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La venue à Paris, la semaine dernière, du président de Royal Caribbean International (RCI) a été l'occasion de le questionner sur son état d'esprit par rapport aux chantiers STX France. La compagnie américaine, qui s'appelait auparavant Royal Caribbean Cruise Line (RCCL), est un client historique de Saint-Nazaire. C'est même avec elle que le chantier ligérien a renoué avec la construction de grands paquebots grâce à la commande, en 1985, du Sovereign of the Seas. Livré en décembre 1987, le « A29 » est alors le plus gros paquebot du monde, avec ses 73.000 tonneaux et 1141 cabines. Suivront deux sisterships, les Monarch of the Seas et Majesty of the Seas, livrés en 1991 et 1992. Entre-temps, les anciens Chantiers de l'Atlantique achèveront, en 1990, le Nordic Empress (800 cabines), avant de terminer, entre 1995 et 1998, quatre unités de 1000 cabines, les Legend of the Seas, Splendour of the Seas, Vision of the Seas et Rhapsody of the Seas. Le Sovereign of the Seas à Saint-Nazaire (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER) L'Empress of the Seas à Saint-Nazaire (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER) 15 ans de belle collaboration avant l'écueil des Millennium Malheureusement, en 1997, Saint-Nazaire passe à côté du monumental projet Eagle, qui donnera naissance au Voyager of the Seas (138.000 tonneaux, 1550 cabines), premier d'une série de 5 unités. La commande est décrochée par les Finlandais de Kvaerner Masa-Yards qui, jouant leur survie, font in-extremis un rabais substantiel à RCCL. La compagnie américaine, qui a racheté en 1997 Celebrity Cruises à l'armateur grec Chandris, reste néanmoins cliente des chantiers français. Alors que l'Allemand Meyer Werft se voit confier la réalisation des quatre paquebots de la classe Radiance of the Seas, Saint-Nazaire décroche la commande de quatre unités pour Celebrity, les fameux Millennium. C'est là que les relations avec Royal vont se dégrader. Car il est décidé de doter les huit nouveaux navires construits en Allemagne et en France de pods, des moteurs électriques placés dans des nacelles orientables. Fixés à la poupe, ces systèmes, qui font aussi office de gouvernes, permettent d'améliorer significativement la manoeuvrabilité. Mais il s'agit encore d'une innovation pour laquelle le recul manque, à cette période, en termes de fiabilité. En Allemagne, Meyer Werft retient le système finlandais Azipod, développé dès 1997.

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© BERNARD BIGER
Le Contellation, de la classe Millennium (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER) En France, Alstom, alors propriétaire des chantiers nazairiens, pousse le Mermaid, une solution développée à l'époque par une de ses filiales, alliée à Rolls-Royce. Malheureusement, l'équipement n'est pas encore au point et les quatre Millennium vont rencontrer toute une série de problèmes techniques causant, après leur livraison entre 2000 et 2002, de nombreux arrêt techniques, soit autant de manque à gagner et de détérioration d'image pour Celebrity. Au siège de Royal, on est évidemment furieux et l'affaire se soldera devant les tribunaux. Dès lors, il n'est plus question de faire du « business » avec Saint-Nazaire. Pour le plus grand bonheur des chantiers finlandais, qui ont réalisé avec succès le programme Eagle et continuent de se voir confier la construction des plus grands paquebots du monde, d'abord les trois Freedom of the Seas (158.000 tonneaux, 1800 cabines), livrés entre 2006 et 2008, puis les deux géants du projet Genesis, les Oasis of the Seas et Allure of the Seas (225.000 tonneaux, 2700 cabines), achevés en 2009 et 2010. Dans le même temps, Meyer Werft récupère le projet Challenger de Celebrity Cruises, qui verra la livraison en 2008 du Celebrity Solstice (122.000 tonneaux, 1425 cabines), suivi par quatre unités dont la dernière, le Celebrity Reflection, entrera en flotte l'an prochain. Et les Allemands se sont même payé le luxe de décrocher la dernière commande de RCI, qui verra la livraison de deux navires de 158.000 tonneaux et 2050 cabines en 2014 et 2015. Le Rhapsody of the Seas (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER) « Nous serions heureux de reprendre langue avec Saint-Nazaire » Cela fait donc bientôt 10 ans qu'aucun navire du groupe Royal Caribbean Cruises n'a été vu à Saint-Nazaire. Une décennie qui aura servi à aplanir les différends entre les chantiers français et leur ancien client. Aujourd'hui, alors que les équipes en place à Saint-Nazaire ont changé et qu'Alstom n'est plus à la barre de l'entreprise depuis 2006, les tensions semblent apaisées. C'est en tout cas ce qu'affirme le patron de RCI, interrogé sur cette question par la rédaction de Mer et Marine. « Il faut se rappeler que près de la moitié de notre flotte a été construite à Saint-Nazaire. Nous ne voulons pas exclure un chantier qui a eu une histoire aussi longue avec nous. Ces dernières années, nous avons fait construire nos navires en Finlande et en Allemagne, ce qui n'exclue en rien le fait que nous puissions faire construire de nouveau à Saint-Nazaire ». La brouille faisant partie du passé, les Français, qui n'ont au demeurant jamais cessé de faire des offres à Royal Caribbean, peuvent donc compter de nouveau sur une oreille attentive au sein du groupe américain. « Nous serions heureux de reprendre langue avec Saint-Nazaire. Nous avons été très contents de collaborer avec eux par le passé (les navires de RCI n'ont pas rencontré de problème, ndlr) et je pense que ce sera la même chose à l'avenir », confie Adam Goldstein. Bien évidemment, la concurrence va demeurer très vive avec les autres constructeurs européens, y compris les Finlandais, même si ces derniers sont aujourd'hui intégrés au même groupe que STX France. Et il faudra aussi compter sur les chantiers asiatiques, qui lorgnent sur le marché des paquebots, ce que n'a pas manqué de préciser le président de RCI. « Il y a des chantiers en Allemagne, en Finlande, en France, en Italie et même en Asie. Nous changeons régulièrement de chantier, en fonction de celui qui est le mieux placé », rappelle Adam Goldstein. Néanmoins, le réchauffement des relations entre Saint-Nazaire et son client historique est de bon augure pour de futurs projets. Et il y en a au sein du groupe Royal puisque, si RCI a confié à Meyer Werft ses deux prochains navires et TUI Cruises à STX Finlande sa première construction neuve, on commence à évoquer, dans les coursives, une nouvelle classe pour Celebrity, afin de poursuivre sur la lignée des Solstice. Sans oublier Azamara, la filiale luxe de RCC, qui exploite pour l'heure les Azamara Journey et Azamara Quest, deux petits bateaux de 30.000 tonneaux et 700 passagers livrés en 2000 par Saint-Nazaire, à l'époque sous les noms de R Six et R Seven. L'Azamara Journey (© : AZAMARA CLUB CRUISES)

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