Marine Marchande
25 ans après, le naufrage de l'Estonia examiné par le tribunal de Nanterre

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25 ans après, le naufrage de l'Estonia examiné par le tribunal de Nanterre

Marine Marchande

Le ferry Estonia a coulé dans la nuit du 27 septembre 1994. Le navire, âgé de 14 ans, avait quitté Tallinn, en Estonie, en début de soirée, pour le port suédois de Stockholm avec 989 personnes à son bord. Les conditions de mer ne sont pas fameuses avec des creux de 4 à 6 mètres et du vent soufflant à une force de 7-8 Beaufort. En plein milieu de la nuit, alors que le navire se trouve au large de l’archipel situé devant Turku, en Finlande, des bruits de ferraille se font entendre à l’avant. L’équipage vérifie les indicateurs de fermeture des rampes et n’y voit rien d’anormal. Quelques minutes plus tard, l’étrave mobile s’arrache, provoquant l’ouverture de la rampe avant et un envahissement très rapide du pont garage. L’Estonia prend vite 40 degrés de gîte, les moteurs s’arrêtent. L’évacuation des passagers est rapidement décidée mais se révèle quasi-impossible en raison de la forte gîte qui interdit toute mise à l’eau des embarcations et rend tous les déplacements à bord très compliqués. Très peu de personnes arrivent à rejoindre les quelques radeaux de sauvetage déployés où tous ne pourront résister au froid. Les hélicoptères de sauvetage suédois et finlandais, ainsi que les ferries Mariella et Isabella réussiront à sauver 137 personnes. Le bilan de 852 victimes est effroyable, il s’agit d’une des plus grandes catastrophes maritimes mondiales.

A la suite de ce naufrage, une commission d’enquête internationale (Estonie, Finlande et Suède) a examiné les circonstances de l’accident et a conclu au fait que c’est l’arrachage des verrous de l’étrave mobile qui a provoqué son détachement. Aucune procédure pénale n’a été engagée et les parties civiles ont été indemnisées par un fond de compensation mis en place par l’armateur et ses assurances. L’épave de l’Estonia gît par 85 mètres de fond dans une zone sanctuarisée qui ne peut désormais plus être explorée.

Dès 1996, une procédure a été engagée en France par les ayants-droits des victimes. Pourquoi la France ? C’est parce que l’Estonia était classé par le Bureau Veritas, dont le siège social est dans les Hauts-de-Seine. Les ayants-droits ont donc saisi le tribunal de grande instance de Nanterre pour que celui-ci se prononce sur les responsabilités civiles du BV, mais également de Meyer Werft, constructeur du navire.

La procédure qui s’en est suivie a été complexe et marquée de nombreux renvois et référés qui ont amenés la Cour de Cassation à se prononcer deux fois sur les exceptions soulevées par la défense. C’est désormais au tribunal de Nanterre, d’où est partie la procédure de se prononcer sur le fond. L’audience doit se tenir le vendredi 12 et lundi 15 avril.

Le tribunal devrait donc devoir examiner le volet technique de l’affaire et se prononcer sur les demandes d’indemnités au titre du préjudice moral des 1116 parties civiles. Elles s’élèvent à 40 millions d’euros. Le Bureau Veritas, sollicité par Mer et Marine, n’a pas souhaité faire de commentaire.

 

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