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Construction Navale

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Adieu Chantiers de l'Atlantique, God dag Aker Yards !

Construction Navale

Une page de l’histoire maritime française s’est tournée hier dans l’estuaire de la Loire et sur les côtes morbihannaises. Après un demi-siècle d’existence, le dernier grand chantier naval civil change de pavillon. Chantier de l’Atlantique fait place à Aker Yards SA. Aucune cérémonie publique n’a eu lieu, le transfert étant simplement acté, à Paris, par Patrick Boissier, ex-patron de l’entreprise, Karl Erik Kieljstad, PDG d’Aker Yards, Yrjö Julin, président de la branche Cruises & Ferries du groupe norvégien et Jacques Hardelay, nouveau directeur général de la filiale française. En application de l’accord annoncé le 4 janvier dernier, une nouvelle société a été crée, détenue à 75% par Aker Yards et 25% par Alstom. Elle dispose d’une filiale, Aker Yards Lorient SAS, ex-Alstom Leroux Naval, et reprend la totalité des 3000 salariés de Saint-Nazaire et Lorient, ainsi que les contrats en cours sur les paquebots et le transfert de technologie pour la construction de méthaniers à l’étranger. L’entité Chantiers de l’Atlantique continue d’exister juridiquement. Dépourvue d’outil industriel et de personnel, elle gère, pour le compte d’Alstom, les garanties sur les navires livrés avant le rapprochement, et la fin du programme des trois méthaniers construits pour Gaz de France et NYK (travaux sous-traités à partir d’aujourd’hui à AYF). Ces unités, qui ont rencontré de graves problèmes techniques au niveau de l’isolation de la membrane externe, pourraient connaître un nouveau retard de livraison. L’entreprise, qui évoquait cet hiver des départs échelonnés entre juin et octobre, parle aujourd’hui de la fin de l’année, voire de début 2007 pour le dernier bateau. Le coût inhérent au retard et aux réparations a, par ailleurs, dépassé l’enveloppe de 50 millions d’euros provisionnée l’an passé. Une nouvelle rallonge financière est prévue. Compte tenu de l’état d’avancement de ce contrat et des difficultés rencontrées, Aker Yards n’a pas souhaité reprendre les méthaniers à son compte et les laisse donc, avec leurs problèmes, au groupe français.

Aker Yards France reçoit 550 millions d’euros de garanties

D’un coût de plusieurs centaines de millions d’euros, chaque navire représente un investissement très lourd pour le chantier constructeur, qui ne perçoit, à la commande, que 25% du prix. Au cours de la période de réalisation, les armateurs réclament des garanties et, dans le secteur très aléatoire de la navale, peu de banques acceptent de se porter caution. Le groupe Alstom assurait, jusqu’ici, ce rôle de caution mais, avec la reprise de sa branche marine, Aker Yards souhaitait la mise en place d’un système de garantie incluant l’Etat, analogue aux dispositifs en vigueur en Finlande, Allemagne ou encore aux Pays-Bas. Le mois dernier, la Commission européenne a validé le dossier français, déposé à la toute fin du mois de décembre 2005, quelques jours avant l’annonce de l’alliance Chantiers de l’Atlantique / Aker Yards. Dans le cadre de la clôture de la transaction, la nouvelle société a reçu une offre d’engagement de 550 millions d’Euros pour assurer le financement de l’achèvement des paquebots en construction. Le financement est garanti par un ensemble composé de quatre banques internationales.

Plus de 130 navires en commande

Le groupe norvégien a déboursé 50 millions d’euros pour s’offrir son ancien concurrent et pourra, en 2010, racheter les 25% d’Alstom pour 125 millions d’euros. En outre, Alstom a accepté d’injecter 350 millions d’euros dans Aker Yards France, une cagnotte correspondant à la trésorerie accumulée par sa défunte filiale. Jacques Hardelay, directeur des opérations des Chantiers de l’Atlantique depuis janvier 2005, prend la direction de la structure française, qui sera rattachée à la division Cruise & Ferries d’Aker, dont les trois autres sites sont situés en Finlande (Turku, Helsinki, Rauma). Une équipe d’intégration est chargée de mettre en place, au plus vite, les synergies entre les différents chantiers. Si les bureaux d’études ne sont pas menacés, la direction commerciale française disparaît, les équipes commerciales dépendant directement de la DC d’Aker. La présidence de l’entreprise française, assurée jusqu’à hier par Patrick Boissier, revient au patron du groupe norvégien, Karl Erik Kieljtad.
L’alliance des deux chantiers permet de créer un poids lourd européen de la navale civile, quatrième groupe mondial du secteur, avec un chiffre d’affaires de plus de 2.5 milliards d’euros. En Avril, les 13 chantiers d’Aker Yards avaient 123 navires en commande, notamment dans l'offshore, mais aussi trois paquebots géants (les deux sisterships du Freedom of the Seas et le Genesis). Du côté français, le carnet de commande des Chantiers de l’Atlantique s’est bien rempli en 2005, ce qui lui a permis, en incluant des retours de garanties, de retrouver un quasi-équilibre financier sur l’exercice. Saint-Nazaire et Lorient doivent livrer, d’ici 2009, cinq paquebots, trois méthaniers, un transbordeur et un citernier. Aker Yards possède désormais 15 chantiers navals dans 6 pays et emploie plus de 16 000 salariés.
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(*) God dag signifie bonjour, en norvégien

Voir l'interview de Patrick Boissier

Voir l'interview de Jacques Hardelay