Marine Marchande
Abeille Flandre : Déjà trois ans en Méditerranée

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Abeille Flandre : Déjà trois ans en Méditerranée

Marine Marchande

A l'occasion de l'escale de l'Abeille Flandre ce jeudi à Monaco, qui sera marquée par une journée portes ouvertes exceptionnelle, nous revenons, aujourd'hui, sur la "seconde vie" de ce bateau en Méditerranée. Les nombreux visiteurs attendus à bord (entrée libre : voir horaires en fin d'article) pourront, à l'écoute de l'équipage, mesurer l'importance de la Flandre dans le dispositif de protection du littoral. Ce sera aussi, pour le public, l'occasion de découvrir le plus célèbre des remorqueurs de haute mer français, grâce auquel nombre de marées noires ont été évitées. Basée à Toulon et placée sous l'autorité du préfet maritime de la Méditerranée, l'Abeille Flandre est l'un des cinq remorqueurs de BOURBON affrétés par la Marine nationale pour assurer la protection du littoral français et remplir les missions d'assistance et de sauvetage.
C'est en 1978, suite au naufrage de l'Amoco Cadiz et de ses 250.000 tonnes de brut à Portsall, dans le Finistère, que la France décide de se doter de moyens pour prévenir les catastrophes maritimes. L'Abeille Flandre et sa jumelle, l'Abeille Languedoc, sont mises en chantier chez Ulstein, en Norvège, et rejoignent Brest et Cherbourg en 1978 et 1979. De là, elles interviennent dès qu'un navire en difficulté est signalé au large. Depuis Brest et montant la garde à Ouessant au moindre avis de tempête, l'Abeille Flandre se distinguera en réalisant quelques 825 opérations entre 1978 et 2005, dont 214 interventions sur des bateaux en mauvaise posture. Pendant ses années bretonnes, elle portera assistance à 7200 marins, en sauvant au moins 150 d'une mort quasi-certaine. Selon les autorités françaises, l'action de l'Abeille Flandre a permis, en 27 ans, d'éviter 16 catastrophes de l'ampleur de l'Amoco Cadiz.

L'Abeille Flandre et l'Abeille Bourbon (© : BOURBON)
L'Abeille Flandre et l'Abeille Bourbon (© : BOURBON)

Des missions différentes mais tout aussi cruciales dans la Grande Bleue

Sujet de centaines de reportages, rendue célèbre par les impressionnantes photos la montrant en pleine tempête étrave en l'air ou nez dans la plume, l'Abeille Flandre a quitté Brest au printemps 2005. Remplacée par l'Abeille Bourbon, une unité nettement plus puissante et mieux adaptée au remorquage des nouveaux cargos géants transitant au large de la Bretagne, le remorqueur a rejoint Toulon. Face aux menaces croissantes de naufrages ou de collision, l'Etat décida en effet, à cette époque, de renforcer son dispositif de protection du littoral. Propriété de BOURBON et affrétées par la Marine nationale, la Flandre et la Languedoc ont été conservées, malgré leur remplacement à Brest et Cherbourg par la Bourbon et la Liberté. Alors que la Languedoc rejoignait La Rochelle pour pouvoir couvrir le golfe de Gascogne, il fut décidé de placer la Flandre dans le Var. Après des années sous les feux des projecteurs, le remorqueur d'intervention, d'assistance et de sauvetage (RIAS) s'y est fait médiatiquement beaucoup plus discret. Sa présence à Toulon n'est est, pas moins, une garantie pour la préservation du littoral et le sauvetage d'éventuels navires en difficulté. « Suivant le secteur, les risques et les enjeux sont différents. Le dispositif s'adapte donc aux risques inhérents à la zone et à la côte. Dans la Manche, on aura plutôt des risques de collision, en Atlantique des risques d'échouement et en Méditerranée des risques de pollution », explique-t-on chez BOURBON.

Intervention sur un chalutier en feu en avril 2007 (© : MARINE NATIONALE)
Intervention sur un chalutier en feu en avril 2007 (© : MARINE NATIONALE)

De l'Espagne au sud de la Sardaigne

En Atlantique, on avait l'habitude de voir l'Abeille Flandre littéralement « voler » au dessus des flots. En Méditerranée, les tempêtes océaniques sont, il est vrai, un peu plus rares... Ce qui ne signifie pas que la mer soit moins dangereuse. Alors qu'au large de la Bretagne, les remorqueurs travaillent sur des houles longues, la Grande Bleue est une mer « traître », courte et hachée. Le secteur est soumis, régulièrement, à de forts coups de vent d'Ouest ou Nord-Ouest. A l'instar de ses années en Bretagne, où elle montait la garde à Ouessant, l'Abeille Flandre quitte Toulon pour rejoindre les bouches de Bonifacio dès que le vent devient violent. De là, elle doit pouvoir porter secours, sur ordre de la préfecture maritime de la Méditerranée, aux bateaux en difficulté. Et sa zone d'action est immense, puisqu'elle s'étale de la frontière espagnole au sud de la Sardaigne. La Méditerranée comporte, en outre, certaines particularités, à commencer par les risques de collisions. De Marseille, Toulon ou Nice, de Corse ou de Sardaigne, d'Italie, du Maghreb... Des dizaines de ferries sillonnent chaque jour le secteur, non sur des routes plus ou moins parallèles, comme en Manche, mais sur des caps se coupant et se recoupant. Le risque humain est donc important, ces navires transportant quotidiennement des dizaines de milliers de passagers.

L'Abeille Flandre (© : MARINE NATIONALE)
L'Abeille Flandre (© : MARINE NATIONALE)

La pollution : Une préoccupation majeure

L'autre grand danger pesant sur les côtes méditerranéennes, où se concentrent de nombreuses zones naturelles protégées, est la pollution. En la matière, l'Abeille Flandre doit veiller sur le trafic maritime, notamment les pétroliers entrant et sortant de Fos-sur-Mer, mais aussi sur tout autre bateau croisant au large, dans un contexte naturel très différent de l'Atlantique. En Méditerranée, contrairement aux autres façades maritimes, il n'y a en effet pas de marée. Ainsi, en cas d'échouement, on ne peut pas compter sur les coefficients de marée, et donc la flottabilité, pour facilité le dégagement d'un navire pris en remorque (comme on l'a vu en mars dernier avec le cargo Artemis aux Sables d'Olonne). De plus, un bateau à la dérive venant à la côte a toutes les chances de s'échouer sur des rochers et donc de voir ses soutes perforées. Or, en cas de pollution, l'absence de marée rend le nettoyage beaucoup plus difficile, le dégagement de la mer laissant quelques heures aux équipes pour traiter les déchets et hydrocarbures. Comme on le note, chez BOURBON : « Les conséquences en cas de problème sont donc rapidement beaucoup plus dures. On estime que sur des rochers, une pollution majeure en Méditerranée peut prendre deux à trois fois plus de temps à être traitée. Il n'y a donc pas 200 solutions. Il faut être là, et vite ». Dans ce domaine de lutte, l'Abeille Flandre travaille avec deux navires spécialisés, les bâtiments d'assistance, de soutien et de dépollution (BSAD) Carangue et Ailette. Egalement propriété de BOURBON (Les Abeilles pour la Carangue - comme la Flandre, et Bourbon Offshore Surf pour l'Ailette - Comme l'Alcyon et l'Argonaute basés à Brest), ils sont eux aussi affrétés par la marine. Le RIAS travaille, dans le même temps, en étroite collaboration avec les différents services de l'Etat intervenant en mer (Affaires maritimes, Gendarmerie, Sécurité civile, Douane, SAMU...), les sauveteurs bénévoles de la SNSM et aussi d'autres moyens internationaux.

Déséchouement du Natissa en avril 2008 (© : MARINE NATIONALE)
Déséchouement du Natissa en avril 2008 (© : MARINE NATIONALE)

Plusieurs interventions menées récemment démontrent la nécessité pour ces navires d'intervenir au plus vite. Ainsi, en novembre 2007, le cargo Recco Star demandait assistance alors qu'il ne se situait qu'à 3 milles de Porquerolles, en pleine zone naturelle protégée. L'alerte est donnée à 14H30. A 16 H la Carangue est sur zone et, 45 minutes plus tard, elle passe la remorque. Cette dernière est prête alors que le Recco Star n'est plus qu'à 0.3 milles de l'île. Autre exemple, celui du Natissa, en avril dernier. Le cargo fluviomaritime s'échoue, cette fois, à la pointe sud-est de Porquerolles (gros Sarranier) avec une cargaison de 1400 tonnes de ciment et 40 m3 de gasoil dans ses soutes. Par chance, le bateau s'est posé sur le fond et ne s'est pas écrasé sur les rochers. SMIT signe le contrat d'assistance, dont l'exécution est confiée à la société Les Abeilles. Une opération de dégagement est minutieusement préparée et menée à bien par la Flandre. Seulement quarante-huit heures après son échouement, le Natissa est tiré d'affaire et la zone naturelle sauvée d'une éventuelle pollution.
La prévention reste donc une priorité pour éviter les pollutions. Car, même s'il ne s'agit pas d'un supertanker rempli de brut, une grosse fuite de gasoil de propulsion peut elle-aussi mettre en péril un écosystème côtier réputé fragile, sans compter les conséquences sur le tourisme, l'une des principales activités économiques du littoral méditerranéen.
Remorquages, escortes de navires en avarie, déséchouement, intervention sur des chalutiers en feu, lutte contre la pollution, sauvetage en mer... Loin de la pointe Finistère, l'Abeille Flandre, si elle fait aujourd'hui moins parler d'elle, n'en demeure donc pas moins active et tout aussi utile.
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En escale à Monaco, l'Abeille Flandre sera ouverte au public jeudi 16 octobre de 9h à 12h et de 14h à 18h, au Port Hercule - digue sud (Entrée gratuite).

L'Abeille Flandre et l'Abeille Bourbon lors du passage de témoin, à Brest, en avril 2005 (© : BOURBON)
L'Abeille Flandre et l'Abeille Bourbon lors du passage de témoin, à Brest, en avril 2005 (© : BOURBON)

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