Défense
Amiral Boidevezi : « Comme en mer de Chine, on assiste à une territorialisation de la Méditerranée »

Interview

Amiral Boidevezi : « Comme en mer de Chine, on assiste à une territorialisation de la Méditerranée »

Défense

Le 31 août dernier, le vice-amiral d’escadre Gilles Boidevezi a pris les fonctions de préfet maritime de la Méditerranée. Un théâtre que l’officier connait bien pour y avoir effectué une partie de sa carrière dans les forces de surface et avoir été adjoint opération de la « Prémar » de 2014 à 2016. Alors que la Méditerranée est un espace complexe qui connait une dégradation sécuritaire et de plus en plus de tensions entre pays riverains, son regard sur l’évolution de cette zone est d’autant plus intéressant que l’amiral Boidevezi a été précédemment en charge des relations internationales puis des opérations à l’état-major de la Marine nationale, ou encore commandant adjoint de l’opération européenne Sophia entre 2017 et 2018. Dans un long entretien accordé à Mer et Marine, il revient sur les enjeux de cette zone stratégique et les menaces qui s’y développent. 

MER ET MARINE : Quelle est l’évolution de la situation sécuritaire dans le bassin méditerranéen ?  

VAE GILLES BOIDEVEZI : On distingue une tendance de fond qui se dégage depuis une dizaine d’années et des évolutions conjoncturelles depuis un an ou deux. Sur le fond, ce qui est notable depuis plus de 10 ans, c’est la quasi-absence des Américains de la zone. Pendant la guerre froide, il y avait la sixième flotte basée à Naples et l’US Navy était très présente et active. Désormais, la première des priorités pour les Etats-Unis est l’Indopacifique et la seconde le Moyen-Orient. La Méditerranée, vue comme un espace de transit pour leurs forces expéditionnaires, revêt une importance bien moindre et on y trouve dès lors très peu de bâtiments américains déployés. Et, assez naturellement, ce vide est comblé par d’autres marines.

Quels sont les pays dont l’activité navale s’est accrue ?

Certains sont de retour, comme les Russes qui sont initialement revenus depuis la mer Noire et leurs bases du nord à partir de 2013 avec la crise en Syrie. Celle-ci les a amenés à réinvestir à terre puis à Tartous, qui est devenu un port de déploiement et de soutien pour la marine russe en Méditerranée orientale et au-delà, vers l’Ouest (Méditerranée centrale) et vers le Sud (mer Rouge). On a ainsi assisté à une réappropriation russe du Moyen-Orient, avec une présence qui est actuellement stable, et qui peut s’accroître ponctuellement en fonction des mouvements navals russes d’un théâtre à l’autre.

Il y a aussi, bien sûr, la Turquie, qui a toujours eu une flotte importante et active dans ses approches. Mais on voit bien qu’elle renforce son activité navale et s’éloigne de ses côtes, comme on a pu le constater en Libye. L’activité navale turque, aiguillonnée par le concept stratégique de « Patrie Bleue », déborde ainsi sur la Méditerranée centrale et s’élargit.

La marine chinoise aussi a une

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