Défense
Amiral Coindreau : « La flotte est moins grande mais plus efficace »

Interview

Amiral Coindreau : « La flotte est moins grande mais plus efficace »

Défense

Après avoir passé deux ans à la tête de la Force d’Action Navale, le vice-amiral d’escadre Philippe Coindreau passera la barre, le 1er septembre, au vice-amiral d’escadre Denis Béraud. L’occasion de faire le point avec le patron des bâtiments de surface. Ces deux dernières années, la FAN a, en effet, connu d’importantes évolutions, avec l’arrivée des premières frégates multi-missions (FREMM) et leurs conséquences, notamment en termes de ressources humaines. L’entrainement des forces est aussi en pleine évolution, alors que le format de la flotte continue de se contracter sans que le nombre de missions diminue, bien au contraire. Ancien pilote d’avion de patrouille maritime, l’amiral Coindreau, qui fut avant de devenir ALFAN commandant de la force aéromaritime de réaction rapide, nous livre également son sentiment sur l’efficacité de la marine tricolore et la perception qu’en ont ses grands partenaires.

MER ET MARINE : ALFAN a pour mission de fournir des forces de surface (les bâtiments et leurs marins) disponibles et entrainées à l’Etat-major des armées, qui en détermine l’emploi. Mais il a aussi une autre mission, beaucoup moins connue : celle de commandant de la Force aéronavale nucléaire (CO-FANU) …

VAE PHILIPPE COINDREAU : En effet, la FANU s’appuie sur le triptyque Charles de Gaulle/Rafale/ASMPA, la composante Rafale/ASMPA étant la même que celle des Forces Aériennes Stratégiques (FAS). C’est le porte-avions qui change les perspectives d’emploi, permettant de déployer les Rafale armés d’ASMPA depuis n’importe quel océan du globe.

Faute de second porte-avions, on imagine que la FANU, contrairement à la composante sous-marine par exemple, n’offre pas une capacité permanente ?

En effet, la FANU n’est pas une composante permanente, en particulier quand notre seul porte-avions est en arrêt technique. Quand ce dernier est opérationnel, la FANU peut toutefois être mise en œuvre sous très faible préavis. En complément des FAS, elle apporte des options de réponse au pouvoir politique.

La FANU est tout de même un élément important de la dissuasion en complément des FAS et des SNLE de la Force Océanique Stratégique. Comment gérez-vous cette composante particulière ?

Particulière, mais également primordiale ! Il y a un entrainement permanent des équipages et techniciens chargés de cette mission. Nous nous appuyons sur un vivier de pilotes et de techniciens, par exemple des mécaniciens et armuriers, bénéficiant d’un niveau d’ancienneté et de qualification suffisants. Ils disposent du label FANU et ont un entrainement ad hoc, même s’il existe un tronc commun avec l’entrainement classique.

Les Ressources Humaines sont pour vous un enjeu majeur et au cœur de vos préoccupations en tant que « pourvoyeur de forces ». Cela, alors que la Marine nationale, comme les autres armées, a perdu de nombreux postes ces dernières années. Et les effectifs vont continuer de se compresser. L’entrée en service de nouveaux bâtiments, beaucoup plus automatisés et nécessitant donc des équipages moins nombreux, permet-elle de compenser ces réductions de personnel ?

La marine rallie le format lié au Livre Blanc et à la loi de programmation militaire, avec comme objectif 2025 et le renouvellement de la flotte. Pour la seule Force d’Action Navale, la déflation d'effectifs  sera peu ou prou, satisfaite par le jeu des admissions au service actif et des désarmements des bâtiments. Ainsi, quand on retire du service une frégate du type F70 et qu’elle est remplacée par une FREMM conçue pour fonctionner avec un équipage « optimisé », c’est 150 postes que nous sommes en mesure de restituer. Mais, atteindre les déflations imposées, armer des bâtiments à équipage réduit tout en permettant à ces derniers de maîtriser de nouvelles technologies, très automatisées, est un vrai défi. 

La FAN est passée sous la barre des 100 bâtiments de surface, qui sont aujourd’hui armés par 9600 hommes et femmes. Jusqu’où ira la baisse du nombre de marins ?

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