Construction Navale
Aker Yards : Le deuxième paquebot de NCL est-il lui aussi sur la sellette ?

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Aker Yards : Le deuxième paquebot de NCL est-il lui aussi sur la sellette ?

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Après la confirmation de l'annulation du premier des deux paquebots géants commandés, en octobre 2006, à Saint-Nazaire, on évoque désormais, au sein de Norwegian Cruise Line, le possible abandon de son sistership. Il ne s'agit certes que d'un bruit de coursive, mais on a pu constater, ces dernières semaines, que les rumeurs internes n'étaient pas toujours infondées, loin s'en faut. Si, pour l'heure, le second navire n'est pas officiellement remis en cause, la troisième génération du concept Freestyle de NCL est toujours au coeur de la tourmente. La responsable des relations publiques de ce projet, baptisé F3, vient de démissionner, alors que d'autres départs sont pressentis dans le management de la compagnie américaine. On parle notamment du prochain retrait de Colin Veitch, l'actuel patron de NCL.
Le projet F3 a été lancé il y a deux ans, lorsque la compagnie appartenait encore totalement au groupe malaisien Star Cruises. Depuis, NCL a été vendue pour moitié, à l'été 2007, au fond d'investissement Apollo Management, qui a déboursé 1 milliard de dollars pour en prendre le contrôle. A son arrivée, Apollo a lancé un vaste audit de la compagnie, l'une des rares à perdre de l'argent ces dernières années. Plusieurs mesures ont été prises, comme la réduction de la flotte de NCL America, filiale américaine de NCL, de trois à un seul navire. Cet été, la suppression de plus de 200 postes sédentaires était également annoncée. Et puis, il restait le cas des deux F3 commandés à Saint-Nazaire. Très ambitieux - trop disent certains - le projet de 1.47 milliard d'euros portait sur la réalisation de deux unités de 150.000 tonneaux et 2100 cabines. Or, les plans initiaux de ces bateaux très innovants auraient laissé les financiers d'Apollo assez dubitatifs. L'absence de théâtre intérieur (une première depuis 15 ans) et le choix de supprimer le bloc sanitaire dans les cabines seraient, par exemple, très critiqués aux Etats-Unis.

Vue du projet F3   (© : DROITS RESERVES)
Vue du projet F3 (© : DROITS RESERVES)

Apollo manoeuvre en coulisses

Sous l'impulsion de son nouvel actionnaire, l'armateur a, semble-t-il, demandé des modifications alors même que la phase de réalisation du C33, tête de série du programme, était lancée (découpe de la première tôle en octobre 2007). De quelle nature exacte ? Dans quelles proportions ? Mystère. Mais, pour mener à bien les évolutions souhaitées par son client, le chantier aurait demandé une rallonge financière, voire un nouveau décalage de la date de livraison, qui avait déjà été retardée de quelques mois.
Le conflit entre Aker Yards et son client a officiellement éclaté fin septembre, lorsque NCL a notifié au chantier l'annulation du premier des deux paquebots. En coulisses, le surcoût des modifications, soit quelques dizaines de millions d'euros, a été avancé comme explication, de même que des problèmes techniques (selon NCL). Mais ni le surcoût, ni les supposées difficultés techniques, ne peuvent manifestement, à eux seuls, justifier la décision de rompre le contrat. Certains observateurs évoquent les éventuelles conséquences de la crise financière sur Apollo Management. Dans le milieu du courtage maritime, on parle notamment de problèmes financiers au sujet des F3. Néanmoins, tout le monde n'est pas de cet avis. D'abord, le fond d'investissement américain semble avoir, apparemment, plutôt bien résisté au marasme financier des dernières semaines. On lui prête un trésor de guerre d'au moins 10 milliards de dollars en cash, comme la volonté, dans les prochains mois, de s'emparer de la totalité de NCL. Cet investissement s'ajouterait au rachat des 50% de NCL acquis l'an dernier, ainsi qu'à la reprise des compagnies Oceania Cruises et Regent Seven Seas Cruises. Pour mener à bien ces trois opérations, Apollo a déboursé en deux ans près de 3 milliards de dollars.
Bien que l'affaire des F3 ne soit pas encore clarifiée, la construction du C33 se poursuit. Pour éviter de se retrouver avec des éléments de paquebots sur les bras, Aker Yards souhaite, en effet, utiliser les blocs déjà réalisés du C33 pour construire le second bateau, une unité devant intégrer les modifications souhaitées par l'armateur. Les sous-traitants ont en revanche été priés, la semaine dernière, de suspendre les approvisionnements pour le second navire. Enfin, chez Aker et NCL, on indiquait la semaine dernière que les négociations se poursuivaient, parallèlement à une procédure juridique lancée au Royaume-Uni.
Ce conflit place en tous cas Saint-Nazaire dans une position extrêmement délicate. Le chantier va en effet tout faire pour sauver le second navire, faute de quoi les conséquences sur le plan de charge seraient désastreuses.

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