Aller au contenu principal

Le ministre français de l’Economie se rendra à Rome le 11 septembre pour y rencontrer son homologue italien, Pier Carlo Padoan, et tenter de trouver une solution dans le dossier des chantiers de Saint-Nazaire. Après avoir conclu un accord en avril dernier avec le précédent gouvernement français, qui acceptait un actionnariat italien majoritaire dans STX France, Rome a très mal pris le revirement du nouvel exécutif, qui refuse de donner à Fincantieri plus de 50% de l’entreprise, le reste devant être détenu par l’Etat, Naval Group (ex-DCNS) et éventuellement les salariés. Dans les faits, le constructeur italien, même dans ces conditions, avait tout intérêt à accepter l’offre, puisqu’il possédait selon la proposition de Paris la moitié des voix au Conseil d’administration et celle, déterminante, du directeur général, dont la nomination lui était concédée. Il avait donc, malgré un certain nombre de garanties sur l’emploi, les investissements et l’activité du site, le contrôle opérationnel du chantier et la main sur ses activités commerciales. Sauf que la négociation ne s’est passée en coulisses mais s’est répandue de part et d’autres sur la place publique, la logique et le bon étant dès lors supplantés par ce que certains appellent des « histoires d’égos et d’ergots ».

Trouver un compromis d’ici le sommet franco-italien du 27 septembre

Alors que cette discorde diplomatique menace d’autres dossiers économiques franco-italiens, autrement plus lourds financièrement, Bruno Le Maire va tenter avec son homologue d’éteindre un incendie malheureusement attisé par des postures politiques ayant braqué les opinions publiques, en particulier de l’autre côté des Alpes. « Je suis toujours d'avis qu'une coopération entre la France et Fincantieri reste la meilleure option pour Saint-Nazaire. Nous devons résoudre certains problèmes, nous devons trouver un compromis, mais je suis profondément convaincu que si chacun est capable de faire un effort, nous trouverons un compromis avant la fin de septembre », a expliqué le week-end dernier Bruno Le Maire, repris par l’AFP. L’objectif est pour mémoire de conclure un accord d’ici le sommet franco-italien du 27 septembre, qui réunira à Lyon Emmanuel Macron et le président du Conseil italien, Paolo Gentiloni.

L’élargissement du rapprochement au naval militaire

La France tente de trouver une issue en proposant d’élargir l’opération au secteur des bâtiments militaires de surface (les sous-marins étant probablement exclus car considérés comme une activité trop sensible et stratégique). Il s’agit en fait de remettre sur la table un autre dossier, celui d’une alliance entre Fincantieri et Naval Group afin de constituer la base d’un « champion européen de la navale ». Pour la première fois, le ministère français de la Défense, par la voix de Florence Parly, a d'ailleurs évoqué hier l'intérêt d'une alliance entre les deux pays dans ce secteur. Mais l’affaire demeure complexe, d’autant que les projets communs manquent, les deux pays ayant déjà lancé, ces toutes dernières années, la construction de nouveaux bâtiments militaires dans pratiquement tous les domaines (bâtiments de projection, frégates, corvettes et patrouilleurs). Des coopérations allant de l’achat groupé d’équipements au développement de nouveaux modèles de navires, en passant par la mutualisation de capacités industrielles et des offres commerciales communes à l’export font partie des pistes de travail, de même que d’éventuelles participations croisées entre les entreprises. Bien que ce projet soit mené de manière indépendante au dossier du rachat de STX, la construction d’unités logistiques pourrait constituer l’un des premiers pas de cette résurgence de la coopération navale franco-italienne. La France est en effet prête, au lieu de concevoir elle-même un nouveau bateau, à adopter le design du nouveau ravitailleur de la flotte italienne pour les trois futurs bâtiments logistiques de la Marine nationale, la co-construction des navires entre l’Italie et la France étant sur la table.

Le processus de nationalisation en cours

En attendant, le processus de nationalisation des chantiers nazairiens se poursuit. Comme le lui autorise le pacte d’actionnaires conclu en 2008 avec le groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding, qui détient toujours officiellement 66.66% des chantiers français, l’Etat (actionnaire à 33.34%) a notifié au tribunal de Séoul chargé de la vente des actifs de STX sa décision de préempter les parts sud-coréennes. Celles-ci doivent être reprises au même montant que celui proposé par Fincantieri, soit un peu moins de 80 millions d’euros. En tenant compte des délais relatifs aux différentes procédures administratives et  juridiques, la nationalisation ne devrait pas être effective, quoiqu’il arrive, avant deux ou trois mois. Il conviendra dans le même temps de voir si un accord est conclu avec les Italiens. Si tel n’est pas le cas, l’Etat, comme l’a rappelé Bruno Le Maire, restera actionnaire à 100% des chantiers, mais la volonté du gouvernement n’est pas une nationalisation à long terme. Comme l’a dit à plusieurs reprises le ministre, il s’agirait d’une solution provisoire, permettant à la France, sans contingence extérieure, de prendre le temps d’élaborer un nouveau tour de table actionnarial.

 

 

Aller plus loin

Rubriques
Construction navale
Dossiers
Chantiers de l'Atlantique