Marine Marchande
Accident du Viking Sky : les niveaux d'huile à l'origine du black-out

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Accident du Viking Sky : les niveaux d'huile à l'origine du black-out

Marine Marchande

Les premières conclusions étaient donc les bonnes. C’est bien un manque d’huile de lubrification qui a provoqué le black-out et l’impressionnante dérive du paquebot Viking Sky le 23 mars dernier devant Hustadvika, un des endroits les plus dangereux de la côte ouest norvégienne. L’AIBN, bureau enquête accident norvégien, vient de publier un rapport intermédiaire sur cet évènement qui n’a, fort heureusement, fait aucune victime ni aucun dommage à l’environnement. Mais la catastrophe a été évitée de peu. 

Le Viking Sky est un navire de 228 mètres de long appartenant au groupe norvégien Viking et armé par un équipage de Wilhelmsen. Il est sorti en janvier 2017 des chantiers Fincanteri. Il est immatriculé au NIS, le registre international norvégien. Le 23 mars, il effectue une croisière « Northern Lights » le long de la côte norvégienne qui a démarré le 14 de Bergen. 915 passagers sont à bord, avec une très grande majorité d’Américains (602), mais également 197 Britanniques et 65 Australiens.

 

(© FABIEN MONTREUIL)

(© FABIEN MONTREUIL)

 

Le 21 mars, le Viking Sky appareille de Tromsø, au nord du cercle polaire, avec deux pilotes côtiers à son bord. Ils ont examiné et approuvé, avec le commandant, la route sud du navire. Les conditions météo se dégradant, le commandant décide finalement de ne pas effectuer l’escale de Bodø prévue le 22. Les vents d’Ouest augmentant, il craint de ne pas pouvoir décoster. Le Viking Sky met donc le cap sur Stavanger, tout au sud de la Norvège. En début d’après-midi, le second capitaine prévient l’équipage de la nécessité de préparer le navire pour des conditions climatiques détériorées.

Le 23 mars, le Viking Sky est au large des côtes du Nordmøre, réputées pour leur dangerosité avec des régimes de vent d’ouest. Dans la matinée, le vent est orienté sud-ouest à 9-10 Beaufort. Les vagues d’ouest sont de 9 à 10 mètres. Tôt dans la matinée, entre 5h et 9h, 18 alarmes de niveau d’huile ont été acquittées par le service machine. Le Viking Sky dispose d’une propulsion diesel-électrique : deux hélices à pas fixe sont reliées à deux moteurs électriques. Ceux-ci sont alimentés par deux paires de deux groupes diesel MAN installées dans deux locaux séparés. Chacune des paires est composée d’un groupe de 5040 kW et d’un autre de 6720 kW.

Ce 23 mars, trois groupes sont en fonctionnement, les DG1, DG2 et DG4. Après la série matinale des alarmes de niveau d’huile, plus rien n’est à signaler jusqu’à 13h37 où une alarme signale une perte de charge du DG4 en raison d’une perte de pression de l’huile de lubrification. Elle est immédiatement suivie d’une alarme de niveau bas d’huile. A 13h39, la même alarme de niveau bas d’huile sur le puisard du DG1 se déclenche. A 13h45, le DG4 s’arrête, suivi 8 secondes plus tard du DG2. Ce dernier est redémarré après 11 minutes mais s’arrête tout de suite, en même temps que le DG1 provoquant un black-out à 13h58.

La passerelle appelle immédiatement la machine et le commandant. Les mécaniciens ne comprenant pas tout de suite les raisons du black-out, ils ne peuvent pas donner un délai pour le redémarrage de la propulsion. Compte-tenu de ces éléments et de la proximité immédiate de la côte, le commandant déclenche un mayday à 14h. Il demande le mouillage des deux ancres, mais celles-ci ne tiennent pas et le bateau dérive à la côte à une vitesse de 6-7 nœuds. L’alarme générale retentit à 14h13. Les passagers commencent à rejoindre les postes de rassemblement pour l’évacuation. Le JRCC norvégien commence à mettre en œuvre tous les hélicoptères de la zone, les conditions de mer interdisant la mise à l’eau des canots de sauvetage.

 

(© MAIB)

(© MAIB)

 

A la machine, le groupe de secours a démarré 30 secondes après le black-out pour alimenter le tableau de secours. Les mécaniciens transfèrent 10.8 m3 d’huile vers les puisards des trois groupes opérationnels. A 14h22, ils démarrent le DG2 qui réalimente le tableau principal. A 14h29, le moteur électrique bâbord redémarre, suivi du tribord 5 minutes plus tard, apportant suffisamment de puissance pour maintenir une vitesse très lente.  Dans l’heure qui suit, les DG1 et DG4 repartent également autorisant le maintien d’une vitesse modérée. Malgré le redémarrage des trois groupes, les mécaniciens sont obligés d’équilibrer manuellement la charge électrique en permanence.

Sur le pont, les hélitreuillages se poursuivent grâce aux hélicoptères publics et privés, heureusement nombreux dans cette région dédiée à l’offshore, que le JRCC a pu rapidement mobiliser. Un premier remorqueur est sur zone à 16h40 mais les conditions l’empêchent de passer une remorque. Le Viking Sky réussit à se maintenir hors de danger durant la nuit, des remorques sont finalement passées à l’avant et à l’arrière à 6h30. Stabilisé de la sorte, en plus de sa propre propulsion, le navire est capable de revenir à la côte. Le commandant ordonne l’arrêt des hélitreuillages. En tout 479 passagers ont été évacués. Le Viking Sky est à quai à Molde à 16h30. Au plus fort de la dérive, le Viking Sky est passé à 10 mètres des cailloux de la côte.

Selon le rapport, les raisons du black-out sont uniquement liées au niveau d’huile anormalement bas dans tous les DG en opération. Les enquêteurs ont constaté qu’ils étaient à une capacité de 28 à 40%, là où MAN, le constructeur, préconise une capacité de 60 à 75%. Les groupes ont donc stoppés en raison de ce faible niveau et des mouvements de roulis et de tangage.

Un rapport d’enquête plus fourni, ainsi que des recommandations, devrait suivre d’ici quelques mois.

 

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