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AMTSV : L’étonnant remorqueur de soutien arctique de Damen

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AMTSV : L’étonnant remorqueur de soutien arctique de Damen

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Un navire multifonctions propulsé au gaz et spécialement conçu pour les services à l’offshore dans les régions arctiques. Il s’agit de l’AMTSV (Arctic Modular Towing Supply Vessel), un nouveau design développé par le groupe néerlandais Damen, qui a travaillé sur la base de recherches effectuées par un groupe de cinq étudiants de l’Université de Technologie de Delft, aux Pays-Bas. Ces élèves ingénieurs, suivant un cursus d’ingénierie arctique, ont imaginé un bateau capable de répondre aux besoins émergeants dans les zones polaires. Damen, ainsi que d’autres partenaires (le bureau de classification DNV, l’institut de recherche hydrodynamique et nautique néerlandais Marin, ainsi que deux universités), sont partis de ces travaux pour concevoir l’AMTSV.

Le projet s’est déroulé en trois phases. D’abord, analyser la documentation issue des recherches du groupe d’étudiants, afin de déterminer l’environnement, la géographie et le marché en Arctique. Cela, pour déterminer le profil d’emploi opérationnel du navire. Ensuite, une étude comparative a été réalisée sur les capacités arctiques de trois designs existants développés par Damen. La troisième étape, enfin, a consisté à développer le design de l’AMTSV, en combinant les travaux universitaires avec le concept de remorqueur de soutien à l’offshore dévoilé fin janvier par Damen.

 

 

Les cinq élèves ingénieurs ayant participé au projet (© DAMEN)

Les cinq élèves ingénieurs ayant participé au projet (© DAMEN)

 

 

Deux étraves dont une poupe brise-glace

 

 

Il en résulte un navire de 6050 tonnes de port en lourd, long de 104.7 mètres et large de 21.5 mètres. Un bateau conçu pour pouvoir, en fonctions de l’épaisseur de glace, opérer toute l’année ou en majeure partie dans les eaux arctiques. Ainsi, selon Damen, l’AMTSV serait exploitable à l’année en mer de Barents, et 8 mois par an en mer de Baffin et en mer de Beaufort.

Dans cette perspective, le navire a été doté de deux étraves, intégrées dès l’origine dans sa disposition structurelle. La première, classique, est à l’avant, très haute et destinée à affronter de fortes vagues lors des navigations en eaux libres. En revanche, lorsqu’il s’agit d’évoluer sur une mer glacée, c’est en marche arrière que la manœuvre est effectuée, la poupe ayant été spécialement conçue pour briser la glace. La présence à proximité des deux propulseurs offre, alors, un maximum de puissance. D’après Damen, l’AMTSV est, ainsi, en mesure de franchir 1.6 mètre d’épaisseur de glace à la vitesse de 3 nœuds et peut encore avancer avec 2 mètres de glace.  

 

 

L'AMTSV (© DAMEN)

L'AMTSV (© DAMEN)

 

 

Remorquage par la poupe ou la proue

 

 

L’une des missions de l’AMTSV est le remorquage. A cet effet, il dispose d’une architecture originale  lui permettant de pouvoir remorquer un bateau en marche avant ou arrière. Alors que le treuil est situé dans la partie avant, la remorque peut non seulement être déployée par la proue - ce qui est logique au cas où l’AMTSV tracte un navire en ouvrant une voie dans les glaces – mais également par l’arrière. Le câble, guidé par des cabillauds, courre en effet sur toute la longueur du pont principal, qui inclut la vaste plage arrière. La puissance du navire en tant que remorqueur est importante, avec une capacité de traction au point fixe de 140 tonnes.  

 

 

L'AMTSV (© DAMEN)

L'AMTSV (© DAMEN)

 

 

Propulsion au GNL

 

 

L’AMTSV se distingue également par sa propulsion duale, avec des moteurs fonctionnant au fuel mais aussi au Gaz Naturel Liquéfié. Bien moins polluant, le GNL permet au navire d’être plus respectueux de l’environnement. Et il se prête plutôt bien à ce type de bateau, même si la position très haute des cuves de stockage de GNL peut surprendre en termes de stabilité. Elle s’explique par le fait que les navires construits pour les opérations en zones polaires ont une coque renforcée, bien plus lourde que les homologues évoluant en eaux libres. Le centre de gravité est donc plus bas, ce qui permet de charger un peu plus les hauts et, dans ce cas, d’obtenir la place nécessaire à l’installation des cuves, qui contiennent 1050 m3 de GNL. Concernant l’autonomie, ces réserves permettent au navire d’opérer pendant 15.5 jours avec une propulsion au gaz. A cela s’ajoutent 22.5 jours d’autonomie avec le carburant classique (950 m3).

 

 

L'AMTSV (© DAMEN)

L'AMTSV (© DAMEN)

 

 

Concernant les machines, l’AMTSV, qui peut atteindre la vitesse de 14 nœuds, dispose de quatre moteurs fuel/GNL (1 x 7.2 MW, 1 x 4.05 MW, 2 x 2.7 MW) pour une puissance totale de 16.65 MW. Les propulseurs principaux sont deux pods (moteurs électriques placés dans des nacelles orientables sous la poupe) du type Azipod, avec une puissance de 6.5 MW chacun. En plus de sa propulsion principale, le navire est également doté à l’avant d’un propulseur en tunnel et d’un propulseur azimutal rétractable lui permettant, en plus des Azipods, de manœuvrer avec une grande précision.

 

 

D’importantes capacités d’emport

 

 

Le but de l’AMTSV est de pouvoir assurer des prestations de soutien et d’assistance dans la perspective du développement des activités offshore en Arctique. Des opérations qui nécessiteront des navires adaptés à différents services, comme des capacités de construction sous-marine, le soutien des plateformes et la maintenance des installations sous-marines, ou encore les transferts de personnel et de matériel, ainsi que le ravitaillement en vivres et carburant. A cet effet, l’AMTSV est doté d’une grande plage arrière de 775 m², à laquelle s’ajoute un pont cargo de 440 m². Ce dernier fait partie de l’ESS (Enclosed Superstructure), espace protégé intégré à la superstructure. Logée contre les parois derrière lesquelles se trouve l’intérieur du navire, cette zones est conçue pour permettre au personnel de travailler dans des conditions bien moins sévères qu’en plein air, notamment en terme de température (0° dans l’ESS lorsque le thermomètre affiche à l’extérieur – 55°). Cet espace peut également servir au stockage des marchandises sensibles. Des zones sont par ailleurs prévues pour loger 50 conteneurs standards de type EVP, le volume de fret sec embarqué pouvant atteindre 325 m3. L’AMTSV compte, en outre, des soutes permettant de contenir 1300 m3 de boues de forage. Et pour les livraisons de carburant aux unités offshore,  le navire dispose, en plus des réserves destinées à sa propre consommation, de  1000 m3 de cuves à combustible. Côté manutention, il est équipé d’une grue pouvant lever une charge de 3 tonnes à 15 mètres.

 

 

L'AMTSV (© DAMEN)

L'AMTSV (© DAMEN)

 

 

Sauvetage et lutte contre les sinistres

 

 

Armé par un équipage de 35 personnes, l’AMTSV est conçu pour mettre en œuvre des moyens de lutte contre les incendies et des dispositifs de récupération d’hydrocarbures en mer en cas de marée noire. A même par conséquent d’intervenir en cas de sinistre sur une installation offshore, il offre également de très importantes capacités d’accueil. Celles-ci sont indispensables compte tenu du cadre dans lequel le navire est appelé à travailler : des zones polaires très difficiles d’accès et éloignées des secours terrestres. S’il fallait par exemple évacuer une plateforme située dans une région aussi inhospitalière que l’Arctique, des moyens adéquats seraient nécessaires pour sauver les personnels. Ainsi, le bateau est prévu pour pouvoir accueillir 150 naufragés. Il peut, de plus, embarquer un hélicoptère, sa plage arrière, qui sert de plateforme, donnant directement accès à un vaste hangar.

 

 

Adaptable pour les travaux sous-marins de construction

 

 

On notera que la version de base présentée par Damen peut être customisée en fonction des besoins. L’AMTSV est, ainsi, non seulement conçu pour servir de gros navire de soutien de plateforme (PSV - Platform Supply Vessel) ou de remorqueur ravitailleur releveur d’ancres (AHTS - Anchor Handling Tug Supply Vessel), mais aussi de navire de construction sous-marine. Dans cette configuration, il peut être doté d’une grue offshore de forte capacité, d’une moopool (ouverture au centre de la coque permettant la mise à l’eau d’engins à l’aplomb du navire) ou encore de robots télé-opérés. 

Damen Arctique et Antarctique