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Accident mortel à Marseille lors d’un exercice sur l’Harmony of the Seas

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Un mort et quatre blessés, dont deux dans un état d’urgence absolue. C’est le bilan de l’accident qui s’est produit hier matin à Marseille lors d’un exercice d’évacuation à bord de l’Harmony of the Seas. Pour une raison encore inconnue, l’un des canots de sauvetage s’est décroché et est brutalement tombé à l’eau avec à son bord cinq membres d’équipage. Une chute d’une dizaine de mètres qui a gravement blessé quatre d’entre eux et provoqué le décès d’un Philippin de 42 ans, qui occupait selon l'armateur du navire, Royal Caribbean International, le poste d'assistant ingénieur en électricité.

Les secours sont rapidement intervenus et les blessés ont été transférés vers un centre hospitalier (deux d'entre eux en sont sortis a indiqué ce mercredi RCI). Une cellule psychologique a également été mise en place afin de soutenir le personnel du paquebot géant, choqué par ce tragique évènement.  

 

L'Harmony of the Seas hier après-midi à Marseille (© : EMMANUEL BONICI)

L'Harmony of the Seas hier après-midi à Marseille (© : EMMANUEL BONICI)

 

Nuit à quai pendant les investigations

Une enquête a été ouverte afin de déterminer les circonstances de l’accident et, notamment, déterminer si les causes sont liées à un facteur technique ou humain. Les investigations se sont poursuivies toute la journée. Présentant un aspect étonnamment normal et aucun stigmate significatif de l’accident, le canot 14, celui qui a chuté, a été ramené à quai, où ont également été amarrées deux autres embarcations mises à l’eau lors de l’exercice, en plus du bateau de sécurité du paquebot. Quant au navire, qui devait appareiller en fin d’après-midi pour rejoindre La Spezia, étape suivante de sa croisière, il a finalement passé la nuit au port et ne quittera Marseille que ce mercredi.

 

Le canot 14 à quai après l'accident (© : EMMANUEL BONICI)

Le canot 14 à quai après l'accident (© : EMMANUEL BONICI)

 

Deuxième accident mortel de l’été

C’est la seconde fois cet été qu’un accident mortel intervient sur un paquebot lors d’un exercice d’abandon. Le 20 juillet, aux Bermudes, un membre d’équipage avait été tué et trois autres blessés lors d’une manœuvre de ce type sur le Norwegian Breakaway (drame qui pourrait être selon des media américains, et en dans l’attente des résultats définitifs de l’enquête, liée à une erreur humaine). Ces évènements sont d’autant plus étonnants qu’il s’agit de deux navires très récents. L’Harmony of the Seas a, en effet, été livré fin mai par les chantiers de Saint-Nazaire à l’armateur américain Royal Caribbean International alors que le Norwegian Breakaway est sorti en 2013 des chantiers allemands Meyer Werft. Son armateur, NCL, est de plus comme Royal très pointilleux sur la sécurité, les deux compagnies jouissant en la matière d’une excellente notation.

Par ailleurs, on se rappelle qu’en août 2015, un autre incident était intervenu, cette fois sans victime. Alors en escale à Kotor, au Monténégro, le Costa Mediterranea avait aussi vu, l’un de ses canots se décrocher mais l’embarcation était heureusement vide.

Des exercices imposés par la règlementation SOLAS

Contrairement aux exercices de sécurité se déroulant au début de chaque croisière avec les passagers, on rappellera que les exercices d’abandon n’impliquent que l’équipage. Ils sont notamment destinés à assurer l’entrainement et la formation des personnels chargés de mettre en œuvre les canots en cas d’évacuation du navire.

Pour mémoire, les paquebots comptent généralement deux types d’embarcations : des tenders, régulièrement utilisés pour transporter vers la terre les passagers lors des escales au mouillage, et les canots de sauvetage, conçus uniquement pour les évacuations. L’ensemble de cette drome est concernée par les exercices de sécurité, régis par une règlementation internationale (Safety of Life at Sea - SOLAS) émanant de l’Organisation Maritime Internationale (OMI). Elle impose que chaque membre d’équipage participe à au moins un exercice d’abandon et un exercice de lutte contre les incendies chaque mois. Pour les premiers, au moins un canot doit être mis à l’eau. Et, dans le même temps, chaque canot doit être mis en œuvre avec son équipage règlementaire au moins une fois tous les trois mois. Compte tenu du nombre important de personnel sur les navires (avec de nouveaux arrivants chaque semaine) et du fait que les grands paquebots, comme l’Harmony of the Seas et le Norwegian Breakaway, disposent de 18 embarcations (uniquement des canots pour l’Harmony et une flottille de 6 tenders et 12 canots pour le Breakaway), les exercices interviennent très régulièrement.

En fait, ils sont généralement organisés chaque semaine et il n’est pas rare que l’ensemble des embarcations opposées au bord à quai soient déployées. C’était déjà arrivé à Marseille pour l’Harmony of the Seas dès sa première escale dans les bassins phocéens le 21 juin dernier (il vient depuis tous les mardis).

 

Exercice de mise à l'eau de canots sur l'Harmony, ici en juin (© : EMMANUEL BONICI)

Exercice de mise à l'eau de canots sur l'Harmony, ici en juin (© : EMMANUEL BONICI)

 

Une manœuvre délicate redoutée par les équipages

L’un des problèmes soulevés par de nombreux officiers est que les manœuvres de mise à l’eau des canots, malgré les progrès techniques réalisés ces dernières années, restent considérées comme des opérations très délicates et même dangereuses. Elles constituent même, souvent, une hantise pour le commandant et ses équipes. Sans préjuger bien entendu des résultats de l’enquête, on peut penser que, face aux évènements tragiques récemment intervenus, de nouvelles réflexions émergent au sein de l’OMI, des sociétés de classification, équipementiers et chantiers afin d’améliorer la sécurité des personnels et limiter les risques. La question de la présence humaine à bord des canots lors de leur mise à l’eau et de leur remontée devrait notamment être posée, sachant que ces marins ont pour mission de veiller au bon déroulement de la manœuvre et, pour le pilote, d’éloigner rapidement une fois à l’eau l’embarcation de la coque, surtout lorsqu’il y a du clapot.

 

 

Des canots de 370 places chacun

L’Harmony of the Seas, qui détient le titre de plus gros paquebot du monde, mesure 362 mètres de long, présente une jauge de 227.700 GT et peut accueillir jusqu’à 6360 passagers, servis par 2100 membres d’équipage. En cas d’évacuation, le navire dispose de radeaux gonflables et, comme on l’a vu, de 18 embarcations. Il s’agit uniquement de canots de sauvetage, ce type de navire n’embarquant pas de tender puisque ne réalisant pas d’escale au mouillage. Du type CRV55, ses canots font partie des plus gros du monde. Longs de 16.7 mètres pour une largeur de 5.6 mètres, ils peuvent embarquer théoriquement jusqu’à 370 personnes, dont 16 membres d’équipage. Chaque canot dispose de deux moteurs diesels de 70 cv et deux propulseurs lui permettant d’avancer à la vitesse de 6 nœuds. Dotés d’une coque très robuste faite en matériaux composites renforcés, les CRV55 sont conçus pour résister à des conditions de mer difficiles. Ces embarcations abritent des réserves d’eau et de nourriture permettant l’attendre l’arrivée des secours et disposent même de toilettes.

 

 

D’un poids de 16 tonnes, qui peut monter à 44 tonnes une fois leurs occupants à bord, elles ont été développées spécialement pour les paquebots de la classe Oasis, dont l’Harmony est le troisième exemplaire. Le fabricant norvégien Harding, STX Europe (les deux premiers Oasis ont été réalisés en Finlande) ainsi que les sociétés de classification Germanischer Lloyd et DNV ont travaillé ensemble sur ce canot afin de répondre à la problématique de l’évacuation d’un très grand nombre de personnes. Pour faciliter le déploiement de ces grandes embarcations, le système de bascule en vigueur avec les traditionnels bossoirs a été abandonné au profit d’un positionnement au-dessus de l’eau. Situés au pont 5, à une quinzaine de mètres au-dessus de la ligne de flottaison, les canots n’ont pas besoin d’être débordés et disposent de rampes permettant un embarquement direct depuis les points de regroupement des passagers.

Ce système innovant permet donc d’évacuer un maximum de personnes en un minimum de temps. Mais il suppose bien entendu, avec près de 400 personnes potentiellement à bord, une fiabilité et une sécurité extrêmes.

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