Aller au contenu principal

Le contrecoup de la crise du coronavirus, qui ravage particulièrement l’industrie du tourisme, ne sera évidemment pas sans conséquence pour le secteur de croisière et les chantiers spécialisés dans la construction de paquebots. Avec à minima des retards dans les livraisons de nouveaux navires actuellement en construction, voire très probablement l’abandon de projets initiés avant la pandémie. Surtout que les compagnies, portées par un environnement jusque-là très favorable, sont maintenant prisonnières de la frénésie de commandes inédite dont elles ont fait preuve ces dernières années. Ainsi, à ce jour, le carnet de commandes mondial, qui se trouve pour l’essentiel dans la besace des chantiers européens, compte pas moins de 118 navires livrables d’ici 2027, l’ensemble représentant un investissement global de plus de 67 milliards de dollars.

Les compagnies de croisière dans une situation difficile

Pour les constructeurs, le problème le plus urgent est aujourd’hui de garantir la poursuite des constructions en cours et celles qui doivent bientôt débuter. Cela, alors que les armateurs font évidemment face à des difficultés financières importantes liées à l’arrêt complet de leurs flottes, qui ne génèrent plus de revenus. Une situation qui s’annonce durable, personne ne croyant raisonnablement, si ce n’est de manière marginale, à une reprise de l’activité dès cet été.

Une série de décrets spécifiques à la construction navale

C'est dans ce contexte, le gouvernement italien a décidé d’intervenir pour sécuriser les commandes de son champion national, le groupe public Fincantieri, détenu à 71%  par la Cassa Depositi e Prestiti (équivalent italien de la Caisse des dépôts/Bpifrance), via la société Fintecna. Cela dans le court et le moyen terme. Dans cette perspective, plusieurs décrets spécifiques au groupe de construction navale, considéré comme une industrie stratégique par Rome, ont été signés cette semaine.

Garantie de l’Etat pour 12 nouveaux navires

D’abord, l’Etat italien a confirmé la garantie offerte par l’agence nationale d’assurance-crédit à l’exportation, la Sace, sur un certain nombre de navires de croisières (à hauteur de plus de 70% du montant des contrats signés avec les armateurs). Il y notamment, selon les informations du journal italien Star Magazine, les quatre navires de luxe commandés par MSC Cruises pour un montant de 1.96 milliard d’euros, mais aussi pour 974 millions d’euros le premier des deux nouveaux paquebots à propulsion GNL destinés à Princess Cruises (filiale du groupe américain Carnival Corporation). Un autre décret porte sur l’accès à cette garantie de quatre petits paquebots destinés à Viking Ocean Cruises (1.65 milliard d’euros) et un troisième pour les trois premiers paquebots du projet Leonardo de Norwegian Cruise Line (2.43 milliards d’euros).

Un apport important de liquidités pour le constructeur

Parallèlement, le gouvernement italien est aussi intervenu, avec un « décret de liquidité »,  pour parer au plus pressé, à savoir aider financièrement Fincantieri à passer ce cap difficile. Car les huit chantiers navals du groupe situés en Italie sont à l’arrêt depuis le 16 mars dans le cadre des mesures de confinement imposées dans le pays, y compris aux entreprises non indispensables pendant la crise sanitaire. Mais ce coup de pousse étatique vise aussi, en dehors des besoins propres du constructeur, à trouver une solution aux difficultés que les armateurs pourraient avoir à débourser du cash dans les mois qui viennent pour honorer des échéances contractuelles sur des navires en construction.

Un système de prêts pour reporter les échéances des clients

Fincantieri va ainsi bénéficier via la CDP d’une aide pouvant aller jusqu’à 2.6 milliards d’euros. De l’argent pour ses propres besoins, mais dont il pourra aussi faire bénéficier ses clients sous forme de prêts à taux très avantageux remboursables ultérieurement, en clair pas avant 2021.

Une stratégie économique et industrielle intelligente de la part des Italiens, puisqu’elle préserve en même temps l’activité des chantiers et les emplois qui vont avec, tout en soulageant dans une période financièrement difficile des clients majeurs, sur lesquels il y a déjà, par ailleurs, des milliards d’euros garantis par la Sace sur de précédentes réalisations.

Un dispositif équivalent en France ?

Un dispositif équivalent pourrait bien voir le jour dans d’autres pays et pour d’autres secteurs industriels. En France, on pense évidemment aux Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, qui vont inévitablement être confrontés à la même problématique que Fincantieri dans les semaines et mois à venir. 

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Aller plus loin

Rubriques
Construction navale Croisières
Dossiers
Fincantieri