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Actium, un marqueur sous-marin développé par Ianira et l’ENSTA

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Actium, un marqueur sous-marin développé par Ianira et l’ENSTA

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Comment marquer avec précision un chantier sous-marin ou un objet repéré sur le fond par un plongeur sans avoir recours à une bouée ? Pour apporter une réponse, la start-up brestoise, Ianira, hébergée au sein de l’incubateur de l’Ecole nationale supérieure de technique avancées (ENSTA) Bretagne, a développé un nouveau système de balise sous-marine qu’elle a baptisé Actium (ACoustic TImeable Underwater Marker).

La balise se présente sous la forme d’un cylindre d’environ 25 cm de haut, pour 12 de diamètre et un poids de moins de 2,5 kg. Le plongeur peut donc l’emporter facilement avec lui. Quand l’emplacement est repéré, la balise est installée, se mettant en équilibre à environ 50 cm du fond, retenue par un plomb d'1 kg. Par une commande optique, le plongeur peut déclencher une chronométrie qui a aussi pu être programmée au préalable en surface, grâce à un programme chargé sur une tablette ou un téléphone portable et une liaison Bluetooth.

 

(© ENSTA BRETAGNE - IANIRA)

(© ENSTA BRETAGNE - IANIRA)

 

La balise pourra remonter à la surface jusqu’à deux semaines après la programmation, au moment précis choisi par le plongeur. A moins que, pour des raisons météo ou un changement de planning, il n’ait besoin de la faire remonter avant. Dans ce cas-là, un signal acoustique sécurisé, émis jusqu’à 200 mètres du site, déclenche la balise. Que ce soit par chonométrie ou à la réception du signal acoustique, le marqueur, en flottabilité positive, est libéré. Par la poussée d’Archimède, la balise remonte en déroulant le fil d’une bobine. En émergeant, elle émet un flash lumineux facilitant le repérage. Reste au plongeur à suivre ce fil pour retrouver son marquage. Une entreprise de plongée ayant repéré un objet ou un site peut donc marquer les lieux sans avoir besoin d’envoyer immédiatement une seconde équipe.

De WatchDog à Actium

Ianira a été fondé par trois associés, un ancien ingénieur acoustique et deux ex-plongeurs démineurs de la Marine nationale. L’un d’eux, Jean Broch, réalise aujourd’hui des activités d’expertise dans les travaux maritimes et fluviaux pour un groupe de BTP. « Ianira a été créée pour développer diverses idées venant de la rencontre de nos expériences maritimes à chacun », explique-t-il. « Elles étaient un peu typées pour les plongeurs démineurs, mais nous voulions des idées les plus duales possibles pour faciliter l’intervention humaine sous l’eau ». Les associés sont partis du sentiment qu’« on ne réfléchit pas assez à l’intervention humaine sous la mer et aux outils qu’on pourrait essayer d’apporter pour faciliter le travail du plongeur ou du scaphandrier ».

Tout d’abord, l’ambition a été de développer un outil bien plus complexe d’assistant robotisé. Le projet Watchdog, labellisé par le Pôle Mer, est un robot autonome et intelligent associé à une combinaison de plongeur connectée. Il a été pensé pour être un « ange gardien » du plongeur en améliorant sa sécurité. « La partie innovation ne résidait pas tant dans la partie robotisée ou suivi du plongeur qui n’est pas très compliquée à réaliser, mais plus dans son intelligence artificielle et dans sa capacité d’interpréter le comportement humain sous l’eau. C’est cela que l’on trouvait le plus intéressant », indique Jean Broch.  Hélas, faute de financements suffisamment conséquents, le projet est en suspens, alors qu’une version plus simple est retravaillée.

Néanmoins, cette première expérience avec le soutien de l’ENSTA a permis une rencontre avec Yvon Gallou, ingénieur et enseignant à l’école. Ce dernier avait déjà déposé un brevet sur un système de largage de matériel pour les pêcheurs avec un signal acoustique codé déverrouillant un flotteur pour remonter du matériel au fond. Un casier par exemple, afin d’éviter un vol ou de gêner la navigation à proximité d'un port, par exemples.

 

(© ENSTA BRETAGNE - IANIRA)

(© ENSTA BRETAGNE - IANIRA)

 

Exploitant ce travail préliminaire, les deux hommes, avec l’appui de Gilles Le Maillot (ENSTA), ont alors cherché à développer un matériel simple, fiable, économiquement accessible, et aisément transportable pour des plongeurs militaires comme civil. « On a besoin de marqueurs dans le travail sous-marin militaire, en repérage pour le balisage de zones ou d’objets que l’on recherche, et il y a la même chose dans le monde civil du scaphandrier, en balisage de chantier ou en recherche », indique Jean Broch. Ces marqueurs pourraient aussi bien servir à des chantiers maritimes, pour un travail de dépollution pyrotechnique, ou dans le cadre de recherches archéologiques. Ils présentent l’intérêt de ne pas gêner la navigation tout en améliorant la tenue de la marque en cas de conditions climatiques agitées. Surtout, ces balises sous-marines sont bien plus discrètes qu’un jalon en surface.

Restait à développer une minuterie réglable par le plongeur au fond. Impossible de mettre un interrupteur, en raison de la pression. Un système magnétique a aussi dû être écarté, au cas où un plongeur travaillerait sur des mines magnétiques. Finalement, c’est un système optique qui a été retenu avec des fenêtre transparentes par lesquelles passent des rayons infrarouges qui peuvent être réfléchis par un petit cube poli manipulé par le plongeur, permettant ainsi de régler la balise. Enfin, le système est rechargé comme les téléphones portables, par simple induction. Ainsi, il n’est pas nécessaire de l’ouvrir, pour garantir son étanchéité. Le bureau d’études Calipsa, créé par un diplômé de l’ENSTA Bretagne, s'est particulièrement penché sur cette question de l’étanchéité, ainsi que du design de l’appareil.

Deux ans de travail

Deux personnes ont travaillé sur ce système à l’ENSTA et la balise a vu le jour au bout de deux ans. « J’estime que c’est très court », indique Yvon Gallou, qui l’explique par le travail préliminaire déjà réalisé, mais aussi par « une discussion aisée avec Ianira qui a permis de rapidement cerner les besoins », car « ce sont des professionnels du métier ». Ces deux années ont permis de mener des campagnes d'essai en bassin et en rade de Brest.

Après avoir identifié un industriel breton en mesure de produire Actium, Ianira commercialise des packages comprenant trois ou cinq bouées, la commande acoustique, la valise de contrôle et les chargeurs. La start-up, qui n’a pas identifié d’objets équivalents sur le marché, espère toucher notamment les entreprises de travaux subaquatiques maritimes ou fluviaux, le monde scientifique, voire celui de la photographie ou des médias sous-marins. Le système pourrait aussi trouver des usages « en plongée militaire, dans des objectifs d’entrainement pour du balisage amphibie ou de mécanisation », ajoute Jean Broch.

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