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Marine Marchande
Airbus : La fin de l’A380 n’impactera pas la logistique maritime

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Airbus : La fin de l’A380 n’impactera pas la logistique maritime

Marine Marchande

Faute de nouvelles commandes, l’avionneur européen a annoncé hier sa décision d’arrêter en 2021 la production de son très gros porteur. Il en reste d’ici là 14 à livrer à la compagnie Emirates, le plus gros client de l’A380 puisque sur 232 appareils en service dans le monde, elle en aligne 109. Un chiffre qui montra à 123 avec les 14 derniers à réaliser, mais n’atteindra pas les 162 initialement prévus. Hier, Airbus a en effet annoncé que la commande des 39 derniers A380 d’Emirates avait été convertie en une commande de 40 A330-900 et 30 A350-900. Une décision qui scellé le sort de l’A380, mois de 12 ans après sa mise en service. C’était en octobre 2007 avec Singapore Airlines.

Superbe avion et vrai défi technologique relevé par les Européens, l’A380 se solde donc par un échec commercial. En y ajoutant les difficultés industrielles rencontrées par le programme dans les années 2000, le plus gros avion du monde a coûté des milliards à Airbus et continuait de perdre de l’argent du fait de ses trop faibles débouchés commerciaux.   

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Pour ce qui est de la logistique maritime d’Airbus, qui avait justement vu le jour avec l’A380 (les pièces de l’avion étant trop grosses pour être acheminées par le Beluga entre les sites de production et la ligne d’assemblage toulousaine), l’arrêt de ce programme n’aura pas d’impact sur la flotte exploitée par LDA pour le compte de l’avionneur, affirme ce dernier interrogé sur ce sujet par Mer et Marine. « Le Ville de Bordeaux, qui est plutôt dédié à l’A380, va permettre de monter en cadence sur la nouvelle chaîne d’assemblage que nous implantons à Mobile, aux Etats-Unis ». Mis en service en 2005, le Ville de Bordeaux est pour mémoire le tout premier roulier exploité au profit d’Airbus. Long de 154 mètres pour 24 mètres de large, son garage avait été spécialement conçu pour pouvoir embarquer l’ensemble d’un A380 en pièces détachées (ailes, tronçons de fuselage, cockpit…) Des éléments produits par Airbus dans ses usines d’Hambourg (Allemagne), Mostyn (Royaume-Uni), Cadix (Espagne) et Nantes Saint-Nazaire et qui sont une fois réalisés acheminés par voie maritime jusqu’à Pauillac, en Gironde. De là, les colis sont transbordés sur une barge pour rejoindre Langon et, au terme d’un dernière partie de transit par voie routière, la chaîne d’assemblage final de Toulouse.

 

Transport de pièces d'A380 par le Ville de Bordeaux (© DR)

Transport de pièces d'A380 par le Ville de Bordeaux (© DR)

 

Alors qu’autres navires sont au fil des années venus étoffer la logistique maritime d’Airbus en Europe du nord et en Méditerranée, notamment le City of Hamburg et le Ciudad de Cadiz, ainsi que des rouliers affrétés, le transport de pièces s'est rapidement étendu à d'autres types d'appareils produits par l'avionneur. Les liaisons maritimes sont et resteront complémentaires du service offert par les avions de transport Beluga et leurs successeurs, les nouveaux Beluga XL, dont cinq exemplaires vont être mis en service à partir de 2020.  

Concernant les pièces d’A380, leur transport par la mer va se poursuivre jusqu’en 2020, correspondant à la fin de la production des derniers avions d’Emirates, dont les livraisons d’achèveront l’année suivante.

Le Ville de Bordeaux sera donc ensuite affecté à la nouvelle liaison transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis. Son immense garage permettra de stocker les pièces équivalentes à quatre A320, dont les éléments produits par les sites européens d’Airbus seront assemblés à Mobile (Alabama). Grâce à cette nouvelle usine, Airbus entend percer sur le renouvellement des appareils exploités sur les lignes intérieures américaines, qui constituent le plus gros marché au monde pour ce type de liaisons. Le potentiel estimé est de 7600 avions, dont environ 6000 du gabarit A320.

On notera par ailleurs qu’Airbus va profiter de la future exploitation du Ville de Bordeaux sur une longue navigation transatlantique pour tester sur le navire une voile Airseas de 500 m² de type kite qui doit permettre de réduire la consommation en carburant d’environ 20% durant le voyage (voir notre article détaillé).

- Voir notre reportage à bord du Ville de Bordeaux

 

Le Ville de Bordeaux va être équipé d'une voile de 500 m² (© DR)

Le Ville de Bordeaux va être équipé d'une voile de 500 m² (© DR)

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