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Aéronavale: 47 ans après, le sauveteur et le sauvé se retrouvent

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Aéronavale: 47 ans après, le sauveteur et le sauvé se retrouvent

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14 avril 1967 : depuis le cockpit d'un P2V7 Neptune de la base d'aéronautique navale de Lann Bihoué, le navigateur Jean-Claude Caradec scrute l’horizon. L’avion de patrouille maritime de la Marine nationale a été dérouté à la recherche d’un pilote de F-8E Crusader, un des avions de chasse de la flottille 14F de Landivisiau. L’enseigne de vaisseau Francis Bourgeois Baker, engagé dans un exercice de combat aérien, a dû s’éjecter à 30 milles dans l’ouest de l’île d’Yeu.

 

Un F-8E Crusader, ici en 1983 (© DROITS RESERVES)

Un F-8E Crusader, ici en 1983 (© DROITS RESERVES)

 

Son parachute s’est déployé, son dinghy s’est gonflé, mais une fois arrivé sur l’eau, impossible de larguer la lourde ceinture du parachute. Le jeune pilote se fait emporter par sa voile, qui s’envole puis qui chalute et l’entraîne par le fond. Il se débat, essaie de trouver son couteau. Au prix d’un ultime effort, il réussit à sectionner une des suspentes de son parachute, libérant enfin la voile. Au même moment, un bruit d’air l’alerte. Son dinghy a été touché par le coup de couteau, il se dégonfle. Le pilote sait dans quelle situation il se trouve : la mer est agitée, il est loin des côtes, hors de portée des hélicoptères de sauvetage. Il ne pourra pas tenir le coup très longtemps, deux heures peut-être. Alors il tient, s’accroche à ce qu’il peut. Et puis il l’entend. Le P2V7 arrive, le repère. « Quel bonheur d’appartenir à la Marine nationale » soupire le jeune pilote en fermant les yeux. Il les rouvrira sur le chalutier sablais Ambiance dérouté et guidé sur zone par l’avion. Il est en hypothermie et très affaibli. Les pêcheurs le réchauffent, le rhabillent et le débarquent à l’île d’Yeu. Le jeune pilote de chasse est sauvé.

 

Un P2V7 Neptune (© DROITS RESERVES)

Un P2V7 Neptune (© DROITS RESERVES)

 

22 juin 2014, la vedette Talhouant de Keolis Maritime a fait le plein. Comme chaque année, la station SNSM du pays de Lorient organise, avec l’aide de Lorient Agglomération, propriétaire du navire, une journée d’excursion. Une sortie à la découverte de l’histoire, de la nature et du patrimoine de la rade de Lorient et de Groix dont les bénéfices sont reversés aux sauveteurs en mer. A bord du Talhouant, son capitaine José Mojica, également patron du canot SNSM,  est heureux de voir ses convives passer un bon moment. Il laisse la barre à son collègue, venu bénévolement l’assister pour la journée, pour profiter un peu de la bonne ambiance qui règne sur la vedette. Sur l'un des bancs du pont supérieur, il voit un homme assis seul. Il a entendu dire que ce monsieur était un ami d’un des sauveteurs de la station. Et qu’il avait fait carrière dans l’aéronautique navale. « Je vous présenterai bien à mon voisin, c’est un ancien des avions de la Royale aussi ». Francis Bourgeois Baker le suit et s’installe près de Jean-Claude Caradec. Et comme tous les anciens de l’aéro, ils comparent leurs carnets de vol. Et puis, d’un seul coup, la voix se met à trembler. « Avril 1967 ? Tu te rappelles avoir fait un sauvetage près de l’île d’Yeu ? » « Mais oui, un pilote de chasse qui s’était éjecté ». C’était lui, c’étaient eux. Deux messieurs de 71 et 74 ans, le sauveteur et le sauvé, réunis 47 ans plus tard. Un hasard ? José sourit, heureux, « la solidarité des gens de mer, ça réunit toujours ! »

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