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Alors que son nouveau portique lourd sera érigé cet automne, le chantier finlandais de Turku, filiale du groupe allemand Meyer Werft, annonce qu'il va plus que doubler les investissements destinés à moderniser son outil industriel. Ceux-ci passent de 75 à pas moins de 185 millions d’euros. Une enveloppe supplémentaire qui va permettre d’équiper le site de nouvelles unités de découpe de tôles plates et profilées, ainsi qu’une nouvelle ligne de production de panneaux. « Ces nouveaux investissements seront prêts fin 2018/début 2019 et permettront de booster la production métallique du chantier en lien avec le niveau record du carnet de commandes d’ici 2024 », indique Meyer Turku. Comme le site Meyer Werft de Papenburg, en Allemagne, le chantier finlandais utilisera la technologie de soudage hybride, associant dans un même bain de fusion un soudage laser et un soudage à l’arc conventionnel. Les nouvelles machines disposeront par ailleurs de systèmes de commande digitalisés.  

« Nous sommes en train de reconstruire Turku en une usine moderne d’assemblage de navires. Après ces investissements, nous disposeront d’un des outils de fabrication de coques métalliques les plus modernes au monde, ce qui nous permettra d’assurer la montée en puissance de la production », explique Mika Heiskanen, responsable de la production métallique du chantier.

 

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© MEYER TURKU

Le chantier de Turku l'an dernier avec notamment le Mein Schiff 5 (© MEYER TURKU)

 

Menacé de disparition il y a cinq ans, le chantier de Turku, repris fin 2014 par le groupe familial Meyer Werft, a connu un redressement assez spectaculaire. Après avoir cumulé les pertes pendant plusieurs années, entrainant sa cession par le groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding, le plus grand constructeur de Finlande a pu redresser la barre grâce au soutien de son repreneur. Dès 2015, les résultats du chantier, qui emploie 1600 salariés, sont repassés au vert, avec un bénéfice de 15 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 594 millions d’euros. Et cette tendance s’est amplifiée l’an dernier avec la hausse de l’activité, l’entreprise ayant dégagé un résultat net positif de 25 millions d’euros pour un chiffre d’affaires ayant bondi à 794 millions. 

Turku bénéficie désormais d’un beau plan de charge, avec une visibilité s’étalant sur 7 ans. Après la livraison du Mein Schiff 6 (99.800 GT, 2500 passagers) en mai à la compagnie allemande TUI Cruises (société commune de TUI et RCCL), le carnet de commandes du chantier comprend pour le moment huit paquebots à livrer d’ici 2024. Les deux premiers, en cours de construction pour TUI Cruises, sont une version agrandie du Mein Schiff 6, dernier d’une série de quatre navires dont les trois premiers exemplaires sont entrés en service en 2014, 2015 et 2016. Livrables en 2018 et 2019, les futurs Mein Schiff 1 et Mein Schiff 2 auront une jauge de 111.500 GT et pourront accueillir près de 2900 passagers.

La suite va consacrer le retour des paquebots géants, qu’on n’avait plus vus depuis les Oasis of the Seas et Allure of the Seas (225.000 GT, 2700 cabines) partis en 2009 et 2010. Les prochaines productions finlandaises seront un peu moins grosses mais feront tout de même partie des plus imposantes unités au monde. En fait juste derrière celles de RCCL, qui a choisi de prolonger la série des Oasis en France (Saint-Nazaire a livré l’Harmony of the Seas en 2016, achèvera le Symphony of the Seas en 2018 et terminera une unité supplémentaire en 2021) mais revient à Turku avec un autre projet à peine moins massif.   

 

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© COSTA CROISIERES

Le projet Excellence de Costa (© COSTA CROISIERES)

 

Turku va d'abord s’attaquer à quatre navires de plus de 180.000 GT et 5000 passagers équipés d’une propulsion au gaz naturel liquéfié. Destinés à des filiales du groupe américain Carnival Corporation (Costa et CCL), ces mastodontes seront livrés en 2019, 2020, 2021 et 2022. La découpe de la première tôle de la première des deux unités de Costa interviendra la semaine prochaine. Turku va donc ensuite voir encore plus gros puisqu’il doit également réaliser pour RCCL les deux premiers exemplaires d’une nouvelle génération de paquebots de 200.000 GT et 5000 passagers (projet Icon). Egalement équipés de moteurs fonctionnant au GNL, mais aussi de piles à combustible, ces navires doivent entrer en service en 2022 et 2024. 

Autant dire qu’il y a du pain sur la planche et de vrais défis industriels et technologiques à relever, avec des projets de très grand gabarit et des prototypes intégrant de nombreuses innovations, y compris des technologies complexes. Le tout, dans des délais toujours contraints et des budgets serrés, sans oublier - même si le marché de la croisière se porte actuellement très bien - une montée en puissance de la concurrence en Europe et bientôt en Asie. « Pour le chantier, les investissements que nous menons vont constituer un pas de géant qui va aussi nous préparer à la compétition internationale. Nous avons vraiment besoin de ces investissements ainsi que de l’engagement complet et stable de nos équipes pour honorer les promesses que nous avons faites à nos clients », affirme Jan Meyer, directeur général de l’entreprise.

 

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© MEYER TURKU

La poutre du nouveau portique (© MEYER TURKU)

 

Pour faire face à l’augmentation considérable de la charge de travail, le chantier s’est déjà lancé ces deux dernières années dans un important programme de modernisation visant à accroître sa productivité et ses capacités. La première phase du plan, en cours d’achèvement, porte sur l’amélioration de la chaîne de production et l’acquisition d’un nouveau portique d’une capacité de levage de 1200 tonnes, deux fois plus puissant que l’actuel. Commandé à Konecranes pour un montant de 35 millions d’euros, cet outil, dont la poutre est réalisée à Turku, doit entrer en service en 2018. Il permettra de manutentionner des blocs beaucoup plus gros et donc de réduire les délais d’assemblage.

Enfin, on sait que le chantier réfléchit à un potentiel agrandissement de sa cale de construction, longue de 365 mètres pour une largeur de 80 mètres. Son extension permettrait d’augmenter le nombre de coques produites et de pouvoir accueillir des paquebots encore plus gros que les colosses de la classe Oasis, qui constituent aujourd’hui la limite de ce qui peut être construit en Finlande.

 

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Meyer Turku (ex-STX FINLAND)