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Garantir la pérennité du savoir-faire français en matière de moteurs diesels, dont l’activité marine et les groupes de secours équipant les sous-marins de la Marine nationale, et atténuer le plan de licenciements lié à la restructuration lancée par la direction du groupe en Allemagne. Ce sont les deux combats que continuent de mener les représentants du personnel du site MAN Energy Solutions de Saint-Nazaire. Cela fait bientôt six mois que la mobilisation a débuté.

D’abord, pour mémoire, le contexte. Le fabricant de moteurs nazairien, anciennement connu sous le nom de SEMT-Pielstick, a été créé en 1946 et a équipé pendant très longtemps les unités de la marine française, bâtiments de surface comme sous-marins, y compris ceux à propulsion nucléaire qui disposent de moteurs auxiliaires ou « de secours » réalisés à Saint-Nazaire. En 2006, le motoriste allemand MAN, devenu filiale du groupe Volkswagen cinq ans plus tard, rachète l’intégralité du capital de SEMT-Pielstick. Le site français est intégré au groupe et s’il produit aujourd’hui surtout des gammes de moteurs et groupes pour des applications terrestres,  conserve néanmoins une activité marine, notamment celle permettant de fournir et entretenir les machines des sous-marins français.

Saint-Nazaire, qui emploie plus de 600 salariés, va être impacté par le programme de restructuration du groupe, lancé en août 2020 par la direction allemande de MAN. En tout, 71 ouvriers doivent être prochainement licenciés dans différents services : 14 à l’assemblage, 21 aux fluides, 12 aux essais, 17 à l’usinage, 3 à la logistique et 4 aux turbos selon des représentants du personnel.

Concernant ce plan social, les syndicats demandent aux pouvoir publics d’intervenir pour limiter la casse. « Nous souhaitons pouvoir avoir recours à certains dispositifs, comme des départs anticipés à la retraite mais aussi ceux relatifs à l’amiante, puisqu’un certain nombre de personnels concernés ont été en contact avec ce produit, comme ceux qui travaillaient précédemment aux Chantiers de l’Atlantique », explique à Mer et Marine un délégué de la CFDT. Mais le syndicat, comme l’ensemble des personnels, s’inquiète surtout pour le maintien des compétences et la pérennité du site. « Nous avons 27 tuyauteurs et ils vont n’en garder que 4, alors même que nous venons d’engranger un gros contrat qui va donner du travail à une quinzaine de tuyauteurs pendant un an. On va donc avoir recours à de la sous-traitance et perdre des compétences en interne, sachant qu’il faut 10 ans pour former un bon tuyauteur. Ce que l’on redoute, c’est que la même chose se passe progressivement dans les autres services, comme l’atelier montage, que l’on craint de voir fermer, et qu’au final ce soit l’ensemble du site qui soit sur la sellette d’ici 2023, à la fin du plan de restructuration de MAN ». Selon la CFDT, le site français subit aujourd’hui une compétition mortifère avec l’Allemagne, « nous souffrons d’une concurrence intergroupe avec des moteurs allemands qui sont vendus nettement en dessous des nôtres », ce qui amène le syndicat à craindre une mort à petit feu de Pielstick. La direction de MAN, elle, assure que l’activité va se poursuivre et, en janvier dernier, expliquait à Mer et Marine que le plan de restructuration du groupe « n’impactera pas le segment sous-marin et MAN Energy Solutions continuera à accompagner ses clients marine y compris sur ce segment ». Pas de quoi rassurer les représentants du personnel, la CFDT estimant qu’à terme « l’Allemagne vendra à la France des moteurs fabriqués chez eux ou low cost au détriment du seul constructeur français SEMT-Pielstick ».

L’affaire est remontée cet hiver jusqu’au sommet de l’Etat, Bruno Lemaire, ministre de l’Economie, tapant notamment du poing sur la table pour obtenir des garanties quant au maintien de l’activité et des compétences. Il s’est à ce titre appuyé sur le caractère stratégique du site de Saint-Nazaire autour des sous-marins et de la règlementation sur la protection des activités en lien avec la défense nationale. Sachant que SEMT-Pielstick a aussi d’autres clients dans le secteur naval, y compris des sous-marins à propulsion conventionnelle vendus par la France à l’export. Les syndicats demandent aussi que, dès que cela est possible, des moteurs Pielstick soient de nouveau choisi pour les bâtiments de surface français. Le dossier, également suivi de près au ministère des Armées, est aujourd’hui piloté par les services de la ministre déléguée chargée de l’Industrie. Et preuve que l’affaire est compliquée, après six mois bientôt d’échanges avec l’Allemagne, aucun accord n’a été trouvé : « Les décisions prises par le ministre au titre du contrôle et du suivi des investissements étrangers réalisés dans nos entreprises sensibles poursuivent un objectif : la protection de nos intérêts nationaux. Cette protection est notamment assurée par le maintien en France des activités sensibles pour la sécurité publique et les intérêts de la défense nationale, mais ne porte pas sur les emplois associés à ces activités. Des discussions sont en cours entre MAN, Volkswagen et les services de l’Etat », a indiqué hier à Mer et Marine le cabinet d’Agnès-Pannier-Runacher.

Sur le volet social du dossier, les services de la ministre déléguée précisent que « les représentants des salariés ont échangé à plusieurs reprise avec la Délégation interministérielle aux restructurations d’entreprises (DIRE) basée à Bercy, notamment début avril ». Une nouvelle réunion est prévue la semaine prochaine avec la DIRE, indique la CFDT, qui vient aussi de rencontrer Audrey Dufeu, députée de la Loire-Atlantique et vice-présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale pour lui demander d'agir sur cette question au parlement et auprès du gouvernement.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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