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Après plusieurs années difficiles, le chantier normand Allais, racheté en 2016 par le groupe Efinor, retrouve des couleurs. Dans les grandes nefs des anciens ateliers nord de l’arsenal de Cherbourg, où Allais s’est implanté en 2005 après avoir passé 20 ans à Dieppe, plusieurs crew-boats destinés à l’offshore pétrolier et gazier sont en cours de construction. Des bateaux entièrement réalisés en aluminium, coques et blocs timonerie (montés sur plots élastiques) étant fabriqués séparément avant d’être intégrés. Avec la particularité, ici, de construire les coques à l’endroit et non à l’envers, comme c’est souvent le cas dans la navale.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le chantier Efinor Allais (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le chantier Efinor Allais (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Diaporama orphelin : container

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le chantier Efinor Allais (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Après ces trois unités, d’autres crew-boats doivent suivre rapidement. Un regain d’activité sur ce marché historique pour le chantier, qui a par le passé produit par dizaines les fameux Surfers. A la grande époque, « jusqu’à 200 personnes ont travaillé ici sur les Surfers, on en a produit jusqu’à 23 par an grâce au développement de procédés d’industrialisation très efficaces pour la construction en série », rappelle à Mer et Marine Christophe Poizeau, qui a pris en 2019 la tête du Pôle Manufacturing d’Efinor, regroupant notamment Efinor Allais et Efinor Metal (ex-Nordmetal).

 

 

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© EFINOR

L'un des nombreux Surfers construits par Allais pour Bourbon (© : EFINOR ALLAIS)

 

Aujourd’hui, les deux filiales du groupe partagent l’imposant site implanté dans la base navale cherbourgeoise. Il s’étend sur 16.000 m², avec des bureaux et un vaste espace industriel, soit en tout sept nefs : trois dédiées aux bateaux et trois autres à Efinor Metal, la septième, aussi appelée « nef lourde », étant située au centre. Dotée d’un point d’une capacité de 30 tonnes et d’autres moyens de levage sur les côtés, elle sert à l’intégration et au montage des navires, ainsi qu’aux activités inox. Efinor Allais et Efinor Metal emploient « une quarantaine de personnes pour la partie bateaux et une cinquantaine pour la partie métal » et travaillent étroitement ensemble, s’épaulant mutuellement en fonction du plan de charge. « L’intérêt de la mutualisation c’est que l’on peut gérer facilement les pics et les creux ».

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le site Efinor situé dans l'ancien arsenal (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Christophe Poizeau (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« Nous voulons recapitaliser sur ce savoir-faire historique »

Allais, fort d’une activité débordante dans les années 90 et 2000 avec le Surfers, avait finalement bu le bouillon avec la crise de l’Oil&Gas après 2008. Le chantier, qui était devenu pour ainsi dire mono-produit mais aussi mono-client puisque Bourbon assurait l’essentiel de son plan de charge, avait vu ses commandes se tarir. Finalement, Efinor, qui avait des vues sur le bâtiment dans lesquels le chantier s’étaient installés en 2005 et voulait développer ses compétences dans l’aluminium, a racheté l’entreprise il y a cinq ans. « Il y a eu quelques années difficiles mais l’activité repart. Notre stratégie, aujourd’hui, vise à nous recentrer sur l’optimisation de la production, et sur ce que l’on sait faire : des bateaux rapides, fiables et robustes, notamment pour l’offshore où nous avons pas mal de sollicitations actuellement. Nous voulons recapitaliser sur ce savoir-faire historique ». C’est ainsi qu’Allais revient en force grâce aux Surfers, avec notamment des modèles de 19 à 22 mètres conçus pour transporter 25 à 50 personnes, ainsi que du fret. Le chantier a, sur ce marché, renoué en début d’année avec son client historique, Bourbon, pour lequel il a produit pas moins de 200 bateaux en 30 ans, le dernier ayant été livré en 2015. Cette nouvelle unité, de 19 mètres, est en cours de réalisation en vue d’une mise à l’eau cet été. Et Bourbon a déjà passé commande d’un second Surfer, qui doit être lui-aussi achevé cette année, alors que des discussions étant en cours pour d’autres unités. Dans le même temps, Efinor Allais est en train de contractualiser des crew-boats de 19 et 22 mètres avec d’autres opérateurs, français et étrangers, pour des champs pétroliers en Afrique de l’ouest et au Moyen-Orient. Aux trois vedettes en construction actuellement, cinq autres pourraient ainsi s’y ajouter d’ici la fin de l’année.

 

 

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© EFINOR

Crew boat réalisé en 2020 pour le groupe Peschaud (© : EFINOR ALLAIS)

 

Offshore : des opportunités pour renouveler une flotte vieillissante

« Le secteur de l’offshore pétrolier n’est pas dans une forme exceptionnelle mais il y a toujours des plateformes en exploitation et donc des besoins de transport de personnel. Or, nous arrivons dans une époque où les flottes de crew-boats commencent à vieillir et nécessitent donc des renouvellements, alors que de nouveaux opérateurs sont entrés sur le marché. Il y a donc des opportunités à saisir », dit Christophe Poizeau. Mais pour cela, il faut souvent être en mesure de livrer très rapidement des bateaux. « Nous avons dans nos ateliers une force de frappe très intéressante. Grâce à nos capacités de production et nos équipes, nous arrivons à faire un bateau de 19 mètres en quatre mois et demi, entre la commande et la livraison, en partant de zéro. Ce qui fait le délai, aujourd’hui, ce sont les composants, notamment les moteurs et hydrojets ». Alors, pour ne pas être pris de court, sur les trois unités actuellement en construction à Cherbourg, une est réalisée en spéculation afin de pouvoir partir rapidement chez l’un des clients avec lesquels Allais est en discussion.

 

 

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© EFINOR SEA CLEANER

Bateaux dépollueurs réalisés pour le canal de Suez (© : EFINOR)

 

Les bateaux de dépollution

Et puis, au-delà des navires pour l’offshore, il y a aussi le marché des unités de lutte contre la dépollution, une autre activité qu’Efinor développe grâce à sa filiale bretonne Sea Cleaner (ex-Ecocéane) reprise en 2018. « Les unités de 6 à 8 mètres sont faites à Paimpol et nous réalisons désormais à Cherbourg les modèles plus grands. Nous avons ainsi livré au printemps nos trois premiers bateaux de dépollution ». En l’occurrence trois Multi Cleaner 128 de 13.5 mètres de long pour 5 de large commandés par l’autorité du canal de Suez. D’autres sont attendus, y compris des bateaux nettement plus gros, avec par exemple un projet de navire dépollueur de 25 mètres pour Hong Kong. Et parmi les contrats en cours de contractualisation pour des surfers, l’un d’eux, pour un pays africain, compte non seulement des crew-boats, mais aussi des bateaux dépollueurs. Ce marché se développe donc bien. Il fait dire que les besoins sont importants, tant pour le nettoyage et la protection des ports que des zones littorales ou en haute mer. Pour y réponde, Sea Cleaner, qui vendu plus de 100 modèles à travers le monde depuis 2004, a développé une gamme adaptée à la récupération des déchets solides et liquides autour de trois principaux types de bateaux : les Waste Cleaner (6 à 10 mètres) pour la maintenance portuaire, les Multi Cleaner (10 à 20 mètres) dédiés à la protection des côtes et des grands ports, ainsi que les Spill Cleaner (20 mètres et plus) taillé pour les interventions hauturières. Et pour tenir compte des enjeux environnementaux, un modèle 100% électrique du Waste Cleaner 66 a été produit en 2019.

 

 

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© EFINOR

Bateaux dépollueurs réalisés pour le canal de Suez (© : EFINOR)

 

Plus prudent sur la diversification

Pour le reste, le chantier fait une pause dans ses tentatives de diversification, en particulier vers la pêche. En 2019, il a pourtant sorti son premier chalutier, le Côte d’Ambre, langoustinier de 16.5 mètres commandé par un armateur lorientais. Mais ce projet a été très difficile pour Allais. « Nous avons fait une tentative à la pêche, on a construit un bateau qui est robuste et pêche bien, nous en sommes fiers mais on ne peut pas s’aligner aujourd’hui sur les prix du marché ». Idem pour le projet de chalutier à propulsion hydrogène, qui devait être un sistership du Côte d’Ambre. « Ce projet est un peu retombé et nous l’avons rebasculé chez Efinor Projets. Le problème est notamment que les piles à combustible ne sont pas encore adaptées. Nous restons cependant en veille sur ce sujet, qui est important pour l’avenir ».

 

 

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© EFINOR

Le Côte d'Ambre (© : EFINOR)

 

En attendant, le chantier explore les solutions disponibles ou en cours de développement pour réduire la consommation et les émissions polluantes de navires : « Nous regardons des choses simples, comme l’installation de panneaux solaires et de petites éoliennes sur les bateaux, qui peuvent par exemple fournir l’énergie nécessaires à certaines fonctions, comme l’alimentation de prises USB. Et nous regardons attentivement tout ce qui est lié à l’hybridation des moteurs qui se développe dans le secteur du transport de passagers ». Dans ce domaine, en dehors des crew-boats pour l’offshore, Efinor Allais n’a pas de modèle à proprement parler mais s’intéresse à ce segment. « Nous n’avons pas de gamme de navire de transport de passagers mais nous pouvons répondre à des marchés avec la capacité de réaliser des bateaux jusqu’à 30 mètres et d’un poids de 100 tonnes en alu et 120 en acier ». Sachant qu’un Surfer de 19 mètres pèse une trentaine de tonnes. De même, Allais ne s’interdit pas d’aller sur le créneau des petits patrouilleurs rapides et des intercepteurs « Il y a des similarités avec les crew-boats, qui sont des bateaux allant jusqu’à 30-35 nœuds. Nous avons déjà répondu à des appels d’offres, même si là aussi nous n’avons pas de gamme développée mais des design ». Le chantier a aussi livré l’an dernier des pontons flottants pour les sous-marins basés à Toulon.

Mât de FDI et interventions en réparation et maintenance navale

Le chantier travaille aussi en sous-traitance pour la production de structures métalliques. Il a ainsi, au printemps, livré à Naval Group la partie supérieure, réalisée en aluminium, de la mâture de la première frégate de défense et d’intervention (FDI), en cours de construction à Lorient. Une imposante pièce de 12 mètres de côté et 20 tonnes sortie en avril de ses ateliers. Chaudronnerie, tuyauterie, soudage… Les capacités de production et les équipes d’Efinor contribuent aussi à des travaux de réparation navale, avec par exemple la réfection récente de la partie arrière de deux bateaux de pêche d’un l’armement de Saint-Vaast. Le groupe a aussi participé au récent arrêt technique du patrouilleur Pluvier de la Marine nationale à Cherbourg, ou encore des opérations de maintenance sur des navires de Brittany Ferries.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Des embauches, notamment de soudeuses

Et qui dit activité dit embauches. « Nous recrutons avec notamment la volonté de grossir notre structure sur les études. Nous sommes à la recherche d’un responsable études et approvisionneur. Et puis nous recrutons régulièrement pour la production, nous avons par exemple embauché deux nouvelles soudeuses cette année », explique Christophe Poizeau. La soudure est en effet un métier qui se féminise et elles sont de plus en plus nombreuses dans l’entreprise. Cela, grâce notamment à des plans de formation mis en place avec les collectivités locales et Pôle emploi, qui donnent lieu à des reconversions parfois étonnantes : « L’une d’elles faisait de la couture dans le milieu de la mode en région parisienne, un métier qui demande beaucoup de dextérité, ce qui est la même chose dans la soudure. Nous avons désormais cinq femmes en soudure dans l’atelier, et c’est un vrai atout car elles se montrent douées et très motivées ». Une bonne chose pour l’industrie, qui peine à trouver de nouvelles recrues dans les métiers de production. Le groupe Efinor, dont le patron et fondateur Fabrice Lepotier est président de l’IUMM Manche, est d’ailleurs engagé avec les autres industriels locaux, en particulier des filières navales et nucléaires, pour développer dans le Contentin un pôle d’excellence national dans le domaine de la soudure.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

 

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