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6000 marins en moins d'ici à 2014

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6000 marins en moins d'ici à 2014

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Les missions de la Marine nationale ne diminuent pas. Ses effectifs, oui. La marine va devoir se serrer la ceinture. Elle va perdre 6000 marins d'ici à 2014. Ils feront à deux ce qu'ils faisaient à trois. Revue de détail.
La première richesse de la marine? Ses hommes et ses femmes, vous dira le «Chef», l'amiral Forissier. Un peu plus de 45.000 militaires et civils servent aujourd'hui au sein de la Marine nationale. La palette des métiers est très large: cela va de l'expert chimiste au pilote de chasse, du plongeur démineur au spécialiste radar, du cuisinier aux «oreilles d'or» capables de détecter le moindre signal à bord des sous-marins. La marine a son «DRH», le directeur du personnel : le vice-amiral d'escadre Olivier Lajous. À lui de mener au mieux la gestion humaine de ces milliers de marins. Une équation qui n'est pas toujours facile à résoudre. Le DRH, qui gère une masse salariale de 2.5milliards d'euros, doit à la fois recruter, faire partir ceux qui ont fait un bout de chemin dans la marine, mettre en place la réforme des armées, tout en gérant les effectifs des nombreux marins aujourd'hui en mission. Ajoutez à cela la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) qui se traduit par la suppression de 6000 postes pour la marine sur 2009-2014: un exercice d'équilibriste. En 2008, ils étaient 50.000 militaires et civils.

  (© : MARINE NATIONALE)
(© : MARINE NATIONALE)

«Un défi colossal»

Toutes les lignes bougent en même temps... «C'est un défi colossal», souligne l'amiral Lajous. Chaque année, il lui faut recruter 3000 jeunes tout en gérant aussi 3800 départs, ceux des contrats courts, des départs en retraite, des reconversions. La validation des formations, l'esprit d'équipe ou d'équipage permettent des reclassements dans le civil: entre 75 et 80% des marins sont reclassés dans l'année qui suit le départ. Supprimer 6000 postes, ce n'est pas non plus évident. Ce qui était facile à faire a déjà été fait. Comme la fermeture de la base de Nîmes (1500 personnes), le désarmement de la Jeanne d'Arc (600 marins). Après, c'est plus délicat. Certes, le format de la Marine évolue. Avec l'arrivée des nouvelles frégates comme les FREMM, on divise par plus de deux le nombre de marins à bord. Mais cela ne résoudra pas tout. Pour faire fonctionner le système, la Marine nationale externalise et fait appel au privé pour la restauration notamment, le parc automobile, la formation des pilotes d'hélicoptères aussi se fait aujourd'hui chez DCI à Dax. Un appel d'offres a été lancé pour l'habillement.

  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Et le moral des troupes?

Et le moral des troupes? Rue Royale, on surveille cela de très près. «Il n'est pas au top mais il tient», dit-on, en ne cachant pas «qu'on tire beaucoup sur les marins». Les familles en pâtissent. Les bateaux sont très sollicités. Les hommes et femmes aussi et encore plus avec l'opération en Libye. Certes, ils touchent plus dans le cadre de l'opération Harmattan : 25% de plus qu'en temps normal. Mais «Ce n'est pas cela qui les motive», dit un marin, «c'est la mission, chasser Kadhafi qui opprime son peuple». Alors, Il faut durer à la mer, en situation de combat cette fois. C'est un peu la «surchauffe». Relever les frégates, c'est jouable. Le porte-avions, il n'y en a qu'un. C'est impossible. Les compteurs explosent avec les BPC et le Charles-de-Gaulle qui va arriver à 200 jours de mer. Les pilotes sortent tous les jours et, la plupart du temps, pour larguer des bombes. Et il n'y a personne pour les remplacer... De jeunes pilotes attendent depuis des semaines de pouvoir se qualifier. Or ce n'est pas possible lorsque le porte-avions est en mission opérationnelle. Il y aura donc du retard sur le renouvellement du vivier des pilotes. La situation est qualifiée de «fragile». «Tout cela repose sur le bon sens des marins, leur incroyable dévouement et la démerde», dit un observateur. Combien de temps ça va durer? C'est ce qui tracasse les marins.

Catherine Magueur, Le Télégramme

  (© : ECPAD)
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