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Agenor : le Languedoc restera 6 mois, une frégate danoise intègre l’opération

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Agenor : le Languedoc restera 6 mois, une frégate danoise intègre l’opération

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L’opération Agenor, lancée en février dernier par l’Europe suite à la dégradation de la situation sécuritaire autour du détroit d’Ormuz, se poursuit. Participant à cette mission depuis le 19 mai, date à laquelle il avait relevé le Forbin, le Languedoc, l’une des six frégates multi-missions actuellement en service dans la Marine nationale, va finalement rester six mois sur zone. Cela, grâce à une relève de son équipage intervenue le 6 août sur la base navale française d’Abu Dhabi, aux Emirats Arabes Unis. Une première pour ce bâtiment au beau milieu d’une opération, qui illustre l’intérêt de son passage à un double équipage en 2019 (les deux équipages se relaient tous les quatre mois à bord, permettant de garantir la prévisibilité des programmes pour les marins et d’améliorer la formation et l’entrainement). Dans le cas présent, l’équipage A du Languedoc a relevé l’équipage B. L’opération, qui a nécessité plusieurs semaines de préparation, non seulement pour déployer les marins venus de France mais aussi la logistique nécessaire à la prolongation de la FREMM sur zone, s’est déroulée en 72 heures. Après quelques jours d’entrainement en mer pour permettre au nouvel équipage de reprendre en main le bâtiment, le Languedoc a réintégré Agenor. « Cette première relève d’équipage de FREMM sur la base française d’Abu Dhabi permettra de conserver pendant 6 mois le Languedoc en opération de sécurisation du détroit d’Ormuz dans une mission essentielle pour protéger nos intérêts », explique le capitaine de vaisseau Jean-Pierre Helluy, commandant de l’équipage B. « Au-delà de réaliser une économie de 30 jours de mer et de deux franchissements du canal de Suez, cette relève d’équipage permet de maintenir la FREMM en opérations tout l’été », ajoute le CV Yves Le Goff, pacha de l’équipage A.

Dans le même temps, la frégate néerlandaise De Ruyter, qui participait à Agenor depuis le mois de février, a comme prévu été remplacée cet été par un bâtiment danois, l’Iver Huifeldt, qui est également une unité aux capacités de défense aérienne très développées permettant de surveiller une large zone et de disposer de moyens offensifs et défensifs importants en cas de besoin. Le dispositif européen est complété par d’autres moyens de renseignement et d’action, des avions de patrouille maritime (dont des Atlantique 2 français) étant par exemple régulièrement déployés au profit de l’opération.

 

La frégate Iver Huitfeldt (© MARINE DANOISE)

La frégate Iver Huitfeldt (© MARINE DANOISE)

Les frégates De Ruyter et Forbin survolées par l'Atlantique 2 en mai dernier (© MARINE NATIONALE)

Les frégates De Ruyter et Forbin survolées par l'Atlantique 2 en mai dernier (© MARINE NATIONALE)

 

Pour mémoire, le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe arabo-persique (GAP) et l’océan Indien, est une voie de communication stratégique. Environ un cinquième du pétrole (dont près de 20% du brut importé en France et un tiers des approvisionnements européens) et un quart du gaz naturel liquéfié (GNL) produits dans le monde transitent à bord de pétroliers et méthaniers franchissant cet étroit passage, long d’une soixantaine de kilomètres et large d’une quarantaine seulement. Avec d’un côté l’Iran et de l’autre la pointe de la péninsule arabique, en territoire omanais et émirati. Et au milieu des tensions entre pays riverains, le détroit étant devenu ces dernières décennies un enjeu politique et militaire majeur mêlant rivalités régionales et intérêts internationaux, impliquant en particulier l’Arabie Saoudite, l’Iran et les Etats-Unis. Dans les années 80, pendant la guerre Iran-Irak, des dizaines de tankers avaient été attaqués et coulés, allant jusqu’à interrompre temporairement la navigation dans le GAP. L’autre grande menace, en cas de conflit ouvert ou larvé, serait un minage du détroit, qui aurait le même effet. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France disposent sur place ou déploient régulièrement des moyens de guerre des mines dans la zone, afin de la connaitre le mieux possible et pouvoir, le cas échéant, intervenir rapidement pour sécuriser le trafic maritime. 

C’est en réponse à la dégradation sécuritaire autour du détroit d’Ormuz, qui a vu en 2019 plusieurs attaques de tankers, que l’Europe a décidé fin 2019 de lancer une opération dédiée à la sécurité maritime et au suivi de situation dans cette zone. Cette initiative, connue sous le nom d’EMASOH (European-led Maritime Awarness in the Strait of Hormuz), regroupe l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, la Grèce, l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal. Son volet militaire est l’opération Agenor. Celle-ci s’appuie pour son soutien logistique et opérationnel sur l’implantation militaire française aux Emirats Arabes Unis, dont la base navale d’Abu Dhabi où s’est également installé l’état-major pilotant l’opération, mais aussi la base aérienne d’où opère l’aviation de patrouille maritime.

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