Marine Marchande
Allianz alerte sur les risques induits par la fatigue des équipages

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Allianz alerte sur les risques induits par la fatigue des équipages

Marine Marchande

Dans son rapport annuel sur la sécurité, l’assureur Allianz Global Corporate & Specialty SE (AGCS) fait un focus sur les risques liés à l’épidémie de coronavirus pour le secteur du transport maritime. En tête arrivent les risques induits par les difficultés à assurer les relèves d’équipages. Mais d’autres effets de la pandémie pourraient menacer la sécurité des navires, comme des réductions dans les dépenses pour la maintenance, des difficultés à obtenir des pièces détachées ou l’absence d’inspections. Alors que « de nouveaux défis ont émergé », le secteur du transport maritime est « confronté à la tâche de fonctionner dans un monde très différent, avec les implications économiques et sanitaires incertaines de la pandémie », observe Allianz.

Comme d’autres, l’assureur alerte sur le risque d’erreurs humaines liées au non-remplacement des marins qui pourraient conduire à des accidents. Allianz souligne que la plupart des grands ports ont imposé des restrictions sur les navires et leurs équipages. Quelques 120 pays ont mis en place des restrictions et 92 ont totalement interdit les relèves. Or, « des périodes prolongées de travail à bord d'un navire peuvent entraîner la fatigue de l'équipage, qui est connue pour être l'une des causes sous-jacentes des erreurs humaines, dont on considère qu’elles contribuent entre 75% et 96% des incidents maritimes ». Pour les éviter, les analystes d’Allianz suggèrent de mieux ajuster le temps de travail pour éviter la fatigue, des « mesures incitatives en espèce ou en nature » pour améliorer l’état d’esprit de l’équipage, et d’essayer de recruter des marins disponibles localement. Pour ceux qui peuvent circuler, le rapport souligne que les armateurs doivent s’assurer qu’ils ne risquent pas d’introduire et propager le virus à bord.

En tout, Allianz a relevé dix risques liés à l’épidémie. Outre les erreurs humaines provoquées par la fatigue de marins non relevés, l’assureur relève : un impact sur les réclamations d’assurance (croisière et P&I en tête), un arrêt dans les progrès en matière de sécurité pour cause de crise économique, des retards et dommages sur les chargements, des problèmes machine liés à des perturbations dans la maintenance, des retards dans l’analyse des soutes entraînant des risques de dommages sur les machines, des perturbations dans les inspections menaçant la sécurité, de nouvelles responsabilités pour le monde de la croisière, des risques pour les paquebots désarmés, ou encore pour les pétroliers pratiquant le stockage flottant devant des ports (risques politiques, piraterie ou mauvaises conditions météo).

Note positive, cependant, jamais il n’y avait eu aussi peu de pertes de navires en 2019, avec 41 sinistres de bateaux de plus de 100 tjb, contre 53 en 2018. Cela représente une baisse de 22.6%. L’Asie du Sud-Est (Sud de la Chine, péninsule indochinoise, Philippines et Indonésie) reste la zone où le plus grand nombre de navires ont été perdus (12, soit 29% des pertes). C’est le cas depuis une dizaine d’années et cela s’explique notamment par le fort trafic maritime, la vétusté de la flotte dans cette région du monde, des problèmes de sécurité sur des ferries ou encore la présence de typhons.

A noter que les rouliers continuent de poser problème. Ces navires sont particulièrement exposés aux risques d’incendie et de stabilité. En témoignent les récents accidents du Grande America et du Golden Ray. Pour les problèmes de sécurité générale, le rapport souligne que le transport maritime est perturbé par des rivalités politiques affectent les certaines routes (détroits d’Ormuz et Bab-el-Mandeb en tête), ainsi que par la piraterie (golfe de Guinée, mais aussi, de plus en plus en Amérique latine). «  Étant donné l'incertitude politique et économique accrue dans le monde aujourd'hui, la piraterie est une menace qui risque de persister, sinon d'augmenter », indique le rapport. Enfin, Allianz souligne que la technologie peut-être un talon d’Achille avec, par exemple, des navires de plus en plus connectés aux systèmes à terre et perméables aux cyber-attaques. Mais elle peut aussi améliorer la sécurité des opérations. Le rapport vante l’utilisation de la supervision informatique (industrial control system – ICS) pour surveiller et entretenir les machines en vue d’une maintenance prédictive ou préventive.

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