Marine Marchande
Affrontements à Bastia, blocus de Marseille et coup de force sur le Pascal Paoli

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Affrontements à Bastia, blocus de Marseille et coup de force sur le Pascal Paoli

Marine Marchande

C’est encore le conflit autour de la privatisation totale de la SNCM qui fait la une de l’actualité maritime ce matin. De violents affrontements se sont produits cette nuit à Bastia, où des grévistes et des militants nationalistes corses s’étaient rassemblés. Les manifestants ont jeté des pierres et lancé une fourgonnette enflammée sur les policiers qui ont riposté avec des gaz lacrymogènes. Dans le même temps, les canons à eau d’un navire de la compagnie Corsica Ferries, bloqué à quai un peu plus tôt étaient utilisés contre les forces de l’ordre. Un photographe de presse, qui couvrait les évènements, a été roué de coups. En début de soirée, les CRS avaient pris position autour du port en vue de l’arrivée du Pascal Paoli (*). A la surprise générale, le cargo mixte a été pris de force hier à Marseille par une centaine de salariés du syndicat des travailleurs corses (STC). Malgré l’intervention de plusieurs remorqueurs qui tentaient d’empêcher son départ, le Pascal Paoli a réussi à prendre la mer, cap sur la Corse. A bord, le secrétaire général du STC a déclaré qu’il ne s’agissait pas « d’un détournement mais du retour d’un navire emblématique dans son île ». Selon Alain Mosconi, l’équipage n’a subi aucune pression et a agit dans l’intérêt collectif. Reste que pour la justice, ce coup de force, qui rappelle celui de l’équipage du paquebot France en 1974, s’assimile au détournement d’avion. Une procédure pour « crime flagrant » a été ouverte par le parquet de Marseille. Les mutins du Paoli encourent jusqu’à 20 ans de réclusion. « Nous assumerons nos actes » a déclaré hier soir le patron du STC. Face à cette situation, la préfecture maritime de la Méditerranée a immédiatement convoqué une réunion de crise. La Marine nationale a reçu l’ordre de suivre le bâtiment. L’arraisonnement en pleine mer n’a pas été ordonné et le Pascal Paoli est arrivé dans la soirée en rade de Bastia. Les marins ont aussitôt fait savoir qu’ils resteraient au mouillage.

Marseille, Fos et Lavera paralysés

A Marseille, où le mouvement a démarré il y a 8 jours, la mobilisation continue. Rejoints par les dockers, les marins CGT sont parvenus à bloquer le trafic, jusqu’aux terminaux de Fos-sur-Mer et Lavera. En tout, une quarantaine de navires étaient immobilisés hier alors que d’autres bateaux se déroutaient pour éviter de se retrouver coincés en pleine lutte sociale. La nuit de lundi à mardi avait déjà été le théâtre d’affrontements avec les forces de l’ordre. Deux syndicalistes interpellés seront déférés ce matin au parquet. La CGT, de son côté, a annoncé que la grève était reconduite de 24 heures. Le STC, qui menaçait d’organiser le blocus total de l’île de Beauté en fin de semaine, pourrait quant à lui passer à l’acte plus vite que prévu.

Butler se dévoile

La colère des marins de la Société Nationale Corse Méditerranée a donc redoublé hier suite au déclarations du gouvernement qui a confirmé son choix de céder le capital de la compagnie à Butler Capital Partners. Ce fond d’investissement, dirigé par un homme d’affaire franco-américain, est spécialisé dans le rachat d’entreprises en difficulté. On lui doit notamment les opérations autour de l’institut de sondage Ipsos (1997) et du traiteur Flo (2002). Le groupe est prêt à mettre 35 millions d’euros sur la table. « Une escroquerie », tempête la CGT qui estime la valorisation de l’entreprise à 450 millions d’euros. Selon Walter Butler, pdg de BCP, le faible montant proposé tient compte de la situation de la SNCM : « Avec un trafic en baisse, des pertes d’argent et des grèves à répétition, elle s’est énormément dépréciée ». Il faut aussi reconnaître que personne ne s’est bousculé au portillon quand le gouvernement a annoncé son intention de trouver un partenaire privé à la compagnie. Sur 70 sociétés contactées, seuls BCP et un autre fond d’investissement, Caravelle, ont répondu présent. Autant dire que pour le ministère des Transports, le choix a été des plus limités. Selon l’entourage de Dominique Perben, l’Etat, tenu par ses engagements européens, ne peut plus injecter de fonds public. En 2003, une enveloppe de 70 millions d’euros avait été débloquée pour renflouer les caisses mais la situation ne s’est pas arrangée et les pertes atteignaient encore 25 millions d’euros l’année dernière. Selon le ministère, il fallait donc réagir pour éviter le dépôt de bilan. L’Etat s’est engagé à verser 113 millions d’euros pour recapitaliser la SNCM (dont 83 millions pour éponger les dettes). Le plan social prévoit la suppression de 350 à 400 emplois. Les syndicats réclament que l’Etat reste dans le capital et se disent prêts à tout pour y parvenir. Entre le blocus des ports, les affrontements de Marseille et Bastia et l’évasion du navire, l’affaire devient politiquement explosive. Le gouvernement a d’ailleurs décidé hier soir de mettre en arrière lente. Le gouvernement envisagerait finalement de rester actionnaire majoritaire de (l’ancienne ?) compagnie publique.

(*) Le Pascal Paoli est le plus récent navire de la flotte. Livré en 2003 par les chantiers néerlandais Van der Giessen-De Noord, il mesure 176 mètres de long pour un déplacement de 35.760 tonnes. Cargo mixte, il peut transporter 550 passagers et 120 véhicules à la vitesse de 23 noeuds.

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