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Améliorer l'autoprotection des BPC du type Mistral

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Améliorer l'autoprotection des BPC du type Mistral

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La Marine nationale planche actuellement sur un programme d'amélioration de l'autoprotection de ses Bâtiments de Projection et de Commandement. Livrés en 2006 et 2007 par DCNS, les Mistral et Tonnerre sont des navires amphibies, capables de mettre à l'eau à proximité d'une plage des chalands de débarquement, tout en opérant 16 hélicoptères. Ils ont été conçus pour manoeuvrer dans des zones dites « nettoyées », c'est-à-dire une fois que la menace adverse a été traitée par les unités de combat. Or, le premier déploiement opérationnel du Mistral, l'été dernier au Liban, a démontré que les BPC pouvaient évoluer dans des régions à risques. Dans un contexte de guérilla, malgré les repérages, le travail de renseignement et l'action des forces spéciales, le risque « 0 » n'existe pas. Les Israéliens en ont fait l'expérience à cette occasion. Ainsi, durant le conflit avec le Hezbollah, une corvette israélienne du type Saar V, qui évoluait au large du Liban, a été gravement endommagée par un missile tiré depuis la côte. Cette attaque a fait prendre conscience aux militaires Français des limites de l'actuelle protection du Mistral. Ce dernier fut utilisé durant le conflit pour les opérations d'évacuation de ressortissants, une mission au cours de laquelle il a accueilli des milliers de civils. Unité « précieuse », le BPC est aussi, en combat naval, une « superbe cible ». Affichant un déplacement de 21.500 tonnes, c'est un navire très volumineux, avec ses 199 mètres de long et ses flancs très hauts (par rapport au Charles de Gaulle, son pont d'envol est plus élevé d'un mètre). Or, pour se défendre, le BPC ne dispose actuellement que de deux lanceurs Simbad. Cet affut, composé de deux missiles à courte portée « Mistral » (6 kilomètres), est opéré par un servant. Par rapport à un système totalement automatique, cette disposition peut allonger le temps de réaction : « Face à un missile subsonique, le délai pour réagir est très bref, de quelques minutes seulement, parfois moins si, dans le cas d'un tir depuis la côte, le bâtiment se trouve proche du littoral », explique un spécialiste. Bien que le déploiement d'un tel navire se fasse toujours sous la solide escorte d'une frégate antiaérienne, la problématique de l'autoprotection est prise très au sérieux. Question de prudence et d'anticipation de la menace.

Canons télé-opérés et nouveaux systèmes surface-air ?

L'une des solutions pourrait donc consister à installer un système Tetral. Commercialisé par MBDA, ce lanceur quadruple met lui aussi en oeuvre des missiles Mistral. Il dispose de quatre munitions prêtes à l'emploi et présente surtout l'avantage d'être télé-opéré. L'oeil du servant laisse place, pour le guidage et la conduite de tir, à un autodirecteur infrarouge, permettant une riposte de jour comme de nuit. Intégré dans le système de combat et de conduite de tir du navire, le Tetral tire automatiquement après téléchargement des données relatives à la cible. Le temps de réaction est très court, le premier missile étant tiré 5 secondes après réception des données et le second 3 secondes plus tard. On notera que le Tetral peut également répondre à la problématique des menaces asymétriques, ayant la capacité de tirer contre de petites unités de surface, du type embarcations pneumatiques. En matière de missiles, une autre solution avait été envisagée, à savoir la mise en place de lanceurs verticaux pour Mica VL (dérivés des missiles air-air embarqués sur Mirage et Rafale). Les BPC ont été conçus pour pouvoir recevoir ce type d'équipements, logeables dans les encorbellements. Toutefois, pour des questions budgétaires, cette option pourrait être écartée. Le manque de crédit avait d'ailleurs contraint le ministère de la Défense à ne pas installer sur les Mistral et Tonnerre les deux canons de 30 mm initialement prévus (bâbord avant et tribord arrière). L'artillerie de petit calibre devenant incontournable pour protéger les navires, la Marine souhaite que ce type de matériel soit embarqué. Tout comme les missiles, les pièces doivent être, pour une meilleure efficacité, télé-opérées, c'est-à-dire commandées par un opérateur et une console installés à l'intérieur du bâtiment.

Veille, détection et protection sous-marine

Outre la mise en place de nouvelles armes, l'autoprotection des bâtiments devrait également passer par une amélioration des systèmes de veille, de détection et de contre-mesures. Des solutions de veille infrarouge peuvent être trouvées, à l'image des systèmes produits par Sagem ( Vigy, Vampir...) Pour protéger les gros navires que sont les BPC, des brouilleurs de radar peuvent également trouver leur utilité, à l'instar des équipements de la famille de l'ARBB 36 de Thales, installé sur le Charles de Gaulle. Ce brouilleur permet de protéger le bateau contre les radars de veille et de désignation d'objectif, les radars de conduite de tir et les autodirecteurs électromagnétiques des missiles. Il n'est toutefois pas suffisant, à lui seul, pour protéger à coup sûr la plateforme. En dehors des systèmes actifs (canons, missiles antimissiles), un dernier rempart pourrait être érigé au travers d'un système du type Leurre Actif Décalé (LAD). Il s'agit là encore d'un brouilleur, mais celui-ci est contenu dans une roquette lancée depuis le navire. Relativement compact, ce système permet de leurrer les autodirecteurs des missiles en produisant des échos éloignés du bâtiment. Plusieurs équipements de ce type ont été étudiés, comme le Nulka et le Siren. Dans le cadre du Plan d'Etude Amont (PEA) « Accolade », la Délégation Générale pour l'Armement (au travers de l'Unité de Management NAV), et le UK Naval Electronic Warfare, se sont d'ailleurs récemment associés pour étudier et développer un prototype de leurre actif décalé de nouvelle génération.
Enfin, il sera également possible, pour la protection anti-sous-marine, d'équiper les BPC d'un système de lutte anti-torpille (SLAT). Ce dispositif peut être installé dans l'une des niches situées à l'arrière, en lieu et place de l'une des embarcations pneumatiques.

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