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« C’est un moment très fort pour nous : on sort du bois ». Guillaume Le Grand, cofondateur de Transoceanic Wind Transport, a annoncé, mercredi 12 janvier, avoir signé un contrat avec les chantiers Piriou de Concarneau, pour la construction de son premier cargo à voiles livrable au troisième trimestre 2023. Après une dizaine d’années à affréter des vieux gréements pour transporter des marchandises à la voile qui sont ensuite commercialisées avec le label Anemos, créé en 2017, l’entreprise, dont le siège est à Douarnenez, dans le Finistère, concrétise donc son projet de développer sa propre flotte de voiliers cargos modernes. « Ça devient réalité aujourd’hui, on est ravis », s’est-il félicité.

La construction doit durer 18 mois. Après les études, qui ont déjà commencé, la construction de la coque en acier de 69 mètres devrait commencer vers mai ou juin dans les nouveaux chantiers de Piriou, à Giurgiu, en Roumanie. La superstructure sera en aluminium. L’armement et la pose du gréement (deux mâts et quatre bômes, dont le fournisseur n’a pas encore été arrêté) auront lieu à Concarneau.

Si les chantiers Piriou ont livré la coque du nouveau Bel Espoir, la construction d’un cargo à voiles sera une première. « Quelques semaines après avoir annoncé la signature d’un contrat de chantier pour la construction du voilier Septième Continent de Jean-Louis Etienne, Piriou montre par ce nouveau projet remporté que ses chantiers se placent à la pointe de l’innovation pour l’essor des technologies véliques et de la décarbonation du transport maritime », s’est félicité Vincent Faujour, président du groupe breton. Un pré-appel d’offres avait été passé auprès de 18 constructeurs européens avant d’arrêter une short-list de six chantiers. « On n’a pas choisi Piriou par esprit chauvin mais parce que la proposition faite par le chantier était la meilleure dans le ‘programme imposé’ et également dans une esquisse de ‘programme libre’ : on a pu avancer avec le bureau d’études qui nous a déjà proposé d’améliorer, de rationaliser et d’optimiser le navire », a expliqué Guillaume Le Grand.

 

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© H&T - TOWT

Le design originel (© H&T - TOWT)

 

Ainsi, le design initial du navire travaillé par le cabinet nantais Herskovits & Tobie a sensiblement évolué. La passerelle a été avancée pour des raisons d’occupation du poste arrière et, surtout, le cargo qui devait avoir trois mâts n’en aura finalement que deux. Le gréement a été simplifié pour des raisons de manœuvres et éviter des phénomènes de masquage, selon TOWT. « Pour arriver à ce navire stable et puissant, il a fallu faire évoluer sensiblement le design originel pour être conforme aux réglementations Bureau Veritas et pavillon français. On est sur un navire de commerce avant d’être un voilier. On avait donc des contraintes auxquelles on a dû se plier », a par ailleurs expliqué Stéphane Burgaud, directeur des ventes des chantiers Piriou, indiquant que ce gréement qui ne sera pas une aide à la propulsion, mais bien la propulsion principale, devrait être très efficace sur les routes choisies favorisant des allures portantes.

 

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© PIRIOU

Le nouveau design (© Piriou)

 

Sous pavillon français, le futur navire certifié par Bureau Veritas sera armé par sept ou huit marins, mais il pourra également embarquer une douzaine de passagers. Ce sera une goélette de 81 mètres hors-tout, pour 11.9 de large, un tirant d’air de 64 mètres et un tirant d’eau de 6 mètres qui doit lui donner accès à des « terminaux différenciants, pour sortir de la congestion portuaire et avoir des lead time très comparables à ceux du transport maritime classique ». Le navire pourra porter 2500 m2 de toile avec deux grand-voiles, deux focs et un génois pour atteindre la vitesse moyenne de 10.5 nœuds avec des pointes espérées à plus de 16 nœuds. Le gréement sera largement automatisé et l’officier de quart sera en mesure d’assurer seul les opérations de conduite et de réglages en route, hors des manœuvres.

Il pourra presque se passer de ses groupes électrogènes (2x250 kVA), selon TOWT, en utilisant un système d’hydrogénération (2x40kW) pour recharger un parc batteries et fournir l’énergie du bord en laissant les hélices, moteurs débrayés, faire tourner des alternateurs. Ainsi, le navire qui devrait naviguer la plupart du temps à la voile, même s’il pourra aussi utiliser un mode hybride avec un ou deux de ses moteurs diesel quatre temps en marche. En fonction des routes, il devrait réduire de 80 à plus de 95% ses émissions de CO2 pour économiser « 3000 tonnes de CO2 par an », selon TOWT.

 

Diaporama

 

TOWT va complètement changer d’échelle après avoir transporté depuis sa création environ 2000 tonnes de marchandises (spiritueux, cafés, cacaos…). Dans les cales à environnement ventilé et asséché, son cargo à voiles sera en mesure de charger 1000 à 1100 tonnes de fret en vrac sur des palettes, ainsi que 135 barriques de 225 litres de vins et spiritueux, pour le compte de « près de 35 chargeurs », selon Guillaume Le Grand. Le futur armateur envisage que son navire soit en mer plus de 320 jours par an sur une dizaine de voyages, ralliant l’Amérique du Nord (trois fois par an) et du Sud (trois fois par an), l’Afrique du Sud (trois fois par an) et même la Chine (Shanghai, une fois par an). Il transporterait ainsi 20.000 tonnes par an.

Le navire devrait pouvoir être chargé ou déchargé en 8 heures. Les opérations se dérouleront de la même manière que pour un cargo classique chargeant des palettes. Il sera équipé de deux grues de 7.5 tonnes à 4.5 mètres, deux monte-charges pouvant chacun prendre quatre palettes et il devrait y avoir six charriots élévateurs à bord et la même chose à quai. Pour les barriques, « on pense travailler à la drisse, c’est-à-dire avec la drisse de foc qui pourra sans problèmes se charger de ce type de chargement là », précise Guillaume Le Grand.

TOWT, qui a désormais des bureaux au Havre, espère rapidement se doter d’une flotte pour assurer une « permanence à la mer ». Trois unités supplémentaires pourraient donc être construites d’ici 2026.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs

 

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