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Ajaccio : La Méridionale teste une alimentation électrique au GNL

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La démonstration d’hier au port d’Ajaccio avait pour but de valider techniquement l’alimentation électrique d’un bateau à quai par un générateur mobile fonctionnant au gaz naturel liquéfié. C’est le navire Girolata, de La Méridionale, qui a servi de « cobaye » dans le port d’Ajaccio. Le test s’est montré concluant, la technologie étant bien maîtrisée à l’heure actuelle. Il reste cependant des écueils réglementaires pour permettre à terme de généraliser le courant quai au GNL. En effet, il n’existe toujours pas de législation en France sur ce carburant qui est pourtant voué à se démocratiser avec les nouvelles normes de l’OMI prévues en 2020.

« Les discussions que nous avons avec nos interlocuteurs, des affaires maritimes ou de la préfecture maritime, sont positives. Tous ont conscience que c’est une solution porteuse d’espoir. Les autorités portuaires sont aussi intéressées, que ce soit ici à Ajaccio ou à Bastia. Ce système réduit considérablement les émissions lors des escales », rappelle Benoît Dehaye, directeur général de La Méridionale.

 

Benoît Dehaye et Nathalie Mosca, respectivement DG de La Méridionale et d'Air Flow, partenaires pour ce projet (© LA MÉRIDIONALE)

Benoît Dehaye et Nathalie Mosca, respectivement DG de La Méridionale et d'Air Flow, partenaires pour ce projet (© LA MÉRIDIONALE)

 

La compagnie maritime est très engagée sur la question environnementale. Depuis début 2017 elle utilise le courant quai à Marseille. Seulement, entre le port provençal et ceux de la Corse, il n’y a pas les mêmes possibilités. D’abord, les centrales électriques de l’île sont thermiques et le bilan écologique qu’elles proposent n’est pas exceptionnel. Ensuite, les installations portuaires, que ce soit à Ajaccio, Bastia ou Propriano, ne sont pas équipées comme à Marseille de réseau électrique à haute tension. Cela demanderait des investissements lourds qui ne sont pas prévus aujourd’hui. La solution d’un générateur mobile apporte de la flexibilité et un coût moindre d’acquisition et d’utilisation.

Un système mobile utilisant du GNL

La solution expérimentée est celle d’un ensemble mobile de production d’énergie. C’est la société Air Flow, basée à Rousset, près d’Aix-en-Provence qui déploie ce système. Il est composé d’un générateur contenu dans deux conteneurs équivalents vingt pieds et d'un vaporisateur dans un autre conteneur de 20 EVP. Le GNL est stocké dans une citerne cryogénique de 20.000 litres. Le tout est facilement transportable par camion. La capacité électrique du groupe est de 1.5 MW. L’autonomie est de 36 heures pour une citerne, soit l’équivalent de la consommation de trois navires en escales (12 heures chacun environ). « Nous sommes ici dans le rôle d’un fournisseur d’énergie. Nous avons des marchés aux USA pour lesquels nous utilisons le GNL. C’est quelque chose que nous maîtrisons déjà très bien », explique Nathalie Mosca, directrice générale d’Air Flow.

 

Un autre essai, ici réalisé à Marseille (© LA MÉRIDIONALE)

 

Le casse-tête de l’approvisionnement

La Corse ne stocke pas de GNL aujourd’hui. Se pose donc la question de l’approvisionnement. C’est précisément sur ce point que la législation accuse du retard. Il existe deux manières de faire venir du GNL sur l’île.

La première consiste en un navire habilité au transport de matières dangereuses qui escale en Corse tous les 15 jours à l’île Rousse. Le port de Balagne, bien loin d’Ajaccio et de Bastia, oblige à réaliser de longs trajets par la route et de trouver par la suite une zone de stockage sécurisée pour plusieurs citernes. « Pour tenir deux semaines d’exploitation de courant à quai, il faut prévoir plusieurs conteneurs cryogéniques. Or, l’accumulation de ces réservoirs sur les quais pose des problèmes au niveau législatif. Le mieux est donc de n’avoir qu’une seule citerne à quai en permanence et d’effectuer des rotations selon la demande », explique Christophe Seguinot, directeur technique de la compagnie maritime.

La deuxième solution est d’acheminer les citernes de GNL directement par les ferries de La Méridionale. C’est elle qui a la préférence de la compagnie. Le problème est qu’actuellement l’emport de GNL est limité par les ferries. Il leur faut, pour avoir le droit d’emporter une citerne, avoir un nombre de passagers très bas, de l’ordre de 1 pour 3 mètres de coque. Ainsi, avec ses 165 mètres, le Girolata ne peut amener une citerne en Corse que s’il embarque moins de 55 passagers, ce qui fut le cas hier.

 

Le ferry Girolata (© EMMANUEL BONICI)

Le ferry Girolata (© EMMANUEL BONICI)

 

Un investissement raisonnable pour les ports

Les navires de La Méridionale, Girolata, Kalliste et Piana, sont équipés pour le courant quai. Les seuls investissements nouveaux à prévoir seront pour l’aménagement des quais. Ces travaux d’ingénierie porteront sur le placement des générateurs, leurs raccordements, etc. « Pour le test, on a branché le générateur au bateau sans installations à terre. On a hissé le câble manuellement. À Marseille on utilise des potences. Si à l’avenir cette solution mobile voit le jour en Corse, il faudra se poser la question du moyen technique de raccordement pour faciliter la logistique », résume Christophe Seguinot.

 

Une des potences de Marseille (© LA MÉRIDIONALE)

Une des potences de Marseille (© LA MÉRIDIONALE)

 

Toujours est-il que les sommes à engager seront bien plus faibles qu’un potentiel raccordement au réseau électrique de l’île de Beauté. Si les centrales électriques de cette dernière venaient à passer au GNL ou à d’autres carburants plus propres, la question pourrait alors éventuellement se poser.

Port d'Ajaccio La Méridionale (Compagnie Méridionale de Navigation)