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Les chantiers STX France de Saint-Nazaire ont lancé, hier, la construction de l'Europa 2, nouveau navire de croisière de Hapag-Lloyd Cruises. En présence des dirigeants de la compagnie allemande, l'une des machines de découpe au plasma de STX France a produit une première pièce. Ce gousset de plusieurs kilos, destiné à un panneau de fond de cale situé au niveau du lot machines. Comme le veut la tradition, c'est l'armateur, en l'occurrence Sebastian Ahrens, directeur général de Hapag Lloyd Cruises, qui a appuyé sur le bouton pour lancer la séquence de découpe, assisté par deux opérateurs des chantiers, Brigitte Cahen et Christophe Bouvron. Sebastian Ahrens et son bras droit, Wolfgang Flägel (directeur financier d'HLC), ont ensuite reçu une très belle peinture acrylique du futur navire, réalisée en moins d'une semaine par l'artiste Jean-Claude Pallier. La tôle dans laquelle a été découpée le gousset (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Découpe de la première tôle du H33 (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Découpe de la première tôle du H33 (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Découpe de la première tôle du H33 (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Sebastian Ahrens lance la découpe (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) La découpe au plasma en cours (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) L'eau est évacuée après la découpe (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Brigitte Cahen retire le gousset (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Brigitte Cahen retire le gousset (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Brigitte Cahen retire le gousset (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Jacques Hardelay, Sebastian Ahrens et Wolfgang Flägel (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU) Sebastian Ahrens et Wolfgang Flägel avec la peinture de Jean-Claude Pallier (© : HAPAG-LLOYD CRUISES) Pour STX France, la découpe de la première tôle du « H33 », comme on l'appelle ici, est une étape importante dans un projet un peu spécial. Il s'agit, en effet, du premier contrat entre l'industriel français et la compagnie allemande, positionnée sur le segment des croisières de luxe. Les chantiers devront donc produire un navire très haut de gamme et ce, dans un temps record. « La différence avec ce que nous faisons d'habitude est qu'il faut construire ce navire très vite et que nous avons un nouveau standard. L'Europa 2 est, en effet, destiné à une clientèle de luxe. Les exigences sont donc extrêmement élevées. Il faut être au top et parfaits au niveau du design, même si nous avons l'habitude des produits de grande qualité avec d'autres clients », souligne Jacques Hardelay, directeur général de STX France. Vue de l'Europa 2 (© : HAPAG-LLOYD CRUISES) Vue de l'Europa 2 (© : STX FRANCE) Vue de l'Europa 2 (© : STX FRANCE) 10 mois avant la mise à flot Alors que le contrat a été signé en janvier dernier, le planning ne laisse que 10 mois entre la découpe de la première tôle et la mise à flot, prévue le 6 juillet 2012. D'ici là, les équipes de STX France devront produire 100 panneaux pour former les 25 blocs pré-équipés qui constitueront la coque du H33. Le premier de ces blocs, qui pèseront chacun de 450 à 680 tonnes, doit être mis sur cale le 7 mars prochain. Les essais en mer du navire, long de 225 mètres pour une jauge de 39.500 tonneaux, sont ensuite prévus fin février 2013 et la livraison en avril de la même année. « C'est un véritable challenge car, avec les gros paquebots que nous construisons habituellement, nous avons du temps pour faire les zones techniques, notamment les machines. Avec l'Europa 2, qui est beaucoup moins volumineux, nous n'avons que trois couches de blocs. Cela signifie qu'il faut aller plus vite, avec un délai de constitution de la machine relativement court », explique Bertrand du Charlat, responsable du navire chez STX France. La différence de taille est en effet significative puisque le dernier-né des chantiers nazairiens, le MSC Divina, est un géant de 333 mètres de long, 139.400 tonneaux de jauge et 1739 cabines, composé de 74 blocs. Vue de l'Europa 2 (© : HAPAG-LLOYD CRUISES) Vue de l'Europa 2 (© : HAPAG-LLOYD CRUISES) Vue de l'Europa 2 (© : HAPAG-LLOYD CRUISES) « De la flexibilité, de l'adaptabilité et un très bon rapport qualité/prix » En tout, jusqu'à 850 personnes seront mobilisées sur le H33 au plus fort de la construction, qui représentent quelques 2.5 millions d'heures de travail. En dehors de la production de la coque métallique, le H33 se distingue des gros paquebots réalisés à Saint-Nazaire par ses cabines, qui seront particulièrement vastes, avec une surface minimale de 28 m². De ce fait, les cabines ne pourront être préfabriquées et livrées en un seul bloc, comme c'est le cas avec les logements standards des grands navires de croisière. Et, bien évidemment, le futur Europa 2 est un prototype, même s'il s'inspire de l'Europa, livré en 1999 par les chantiers STX de Rauma, en Finlande. Cela signifie que les études sont plus importantes que sur une unité de série. Dans ce cas, tout est à imaginer, à concevoir et à construire, le tout dans un timing très serré et pour un produit nécessitant les plus hauts standards de qualité. Pour Saint-Nazaire, il s'agit donc d'un très beau contrat. « Nous travaillons très bien avec ce nouveau client, qui est satisfait, et avec lequel nous souhaitons construire une relation à long terme. Nous nous découvrons. C'est un client allemand qui pourrait avoir des doutes sur les chantiers français et nous sommes en train de lui démontrer que nous savons travailler », se félicite Jacques Hardelay. Bien qu'il existe des chantiers très réputés en Allemagne, comme Meyer Werft, devenu le leader mondial de la construction de paquebots, Sebastian Ahrens ne tarit pas d'éloge sur la navale française : « C'est un très bon chantier et la collaboration avec nous est impeccable. Saint-Nazaire montre de la flexibilité, de l'adaptabilité, et présente un très bon rapport qualité/prix », affirme le patron d'Hapag-Lloyd Cruises, qui maîtrise d'ailleurs très bien la langue française. En fait, la concurrence semble avoir surtout été rude entre les sites français et finlandais du groupe STX, plus qu'avec les chantiers allemand. Car, si l'on en croit les sous-entendus de Sebastian Ahrens, Meyer Werft, dont le carnet de commandes est rempli pour plusieurs années avec de gros paquebots, ne se serait pas farouchement battu pour cette commande. L'Europa (© : HAPAG-LLOYD CRUISES) Un navire au standard 5 étoiles On notera que le propriétaire du H33, dont on ne connaît pas le prix, ne sera ni Hapag-Lloyd Cruises ni sa maison-mère, le voyagiste allemand TUI (propriétaire à 100% de HLC), mais une société porteuse, à laquelle Hapag-Lloyd affrètera le navire pour une période de 12 ans. Immatriculé aux Bahamas (comme les autres navires de la flotte) ou peut être à Malte, l'Europa 2 mesurera donc 225 mètres de long pour 26.7 mètres de large. Affichant un tirant d'eau de 6.3 mètres et comptant 11 ponts, il présentera une jauge de 39.500 tonneaux. Côté propulsion, le navire sera doté de deux pods Mermaid (moteurs électriques placés dans des nacelles orientables) d'une puissance unitaire de 8 MW environ. La vitesse maximale sera de l'ordre de 21.4 noeuds. En matière d'emménagements, l'Europa 2 comptera 258 suites, disposant toutes d'un balcon et dont la surface minimale sera, comme évoqué précédemment, de 28 m². Conçu pour pouvoir accueillir des groupes et des familles, le bateau disposera de suites familiales, de trois espaces dédiés aux enfants et d'un service de nurserie permettant aux parents de profiter au mieux de leur croisière. Vue de l'Europa 2 (© : STX FRANCE) Vue de l'Europa 2 (© : STX FRANCE) Vue de l'Europa 2 (© : STX FRANCE) Pod Mermaid (© : STX France - BERNARD BIGER) La capacité, en base double, sera de 516 passagers, qui profiteront d'un navire dont les exigences de qualité atteindront le standard 5 étoiles. Les locaux publics, luxueusement décorés, offriront aux passagers un large choix de divertissements et de formules de restauration. « Par rapport à l'Europa, considéré comme le meilleur bateau de luxe du monde au travers de nombreux prix reçus par des guides de la croisière, nous souhaitons faire un produit de luxe plus léger. L'architecture intérieure sera plus moderne que celle de l'Europa et le style moins classique et formel. L'Europa 2 aura un Spa dont la surface sera trois fois plus importante que celle de l'Europa, ainsi qu'un théâtre avec un grand écran LCD. Il y aura plus de bars, mais aussi 7 ou 8 restaurants, contre 4 pour l'Europa, dont la capacité est de 400 passagers », précise Sebastian Ahrens. Au niveau des ponts extérieurs, on notera la présence d'une grande verrière amovible en deux parties, qui s'ouvrira par beau temps et pourra être refermée lorsque la météo ne sera pas de la partie, ce qui permettra aux passagers de profiter de la piscine et des bains à remous du pont supérieur quelque soient les conditions météorologiques. Cette configuration sera, notamment, très appréciable en à l'automne ou au début du printemps, périodes durant lesquelles, tout comme en été, le navire sera déployé en Europe à partir de sa mise en service. A compter d'avril 2012, l'Europa 2 proposera des des itinéraires successifs d'une semaine entre Barcelone et Monte Carlo, Monte Carlo et Malte, ainsi qu'entre Malte et Venise. A l'automne, des traversées supplémentaires sont prévues en Méditerranée occidentale. Puis, pour la saison hivernale 2013/2014, l'Europa 2 devrait naviguer dans les émirats arabes et en Asie du sud-est. Le Columbus (© : HAPAG-LLOYD CRUISES) Une flotte positionnée sur le haut de gamme L'Europa 2 viendra compléter la flotte d'Hapag-Lloyd Cruises, qui compte actuellement quatre navires. Il s'agit de l'Europa (1999, 28.900 tonneaux, 204 cabines), du Columbus (1997, 15.000 tonneaux, 197 cabines), de l'Hanseatic (1993, 8400 tonneaux, 88 cabines) et du Bremen (1990, 6700 tonneaux, 80 cabines). Alors que les deux derniers sont plutôt positionnés sur les voyages de type expédition, le Columbus quittera la compagnie allemande au printemps 2012. Il sera remplacé par l'un des 8 paquebots construits à Saint-Nazaire pour le compte de Renaissance Cruises et revendus à différents opérateurs après la faillite de la compagnie, en 2001. Livré en 1998 sous le nom de R One, le futur Columbus 2 navigue aujourd'hui sous le nom d'Insignia au sein d'Oceania Cruises, qui possède également les Regatta et Nautica (ex-R Two et ex-R Five). L'Insigna, qui deviendra Columbus 2 en avril 2012, sera affrété pour deux ans par Hapag-Lloyd Cruises. Avec une longueur de 181 mètres, une jauge de 30.000 tonneaux et une capacité de 680 passagers, ce navire va accroître significativement les capacités de la compagnie, tout en élargissant la gamme de produit d'HLC, qui disposera alors, en plus du luxe et de l'expédition, d'un navire permettant de développer la catégorie premium, c'est-à-dire juste en dessous du luxe. « Nous proposons deux types de croisières, le luxe et le premium, pour lesquelles il existe une distinction, que nous faisons. Avec le Columbus 2, nous allons franchir un cap important puisque ce navire remplacera le Columbus, dont la capacité n'est que de 400 lits », note Sebastian Ahrens. Le futur Columbus 2 (© : HAPAG-LLOYD CRUISES) Hapag-Lloyd confiant dans l'avenir du marché de luxe Il n'est pas inutile de rappeler que la commande de l'Europa 2 s'est faite dans un contexte particulier. Car, si en général, l'industrie de la croisière a continué de se développer malgré la crise économique de 2008, le segment des croisières de luxe a dans l'ensemble souffert, notamment sur le marché américain. Cette perte de vitesse, liée aux soubresauts économiques, s'est traduite par une vague exceptionnelle de promotions, que regrette d'ailleurs le directeur général d'Hapag-Lloyd Cruises, pour lequel un produit haut de gamme ne se brade pas. « Si on regarde les compagnies de luxe américaines, Seabourn et Silversea ont, durant la crise, radicalement baissé leurs prix. On a vu des discounts de 30 à 40%, voire même jusqu'à 65% ! C'est un vrai problème car, après, on ne peut plus remonter les prix à leur juste niveau. Chez Hapag-Lloyd, nous n'avons pas souhaité suivre cette voie car nous vendons un produit de luxe et, finalement, nous n'avons pas tellement souffert », affirme Sebastian Ahrens. La meilleure preuve en est sans doute la construction de l'Europa 2, vécue par la compagnie allemande comme une preuve de confiance dans le développement de son activité. « C'est pour nous un grand évènement car nous n'avions pas fait construire de bateau depuis 10 ans. Cette commande représente la croissance de notre compagnie, avec 516 lits en plus dans une gamme de prix d'environ 600 euros par jour. C'est un vrai challenge ». Pour assurer cette croissance, Hapag-Lloyd s'appuie évidemment sur son socle de clientèle germanique, mais se veut aussi ouverte sur l'international. « Nos clients sont Allemands, Suisses et Autrichiens, mais les clients du marché du luxe aux Etats-Unis sont également nombreux et entendent parler d'Hapag-Lloyd et plus particulièrement de l'Europa. Nous avons donc beaucoup de clients américains, mais aussi britanniques et même australiens ». Chez Hapag-lloyd Cruises, on voit donc l'avenir avec optimisme. Et, si l'arrivée du Columbus 2 et de l'Europa 2 est un succès, la compagnie n'exclut pas de poursuivre le développement de ses capacités. « Qui sait ce qui se passera dans les prochaines années, mais la construction de l'Europa 2 est un bon début. Ensuite, nous verrons si nous pouvons avoir d'autres bateaux ». Le Bremen (© : HAPAG-LLOYD CRUISES)

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