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« Airbus naval » : Les Allemands attaquent, les Italiens répliquent, les Français s'étripent
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« Airbus naval » : Les Allemands attaquent, les Italiens répliquent, les Français s'étripent

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Le grand projet de rapprochement des industries navales française et italienne est-il en train de prendre l’eau ? Entre l’instabilité politique qui règne de l’autre côté des Alpes, l’Europe qui tarde anormalement à donner son feu vert à la reprise de STX France par Fincantieri, les Allemands qui montent au créneau contre cette consolidation, des divergences de vues stratégiques sur le militaire et un affrontement discret mais bien réel entre acteurs français impliqués dans le dossier ; la situation s’est sérieusement complexifiée ces dernières semaines.

Alliance sur le modèle Renault-Nissan

Ce mouvement de consolidation est souvent appelé par souci de simplification « Airbus naval ». C’est une expression qui n’est en fait pas correcte techniquement puisque le projet ne vise pas à adopter le modèle intégré de l’avionneur européen, qui a réuni plusieurs sociétés au sein du même groupe et a ensuite spécialisé les sites dans les différents pays où il était présent. « Cette alliance sur le modèle industriel Renault-Nissan et Mitsubishi a pour objectif de constituer un leader européen capable de résister à la concurrence mondiale et gagner des parts de marché », rappelle la direction de Naval Group, qui assure que « ce projet est favorable à l’emploi et à la valeur ajoutée ».

L’idée d’une consolidation franco-italienne dans le secteur naval a, pour mémoire, émergé l’été dernier à l’occasion de la reprise des chantiers STX France de Saint-Nazaire par Fincantieri. Après d’âpres négociations, Paris et Rome avaient finalement conclu un accord le 27 septembre, la France acceptant une prise de contrôle sous conditions par le groupe public transalpin (détenu à 72% par l’Etat italien, le reste étant en bourse), un volet sur une alliance dans le secteur militaire entre Fincantieri et Naval Group (détenu à 65% par l’Etat français, 34% par Thales et 1% par les salariés) étant ajouté. Les deux industriels, dont les patrons Giuseppe Bono et Hervé Guillou ont activement milité pour ce rapprochement, travaillent depuis sur l’élaboration d’un projet de coopération. Les sujets discutés portent notamment sur les synergies possibles, des actions commerciales communes, la création éventuelle d’une ou plusieurs co-entreprises et des participations croisées.  Suite à la conclusion des accords de septembre 2017, les grandes lignes de ce projet doivent être annoncées en juin. D’ici là, la reprise de STX France doit être bouclée.

La vente de Saint-Nazaire toujours en suspens

Dans ce cadre, il est prévu que la France, via l’Agence des Participations de l’Etat (APE), déjà actionnaire à 33.34% des chantiers nazairiens, rachète le reste du capital (66.66%), détenu depuis 2008 par le groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding. Conformément aux accords conclus en septembre dernier, l’APE doit ensuite vendre, pour un montant de 59.7 millions d’euros, 50% des parts du chantier à Fincantieri. L’Etat doit au passage augmenter d’1% sa participation et prêter ce 1% à Fincantieri afin que le groupe italien dispose d’une majorité et du contrôle opérationnel de Saint-Nazaire. L’APE doit encore céder entre 10 et 15.66% des parts à Naval Group. Le niveau final dépendra des discussions quant à l’entrée ou non au capital des salariés des chantiers nazairiens et/ou d’entreprises régionales, pour lesquels 5.66% sont ouverts. Les salariés pourront détenir jusqu’à 2.4% de l’entreprise, soit légèrement plus que ce qui était initialement prévu (2%).

Le SPA (Share Purchase Agreement) portant sur le rachat des parts de STX O&S par la France a bien été signé début février et, dans la foulée, l’APE a paraphé avec Fincantieri le contrat de cession des parts revenant au groupe italien. Néanmoins, ces reprises ne sont toujours pas entrées en vigueur puisqu’il faut, pour cela, que les autorités européennes de la concurrence donnent leur feu vert. Celui-ci était attendu assez rapidement mais, à ce jour, Bruxelles n’a toujours pas validé l’opération. Un retard considéré en coulisses comme anormal et qui commencerait à inquiéter Paris et Rome.

La salve de Bernard Meyer

D’autant que les Allemands ont décidé de monter au créneau contre la reprise de Saint-Nazaire par Fincantieri et, plus globalement, le rapprochement des industries navales civiles

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