous-traitants ayant atteint 4000 personnes début 2012. Il est donc impératif que le chantier, l'un des grands symboles de l'industrie nationale, signe rapidement une nouvelle commande, faute de quoi des milliers d'emplois pourraient disparaitre dans l'année qui vient. Et il en est de même pour la filiale morbihannaise de STX France, qui emploie 120 personnes. Le chantier STX de Lanester, près de Lorient, livrera son dernier navire en septembre. Lors de la rencontre avec Arnaud Montebourg, les syndicats ont également alerté le ministre sur ce site, dont le plan de charge va bientôt atteindre un niveau critique.

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