Aller au contenu principal

L’un des leaders mondiaux des films plastiques, le groupe allemand Renolit, a décidé il y a de cela sept ans maintenant de développer une nouvelle technologie de film adhésif pour une utilisation dans le secteur naval. Cherchant de nouveaux débouchés pour ses produits, l’entreprise basée à Worms a crée une division appelée Renolit Maritime pour mettre au point et commercialiser le Renolit Dolphin S. Destiné à servir d’antifouling (antisalissure) sur les coques de bateaux ou d’objets flottants immergés (éoliennes flottantes, hydroliennes, etc.), le film a pour principale qualité de ne pas utiliser de biocides.

Un problème environnemental grandissant

La salissure sur les coques de navires est l’ennemi des armateurs, qu’ils soient professionnels ou plaisanciers. Les organismes vivants qui s’accrochent ont vite fait de réduire fortement les performances des bateaux. Jusqu’ici, le meilleur remède était la peinture antifouling. Mais, celle-ci repose sur des biocides, des produits chimiques dont le but est d’éradiquer la vie aquatique pour l’empêcher de s’incruster sur le revêtement des navires. La toxicité de ces peintures est réelle, que ce soit pour les hommes lors de leur maniement, ou bien plus encore pour l’écosystème marin lorsque des fragments de peinture partent à la mer, contaminant les océans.

Face à ce danger, la réglementation se veut de plus en plus restrictive. En 2003, le Tributylétain (TBT), massivement utilisé pendant des décennies, est banni dans le monde entier. Cette année, l’Union européenne a fait passer le nombre de biocides autorisés de 25 à 10. À l’instar des mesures prises pour lutter contre les émissions toxiques dues aux propulsions des navires, l’usage de produits dangereux pour la sécurité ou l’environnement va être de plus en plus contrôlé à l'avenir. Cela crée de facto un nouveau marché pour des antifouling d’un nouveau genre, sans biocides, sur lequel plusieurs sociétés souhaitent se développer comme Mactac ou Renolit.

Un film plastique adhésif en silicone haute qualité

Parmi les différents produits pour le secteur naval que propose à la vente Renolit Maritime, le Renolit Dolphin S est celui chargé de faire office d’antifouling. Il s’agit d’un film basé sur une couche de fluoropolymer, une silicone de haute performance, dont les propriétés amphiphiles empêchent la fixation d’algues et de coquillages. Il peut être appliqué sur des coques en acier, aluminium ou même polyester.

Contrairement à une peinture antifouling classique, il ne présente pas de toxicité pour le milieu aquatique. La technologie, désignée « Roll Coating », est étudiée depuis sept ans dans les laboratoires de Renolit. La solution, commercialisée depuis près d’un an et demi, a été présentée récemment en France lors du salon Navexpo International de Lorient. Près d’une cinquante de bateaux et structures marines a été équipée du Renolit Dolphin S. Il est principalement dédié aux acteurs professionnels. On le retrouve aussi bien sur des remorqueurs que des vedettes de sauvetage en passant par des voiliers de course et de plaisance. De manière générale, il est surtout utile et compétitif sur les embarcations de 35-40 mètres. Si les constructions neuves sont le plus susceptibles d’être réceptrices du Dolphin S, la solution peut aussi être appliquée sur des navires d’occasion.

 

188712 Renolit dolphin S
© RENOLIT MARITIME

Pose de différents films sur le remorqueur Lütt Deern à Hambourg. La partie noire correspondant au Dolphin S (© RENOLIT MARITIME)

 

De nombreux avantages pour la technologie des films adhésifs

La technologie des films a de nombreux avantages. Le premier est évidemment l’absence de produits toxiques pouvant être rejetés. Les films ne contiennent pas de biocides. Les qualités physiques et mécaniques du produit sont aussi intéressantes. En effet, selon Renolit, son film peut durer cinq ans là où une peinture équivalente n’atteindrait que deux ans. Il y a donc moins besoin de passer en entretien. De plus, il a été constaté une amélioration des qualités nautiques des bateaux équipés du Renolit Dolphins S. Le film est très lisse et améliore la pénétration de la coque dans l’eau. Pour une vitesse de 20 nœuds, la réduction de la résistance à l’écoulement atteint 12%. Cela diminue la consommation en énergie des navires.

Son application est aussi jugée plus simple. Après avoir préparé la coque, on applique un primaire d’accrochage avant d’ajouter le film Dolphin S. Durant ce processus, il n’y a pas de protection particulière à prendre en compte pour la sécurité des travailleurs, le produit n’étant pas toxique. Il n’y a pas d’émanations de produits chimiques ni de rejet de CO2. Les techniciens peuvent même continuer de travailler sur l’entretien des navires, sans craindre de risque d’incendie, le matériau étant ininflammable. Le temps de pose est rapide, mais nécessite la présence de personnel agrémenté par Renolit.

 

188715 Renolit dolphin S
© RENOLIT MARITIME

La pose, réalisée ici par un technicien qualifié, ne nécessite pas de protections particulières pour les travailleurs (© RENOLIT MARITIME)

 

De fait, si le produit est plus cher à l’achat qu’une peinture classique, il se rentabilise en trois ans selon la société. Pour l’instant, son principal défaut est sa relative fragilité lors des contacts, comme pour les bateaux lors de phases d’échouages. Sur le remorqueur Lütt Deern, des réparations ont été nécessaires. Toutefois, l'exploitant indique que la durée d'immobilisation de son navire a été très réduite. À l'avenir, c'est sur ce point que les différents fabricants de films adhésifs, comme Renolit, vont devoir convaincre les éventuels acquéreurs.

Une vision à long terme

Pour faire sa place sur le marché, Renolit Maritime se donne du temps, explique Sébastien Charlès, responsable commercial : « Nous avons une vision à long terme. L’évolution probable à venir des réglementations nous conforte dans l’idée que notre produit est le bon. Maintenant, il nous faut convaincre les armateurs du retour sur investissement de notre produit, qui est réel. Cela demande un peu de temps ».

 

188714 Renolit dolphin S
© RENOLIT MARITIME

Le Lütt Deern est en activité à Hambourg avec différents types de films, dont le Renolit Dolphin S pour la partie basse de sa coque (© RENOLIT MARITIME)

 

Le film antifouling Dolphin S continue en tout cas ses expérimentations. Il a été retenu pour un projet d’énergies marines renouvelables innovantes aux Pays-Bas, le Wavepiston. Une sorte de générateur houlomoteur flottant, dont le revêtement est recouvert par le produit de Renolit. Il a aussi été proposé aux Phares et Balises, dont on sait que la politique actuelle est portée sur la réduction de l'impact des navires sur le milieu naturel. Des projets qui restent donc à affermir, mais qui témoignent d’un attrait pour le développement de ces nouvelles technologies plus respectueuses de l'environnement.

 

Aller plus loin

Rubriques
Construction navale