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De gros navires propulsés par un foil à l’arrière, comme un mammifère marin se servirait de sa nageoire caudale pour avancer. Voilà l'idée d’Olivier Giusti. Avec sa start-up, Blue Fins, et le soutien de l’équipe du laboratoire Comportement des structures en mer, membre de l’Institut Carnot Mers, cet architecte naval de formation, qui a travaillé pendant quinze ans dans le secteur de l’offshore et des énergies marines renouvelables, développe un système pour propulser les navires et réaliser des économies de carburant (autour de 25%) en exploitant l’énergie de la houle.

Le système Blue Fins est constitué d’un foil atteignant 25 mètres de long sur 10 mètres de large pour un bateau de 300 mètres. De dimension raisonnable et constructible par un chantier naval, il est fixé sur le tableau arrière (qui devrait probablement être renforcé) grâce à trois bras articulés. Cette articulation d’une quinzaine de mètres transmet l’énergie au navire. Elle offre aussi la possibilité de relever le dispositif en cas d’absence de houle (risque de trainée) ou au contraire s’il y en a trop (risque de casse), lors d’une tempête par exemple.

Complémentarité

Lorsqu’il est immergé, l’hydrofoil réduit les frottements de la coque dans l’eau, mais en ondulant avec la houle, il la fait aussi avancer. BlueFins est particulièrement adapté à des navires faisant de grandes traversées durant lesquelles il tire parti du tangage provoqué par de belles houles longues. Olivier Giusti pense que sur une route « intéressante », le foil peut être utilisé « 75% du temps », explique-t-il à Mer et Marine. Le système a été pensé pour être ajouté à des navires existants, mais il pourrait être encore plus performant avec un design adapté, à l’occasion d’une construction neuve.

L’un des atouts de ce système est sa complémentarité avec d’autres dispositifs. Il n’est donc pas concurrent d’autres concepts. Au contraire, il peut être utilisé en complément de voiles rigides qui font leur apparition dans le secteur, ou de kites. Ce « mix » permet de réaliser encore plus d’économies de carburant. Placé à l’arrière du navire, l’hydrofoil peut aussi faire son apparition sur des navires où il est compliqué de déployer un système sur le pont, comme les porte-conteneurs. Enfin, il présente l’avantage d’être particulièrement simple à utiliser, puisqu’il suffit de l’immerger.

Deux options

Olivier Giusti a présenté son idée à l’Ifremer en 2018. L’inspiration lui est venue de ses connaissances en hydrodynamique et d’une part de biomimétisme, en observant les baleines. A l’origine, deux pistes avaient été envisagées : la propulsion de navires, mais aussi valoriser l’énergie des vagues en produisant de l’électricité, pour des bouées océanographiques, par exemple, voire des plateformes ou des îles.  « L’idée était de trouver la meilleure application possible pour entrer sur un premier marché », se souvient l’architecte naval. Mais, pour cette deuxième option, les marchés se sont avérés trop petits (bouées) ou difficilement accessibles en raison de la concurrence avec des concepts plus matures (solaire, éolien) davantage susceptibles de séduire de nouveaux investisseurs. « Ca semblait être un long chemin avant d’aboutir à quelque chose d’intéressant », explique le fondateur de Blue Fins.

 

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© BLUE FINS

(© IFREMER)

 

La décision a donc été prise de mettre « le curseur à fond sur la propulsion ». D’autant que les armateurs sont en pleine recherche de solutions de propulsions auxiliaires pour réduire leurs factures de carburant et s’adapter à la pression réglementaire croissante. Si d’autres systèmes de foils existent, ils sont plus sommaires, estime Olivier Giusti : « Avec le bras, une liaison mécanique entre le foil et le navire, le système (Blue Fins) vient amplifier le mouvement ».

Des essais en bassin, sur ce concept de propulsion pure, ont eu lieu fin 2019, à l’Ifremer. Ils ont permis de confirmer les estimations numériques. Après deux ans et demi de travail, un groupe industriel français a fait confiance à la jeune start-up et choisi d'investir. Doit suivre, jusqu’à fin 2022, une phase d’études et d'expérimentation. Blue Fins veut valider d’ici fin 2022 les performances de son dispositif avec une maquette au 1/35e dans un bassin de l’Ifremer. Un premier prototype à échelle ½ doit être testé en mer à partir de fin 2023 sur un navire de commerce. « A partir de 2024 on peut espérer la construction d’un premier système commercial ».

Un soutien de l’Ifremer

L’institut a soutenu Olivier Giusti dans la construction de son projet à travers un contrat de travail de 18 mois et un financement, notamment. Après cette expérience, l’Ifremer a décidé de lancer le concours Octo’Pousse pour « booster les projets de création de startup en lien avec l’économie bleue », explique-t-il. A la clé, un contrat de travail de 18 mois sur le site Ifremer le plus pertinent pour le projet, un financement de 60.000 euros pour faciliter la mise en œuvre du projet, un accès aux moyens d’essais ou aux laboratoires, et enfin une collaboration avec une équipe de recherche de l’institut.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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