Construction Navale
Alstom vend à STX ses dernières parts dans les chantiers de Saint-Nazaire

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Alstom vend à STX ses dernières parts dans les chantiers de Saint-Nazaire

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Les intérêts français dans les chantiers de Saint-Nazaire vont tomber à 33.34%. Le groupe Alstom a, en effet, notifié le 17 mars à STX Europe sa décision de céder les 16.65% qu'il détenait encore dans son ancienne filiale. La vente doit être effective aujourd'hui. En 2006, Alstom avait cédé 75% de sa branche Marine au Norvégien Aker Yards, repris totalement par le Sud-Coréen STX en 2008. Suite aux craintes de voir l'industriel asiatique « piller » le savoir-faire européen en matière de construction de paquebots, le gouvernement français et STX avaient signé un accord.
L'Etat était entré au capital des chantiers, rebaptisé STX France SA. Quant à Alstom, suivant l'accord de cession signé avec Aker en 2006 (et repris par STX), il devait céder le reste de sa participation en mars 2010. Manifestement, l'accord franco-coréen ne comportait pas un droit de préemption de l'Etat sur les parts d'Alstom. A moins que les pouvoirs publics français n'aient pas souhaité l'exercer. C'est en tous cas ce que semble indiquer une discussion intervenue durant la campagne pour les régionales entre des responsables nazairiens et un élu proche du gouvernement : « Nous avons compris que rien ne serait fait sur le capital, l'Etat considérant qu'il n'avait pas à agir temps que l'actionnaire n'était pas défaillant. Il conserverait donc une minorité de blocage mais n'irait pas plus loin », confie un participant.

Les élus locaux montent au créneau

Sitôt la nouvelle connue, les principaux élus locaux ont vivement réagi. Interpellant le premier ministre, Joël Batteux, Jean-Marc Ayrault, Patrick Mareschal et Jacques Auxiette ont réclamé hier que l'Etat se porte acquéreur des actions d'Alstom dans STX France. « C'est une condition absolument nécessaire et indispensable pour pérenniser le site des chantiers de Saint-Nazaire et construire une stratégie industrielle pour la construction navale civile et militaire française et européenne », ont estimé les maires de Saint-Nazaire et de Nantes, ainsi que les présidents du Conseil général de Loire-Atlantique et du Conseil régional des Pays-de-la-Loire. Du côté des syndicats, Force Ouvrière se montre très hostile à cette évolution du capital. « Alors que STX ne fait rien pour soutenir et développer le site de Saint-Nazaire et que la signature définitive du paquebot pour MSC n'est toujours pas confirmée, cette annonce est un nouveau coup dur. C'est même une décision dangereuse. Pour sauver le chantier, il faut le nationaliser ! », estime FO.

« La priorité est de construire un avenir industriel »

La nouvelle intervient à un moment où Saint-Nazaire lutte pour sa survie. Le chantier se trouve dans une situation très difficile, avec un plan de charge historiquement bas. Le 3 mars dernier, un rassemblement unitaire pour la défense de la navale avait réuni, selon les organisateurs, 7000 personnes à Saint-Nazaire. Parmi ses revendications, l'intersyndicale avait appelé l'Etat à « s'impliquer totalement pour garantir l'avenir du chantier naval, y compris en devenant l'actionnaire majoritaire ». Pour certaines organisations, comme la CFDT, la question capitalistique n'est cependant pas la plus urgente. « Celui qui garanti notre capital ne garanti pas forcément notre avenir. On l'a bien vu. La priorité, c'est de construire un avenir industriel avec la prise de commandes urgentes, à commencer par celle de MSC, mais aussi la capacité à s'établir sur de nouveaux marchés. Pour cela, il faut des moyens de recherche et des investissements. A ce titre, le rôle de l'Etat est important et il est de sa responsabilité de maintenir de grands projets, comme celui du second porte-avions français. Cette commande nous aiderait fortement et permettrait à l'entreprise de concrétiser des investissements importants, comme celui d'un nouveau portique pour la forme de construction ».

La commande du nouveau MSC en attente de confirmation

Face à la baisse de charge et au développement du chômage partiel chez STX France et ses sous-traitants, la transformation en commande de la lettre d'intention signée le 1er mars par MSC Cruises est vitale. Prévue pour être annoncée dans le courant de ce mois, la bonne nouvelle, tant attendue, n'est toujours pas tombée. A Saint-Nazaire, on se veut néanmoins optimiste sur une conclusion rapide de ce projet, qui porte sur la livraison, mi-2012, d'un paquebot de 1751 cabines. Le chantier, l'Etat, la Coface, un pool de banques et MSC travaillent toujours sur le montage financier de ce bateau, dont le coût dépasse 500 millions d'euros. En attendant, Saint-Nazaire voit avec une certaine appréhension la progression du travail sur le dernier paquebot en construction. L'impressionnant Norwegian Epic (2100 cabines) en est au stade de l'achèvement et quittera l'estuaire de la Loire en juin. En dehors de ce géant, le chantier ne travaille plus que sur un bâtiment de projection et de commandement (BPC) pour la Marine nationale (livrable en 2011). En production, les ateliers ont progressivement fermé et, en juin, les milliers de sous-traitants qui travaillent à l'aménagement des navires de croisière se retrouveront sur le carreau pour au moins 10 à 12 mois. Afin d'apporter de la charge, la direction compte donc sur le nouveau MSC mais aussi sur les fruits de sa politique de diversification. La commande d'un navire de construction d'éoliennes est toujours espérée, de même que celle d'au moins un BPC pour la Russie. En plus de MSC, STX s'est également fixé pour objectif de remporter, cette année, un second succès dans la croisière.

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