Défense
Amiral Bertrand : « La Polynésie a évité une catastrophe écologique majeure »

Interview

Amiral Bertrand : « La Polynésie a évité une catastrophe écologique majeure »

Défense
Marine Marchande
Pêche

Retour sur l’opération de sauvetage du vraquier Thorco Lineage dans les Tuamotu mais aussi évolution des problématiques maritimes dans le Pacifique et renouvellement des moyens de la Marine nationale basés dans la région. Le contre-amiral Denis Bertrand, commandant supérieur des Forces armées en Polynésie française et commandant des zones maritimes Polynésie française et océan Pacifique depuis deux ans, fait le point avec Mer et Marine sur les opérations et enjeux dans cette zone stratégique pour la France.

Le vraquier Thorco Lineage, qui effectuait un transit entre Baltimore et Hobart avec une cargaison de plus de 10.000 tonnes de calcine de zinc, a pu être déséchoué du platier de Raroia, dans les Tuamotou, grâce à une intervention rapide. Le risque d’un naufrage était-il imminent ? 

Je partage l’avis des experts : le navire était voué à se déchirer à très court terme s’il était resté échoué car il était drossé sur le platier et son arrière prenait des coups répétés. Les plongées effectuées après le déséchouement ont montré d’importants dégâts : le safran était arraché, l’hélice très endommagée et la coque présentait des traces de chocs voire d’enfoncement. Malgré tout, la coque a conservé son intégrité ce qui nous a permis de le remorquer jusqu’à Papeete.

Comment se sont organisés les secours quand l’alerte a été donnée ?

Quand nous avons appris l’échouement du Thorco Lineage, vers 9H30 le dimanche 24 juin, il a fallu agir très vite. 35 minutes plus tard, l’un de nos hélicoptères Dauphin décollait, immédiatement suivi par un avion de surveillance maritime Gardian. L’objectif était d’abord de savoir exactement ce qui se passait et d’être en mesure de sauver l’équipage, car à ce moment-là nous n’avions aucun contact avec le navire. Dès midi, grâce à ces moyens, nous avions un point de situation et un premier échange avec le bateau, dont les marins étaient sains et saufs.  Nous avons constaté que nous n’étions pas dans la même situation que celle du Kea Trader en Nouvelle-Calédonie. Là, nous avions un bateau qui était à flot et retenu par l’arrière, donc il y avait sans doute une possibilité de le sortir de là.

A condition d’aller très vite…

En effet, deux courses contre la montre se sont dès lors engagées.

La première consistait à engager tous les moyens disponibles pour pouvoir, si besoin, extraire la cargaison et le fuel. Sachant que le problème, en Polynésie, est que nous n’avons pas de moyen dédié et en faire venir des Etats-Unis, cela prend 10 jours.

Mais le navire était encore en état et nous avions une fenêtre météo favorable pour tenter un déséchouement. Tenter ce sauvetage fut notre seconde course contre la montre.

 

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