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Aéronautique navale : Bilan de plusieurs mois de mission à l'étranger

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A défaut de pouvoir être mise en oeuvre depuis le Charles de Gaulle, ce dernier étant en grand carénage depuis l'été 2007, l'aéronautique navale a effectué, cet été, plusieurs missions à l'étranger. En juillet, six Rafale de la flottille 12 F et deux Hawkeye de la 4 F ont été envoyés aux Etats-Unis, dans le cadre de l'exercice JTFEX. Le Charles de Gaulle étant encore en grand carénage, les appareils français ont profité de la remise à niveau du porte-avions USS Theodore Roosevelt pour opérer depuis une plateforme en mer. Entrainement majeur, JTFEX a mobilisé près de 10.000 militaires américains, ainsi que des dizaines de bâtiments et d'avions de combat. Le sous-marin nucléaire d'attaque Améthyste participait, d'ailleurs, à l'exercice. Afin de rejoindre les Etats-Unis, les Rafale F2 de la 12 F ont, fin juin, traversé l'Atlantique via les Açores, se ravitaillant auprès d'un avion de la Force aérienne stratégique.

 Ravitaillement en vol par la force aérienne stratégique (© : MARINE NATIONALE)
Ravitaillement en vol par la force aérienne stratégique (© : MARINE NATIONALE)

 Ravitaillement en vol par la force aérienne stratégique (© : MARINE NATIONALE)
Ravitaillement en vol par la force aérienne stratégique (© : MARINE NATIONALE)

Les Hawkeye étaient, quant à eux, déjà présents depuis le début du mois dans les Caraïbes, d'où ils participaient, depuis la base américaine de Curaçao, à la lutte contre le narcotrafic dans cette région. Les appareils de la marine ont, à cette occasion, détecté plusieurs bateaux, permettant aux forces navales de saisir plusieurs tonnes de drogue. « D'un point de vue tactique, c'est très intéressant de travailler en interministériel et en international. L'expérience acquise par les équipages a beaucoup intéressé les Américains, qui déploient également des Hawkeye dans ce secteur pour lutter contre le narcotrafic », explique-t-on à la Marine nationale.

 Rafale et Hawkeye français sur le Theodore Roosevelt (© : MARINE NATIONALE)
Rafale et Hawkeye français sur le Theodore Roosevelt (© : MARINE NATIONALE)

Appontage d'un Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)
Appontage d'un Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)

Près de 200 personnes aux Etats-Unis

Une fois leur mission dans les Caraïbes achevée, les Hawkeye français ont rejoint les Rafale dans la région de Norfolk. Pilotes, techniciens, personnels de pont d'envol du Charles de Gaulle, spécialistes (chef du service « avia » du CDG, chef d'expérimentation Rafale de Mont de Marsan...) En tout, près de 200 personnels français ont été mobilisés. Profitant de précédentes manoeuvres d'appontages et de catapultages menées en 2007 sur l'Enterprise et en 2008 sur le Harry S. Truman, les avions de la marine ont opéré sans difficulté sur le Theodore Roosevelt. La grande nouveauté de ce déploiement était, en revanche, de baser durant une petite semaine les 6 Rafale sur le porte-avions américain. Initialement, l'US Navy avait quelques inquiétudes sur l'intégration de cette flottille à bord, et les éventuelles contraintes que sa présence aurait pu générer. « Il y avait une certaine appréhension des Américains qui redoutaient de devoir figer leur activité, n'imaginant pas le mélange avec les appareils français. Or, dès le premier jour, nos équipes ont montré leur capacité à s'intégrer dans le rythme du bord et à vivre totalement comme une flottille US. Tout de suite, chacun a trouvé ses marques et on a constaté une immersion des Français dans l'organisation américaine, parfaitement en phase avec les opérations. Les Américains ont été en réalité très surpris de la facilité avec laquelle nos équipes se sont intégrées. Elles n'ont, au final, occasionné aucune des contraintes et des difficultés auxquelles ils s'attendaient », se félicite-t-on à l'état-major de l'aéronautique navale.

 Hawkeye français sur le Theodore Roosevelt (© : MARINE NATIONALE)
Hawkeye français sur le Theodore Roosevelt (© : MARINE NATIONALE)

 Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : MARINE NATIONALE)
Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : MARINE NATIONALE)

Côté Français, l'objectif de démontrer que des avions de la marine avaient la capacité d'embarquer sur un porte-avions américain a été parfaitement rempli. Cette interopérabilité a, semble-t-il, fortement intéressé la Navy, qui n'avait jamais mené une telle coopération, la France étant d'ailleurs le seul autre pays disposant d'avions modernes catapultés. « Ce déploiement a été un succès total, dont le résultat est allé au-delà de nos espérances et qui a suscité l'enthousiasme des Américains pour la coopération ». S'il n'est évidemment pas question, dans le cadre d'une opération, de baser des avions français sur un bâtiment américain, cette interopérabilité permet aux deux marines de disposer, le cas échéant, de terrains flottants de déroutement. La marine souhaite, d'ailleurs, maintenir cette capacité en intensifiant les échanges avec les Américains. On pourrait, par exemple, imaginer qu'un porte-avions US transitant dans le golfe envoie, à l'approche de Gibraltar, une partie de son groupe aérien en France. Des Rafale pourraient alors prendre momentanément leur place à bord, l'échange se faisant ensuite avant le passage du canal de Suez.

 Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : MARINE NATIONALE)
Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : MARINE NATIONALE)

 Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)
Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)

 Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)
Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)

 Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)
Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)

Le lien naval franco-américain

Les Français ont, dans le même temps, pu profiter des moyens colossaux mis en place par les Américains lors de leurs exercices aéronavals. A cette occasion, les personnels de la Marine nationale ont, semble-t-il, fait preuve d'une grande polyvalence, conséquence de moyens beaucoup plus limités et donc optimisés en permanence. Ce fut par exemple le cas des Hawkeye, dont il n'existe que trois exemplaires en France. « Il y a en a tellement peu que les équipages sont plus dynamisés, plus perfectionnistes et polyvalents, car l'outil est rare », note un marin. Chargés de la surveillance et du contrôle aérien, ainsi que du guidage des avions des dispositifs d'assaut, ces appareils ont également montré leur intérêt dans la détection de petits mobiles de surface au cours de leur passage dans les Caraïbes.

 Rafale et F-18 en formation (© : US NAVY)
Rafale et F-18 en formation (© : US NAVY)

Quant aux Rafale et leurs pilotes, outre leur capacité d'intégration, ils se sont également dévoilés aux Américains, dont un certain nombre n'imaginait pas qu'une autre marine dispose d'appareils de combat au moins aussi performants que le Super Hornet. A l'état-major de l'Aéronautique navale, on souligne l'importance de la prise de conscience de cette capacité. « C'est le domaine exclusif de seulement deux pays qui disposent d'une véritable aéronautique navale embarquée. Les Américains sont très fiers de l'image de puissance que cela leur procure. Et ils sont très sensibles au fait qu'une autre nation, qui a participé à l'épopée des porte-avions, est encore dans la course et s'ingénue à garder ce lien avec eux ».

Appontage d'un Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)
Appontage d'un Rafale sur le Theodore Roosevelt (© : US NAVY)

Une partie du groupe aérien embarqué requalifiée

Outre le renforcement des liens entre les deux marines et la capacité de déployer des avions sur PA US, JTFEX a surtout permis, en l'absence du Charles de Gaulle, d'entrainer une partie du groupe aérien embarqué (GAE). « Tous les équipages qui sont allés aux Etats-Unis sont requalifiés de jour comme de nuit. C'est-à-dire que nous abordons l'automne et le retour à la mer du Charles de Gaulle avec une partie du GAE entrainé ».
Faute de porte-avions, les personnels de la base de Landivisiau se sont, quant à eux, régulièrement entrainé, au cours de l'année, au travers des « Carrier Weeks ». Sur le tarmac, le pont d'envol, à l'échelle 1, a été dessiné de manière à ce que les personnels puissent conserver la pratique des procédures se déroulant sur le porte-avions. Ce concept a d'ailleurs attiré l'attention des marines britannique et brésilienne.

 SEM au dessus de la base de Kandahar (© : ETAT-MAJOR DES ARMEES)
SEM au dessus de la base de Kandahar (© : ETAT-MAJOR DES ARMEES)

Faute de porte-avions brésilien, les SEM envoyés en Afghanistan

A l'instar des Etats-Unis avec les Rafale et Hawkeye, le Brésil devait, initialement, participer au maintien de l'entrainement des Super Etendard Modernisés, qui ne peuvent pas être catapultés depuis un porte-avions US. Un embarquement de quatre SEM était donc envisagé sur le Sao Paulo (ex-Foch) au printemps 2008. Ce déploiement tombera néanmoins à l'eau en raison de problèmes techniques, à cette période, sur le porte-avions brésilien.
A défaut de manoeuvrer sur une plateforme en mer, six SEM ont été déployés cet été en Afghanistan (L'Afrique avait un temps été envisagée). Basés à Kandahar, ces avions (2 groupes de 3 avec relève en août) ont opéré avec les Mirage de l'armée de l'Air à partir de juin. Après avoir effectué 244 sorties représentant 930 heures de vol et 180 missions dont 119 d'appui aérien rapproché, le second détachement a quitté l'Afghanistan le 5 octobre.

 SEM au dessus de l'Afghanistan (© : ETAT-MAJOR DES ARMEES)
SEM au dessus de l'Afghanistan (© : ETAT-MAJOR DES ARMEES)

A l'occasion de ce déploiement, on notera que les SEM ont mis en oeuvre, pour la première fois, la bombe GBU-49 à guidage GPS et laser. Le détachement afghan de la Marine nationale comportait une cinquantaine de personnes, dont 7 pilotes et une quarantaine de techniciens. Chez ALAVIA, on se félicite de ce déploiement et de la collaboration menée avec l'armée de l'Air : « C'est une grande réussite. Les deux composantes ont fait le même travail avec un rythme équivalent et une bonne coordination. On en retire une connaissance meilleure sur les capacités des uns et des autres et chacun a pu reconnaître les compétences et les spécificités de l'autre ».

 Le Charles de Gaulle sera en mer en novembre (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Charles de Gaulle sera en mer en novembre (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Charles de Gaulle opérationnel au printemps

D'ici début novembre, le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle doit reprendre la mer après 16 mois passés à quai et en cale sèche. Les premiers essais auront pour but de valider les travaux entrepris, notamment au niveau de la propulsion. Assez rapidement, il faudra aussi valider les capacités du bâtiment à accueillir des avions, ensemble de procédures très complexe et d'autant plus délicat que le Charles de Gaulle n'a pas reçu ses appareils depuis juin 2007. En dehors des pilotes, le bord, et notamment les personnels de pont d'envol, devront retrouver leurs marques. Pour ne prendre aucun risque, cette phase sera très progressive afin d'identifier les difficultés potentielles. Les mouvements d'avions seront assez limités et seuls des pilotes « confirmés » manoeuvreront dans un premier temps avec le navire. Nous serons alors en novembre.
De décembre à janvier, ces activités se poursuivront de manière plus dense, ce qui permettra une montée en puissance progressive. Il sera alors temps de commencer à associer le porte-avions à d'autres bateaux, pour une phase plus tactique. Lorsqu'ils sont déployés, le Charles de Gaulle et son groupe aérien embarqué (GAE) s'intègrent en effet au sein d'un dispositif comprenant notamment frégates et sous-marin. A l'issue de ces entrainements, le porte-avions, son état-major embarqué et son escorte devraient avoir obtenu une première qualification opérationnelle.
Néanmoins, tous les besoins ne seront pas encore totalement satisfaits, à commencer par les besoins d'entrainement. Il faudra en effet qualifier les jeunes pilotes, soit une petite vingtaine d'officiers, qui n'ont pas pu disposer d'une plateforme durant un an et demi. D'ici le début du mois d'avril, le groupe aéronaval doit pouvoir satisfaire aux besoins de qualification opérationnelle et partiellement aux besoins d'entrainement. Les jeunes pilotes devront, en effet, être « vieillis », ce qui pourra se faire facilement si le Charles de Gaulle reste encore un temps à proximité des côtes hexagonales. L'entrainement sera en revanche plus délicat si le porte-avions est déployé loin de Toulon.
Long de 261 mètres pour un déplacement de 42.000 tonnes, le porte-avions français peut embarquer une petite quarantaine d'aéronefs (Rafale, Super Etendard Modernisés, Hawkeye et hélicoptères).

 Rafale au dessus de l'Atlantique (© : MARINE NATIONALE)
Rafale au dessus de l'Atlantique (© : MARINE NATIONALE)

Aéronavale Marine nationale