Défense
500 tonnes de munitions en haute mer

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500 tonnes de munitions en haute mer

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Sous le pont d’envol, à l’arrière du hangar, une dizaine de techniciens s’activent autour d’une bombe de 250 kilos. Nous sommes au local « Préparation munition ». Pour équiper les 23 avions du groupe aérien, le Charles de Gaulle embarque toute une panoplie d’armes, des missiles air-air Mica et Magic 2 aux bombes à guidage laser, en passant par les missiles antinavires Exocet AM 39 ou les missiles nucléaire de type ASMP. « Le poids total de ces armes est d’environ 500 tonnes. En fonction de leur type, les munitions sont stockées dans différentes soutes. Nous sommes d’ailleurs le premier locataire du bord, avec 143 locaux à gérer », précise le major Jean-Luc Vuaillat. Certaines munitions sont prêtes à l’emploi, comme les missiles. Pour les bombes, en revanche, un assemblage est nécessaire. « Quelques jours avant les missions, les pilotes viennent nous voir et nous demande de préparer l’armement nécessaire à la mission. Nous montons les bombes et, pour les missiles, nous effectuons un contrôle visuel ». Une fois prêt, l’armement rejoint le hangar, sous le pont d’envol et est entreposé à côté des appareils. Le travail des 40 personnels du service Préparation s’arrête là. L’armement est ensuite pris en charge par les techniciens de chaque flottille, responsable de la fixation sous les ailes et des dernières vérifications avant le décollage. Outre les armes, le service gère également les leurres embarqués par les aéronefs, qu’ils soient électromagnétiques ou infrarouges. « Nous avons une dernière activité, qui étonne souvent, c’est la gestion des sièges éjectables. En pyrotechnie, c’est l’un des éléments les plus dangereux », souligne le major Vuaillat.

Sécurité maximale

Au pied des deux bombes en cours de préparation, un impressionnant missile Exocet est entreposé. Ce redoutable engin antinavire est de la même famille que le missile responsable de la perte du destroyer HMS Sheffield, pendant la guerre des Malouines. La vue de cet arsenal fait rapidement comprendre qu’ici, plus qu’ailleurs, la sécurité est cruciale. Le local Préparation a été conçu sous forme de citadelle, avec des cloisons blindées. « Cet endroit joue un rôle de tampon, ou de sas, entre le pont d’envol et les soutes à munition. L’ensemble est relié par neuf monte-charges, équipés de portes. Cette organisation doit permettre d’empêcher la propagation des incendies vers les soutes », précise le major Vuaillat. « Les munitions doivent être sécurisées. Le stockage des bombes en pièces détachées réduit les risques d’accident, chaque engin étant recouvert d’un revêtement ou d’une peinture de protection. Certains missiles, comme les Mica, sont entreposés dans un caisson individuel capable de supporter une explosion interne du missile. Une fois préparés et prêts à être utilisés par les avions, les armuriers disposent une série de sécurités mécaniques ou électriques, destinées à empêcher que la chaîne pyrotechnique soit alimentée. Ces sécurités sont identifiables à leurs rubans de couleur orange, flottants à différents points des aéronefs parqués sur le pont ou dans le hangar. Malgré ces précautions, la sécurité dépend avant tout des marins : « Pour chaque munition, nous avons une liste opératoire très stricte à respecter mais il est évident que ce métier de précision nécessite une connaissance parfaite. Nous ne mettons jamais les plus jeunes à travailler sur les matériels les plus dangereux. L’apprentissage est long et ils apprennent sur le tas, avec des gens d’expérience », explique Jean-Luc Vuaillat, qui n’hésite pas à rappeler que le Charles de Gaulle, « c’est à la fois un aéroport, une ville de 2000 habitants, une centrale nucléaire et une grosse réserve de munitions ».
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A bord du porte-avions Charles de Gaulle