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Anchois : « Il faudrait fermer la pêche jusqu'en juillet 2006 »

Alors que Bruxelles a décidé de prolonger l'interdiction de pêcher dans le golfe de Gascogne, certains experts prônent une fermeture jusqu'en juillet 2006. Un coup de massue pour une filière déjà bien malmenée.
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La violente secousse ressentie hier après-midi dans les ports a connu une réplique de forte amplitude hier soir. L'idée de fermer la pêche à l'anchois pendant un an est revenue au grand galop. Après l'annonce par Bruxelles du lancement prochain d'une procédure visant à prolonger de trois mois l'arrêt biologique en vigueur depuis le 2 juillet, on a appris dans la soirée que le comité scientifique, technique et économique de la pêche, qui conseille la Commission européenne, recommande à nouveau d'interrompre les captures « au moins jusqu'en juillet 2006 » ! Le CSTEP juge que le stock d'anchois est "bien en deçà des niveaux de sécurité biologique et que les quantités de juvéniles rejoignant le stock sont cette année très inférieures à celles observées auparavant". L'organisme a donc recommandé le maintien de l'interdiction en attendant que l'on dispose de données scientifiques permettant d'obtenir une estimation fiable des quantités d'anchois adultes.

« Le conflit sera dur »

Les pêcheurs français sont abasourdis, même s'ils ne se faisaient guère d'illusions quant à la suite des évènements. Ils espéraient toutefois que le gouvernement pourrait trouver une issue. La réaction officielle de Paris s'est limitée à l' « étonnement » du ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Dominique Bussereau, « alors que des réunions avec les professionnels, les instances européennes et les autorités espagnoles étaient prévues dans les prochains jours ». A La Turballe (Loire-Atlantique), où 32 chalutiers et 250 emplois sont concernés par l'anchois, les pêcheurs ont appris la nouvelle par la presse et ne cache pas leur colère : « Les conséquences économiques vont devenir dramatiques », explique la présidente du comité local des pêches. Selon Dominique Lebrun, les pêcheurs n'ont aucune solution de secours : « En ce moment, les chalutiers sont à la pêche au thon mais dès qu'il va faire mauvais temps, ce sera problématique. Nos navires ne sont en effet pas conçus pour résister aux périodes de tempête et nous n'avons donc pas de possibilité de replis». La filière, déjà malmenée par la hausse du prix du gasoil, est à bout de souffle. Si aucune solution n'est rapidement trouvée, « le conflit sera dur », prévient Dominique Lebrun, tout en ajoutant : « On ne peut pas, de cette façon, priver des familles entières de revenus ». Les chalutiers, qui ont été récemment renouvelés, ne sont pas encore amortis et l'abandon de l'anchois posera de gros problèmes financiers aux patrons. Reste les aides de l'Etat. Suite à l'interdiction estivale décrétée par Bruxelles, le gouvernement avait accordé une enveloppe de 3.000 euros par marin et 30.000 euros par bateau. En France, l'anchois fait vivre 2500 personnes dont 550 marins.

Pourquoi une campagne d'évaluation n'a pas été menée ?

Aujourd'hui, Bruxelles veut donc interdire la capture dans le Golfe de Gascogne jusqu'à la fin de l'année et peut être, si elle suit les recommandations du CSTEP, jusqu'à l'été prochain. Depuis juin, la Commission affirme qu'elle souhaite des études scientifiques complémentaires sur l'état des stocks de poissons. Pourquoi celles-ci n'ont-elles pas été réalisées ? Selon Dominique Lebrun : « Nous avions demandé à l'Ifremer de mener une campagne mais nous avons appris, (juste avant l'annonce de Bruxelles, ndlr), que les financements n'avaient pas été débloqués ». Deux mois et demi ont donc été perdus, alors que l'institut avait des navires disponibles, à commencer par le tout nouveau Pourquoi pas ?, désarmé trois semaines cet été, faute d'activité... Manifestement conscient de ce flagrant cafouillage, Dominique Bussereau a demandé hier à l'Institut français de la mer « de mener, sans plus attendre, une campagne d'évaluation de la ressource ». Le ministre devrait également rencontrer les professionnels d'ici le 19 septembre, alors qu'une table ronde sur le problème du gasoil est prévue à Nantes le 3 octobre.

L'Espagne se frotte les mains

En attendant de voir les pêcheurs français, Dominique Bussereau doit d'abord rencontrer, dès demain, son homologue espagnole, Elena Espinosa Mangana. Il faut dire que Madrid n'a pas tardé à réagir au projet de la Commission. Hier soir, le ministère espagnol des Pêches a « salué cette décision très raisonnable » et indiqué que « L'Espagne était tout à fait d'accord pour attendre des résultats scientifiques fiables ». Le Golfe de Gascogne est pourtant une zone d'activité traditionnelle pour les pêcheurs ibériques qui sont concernés, au même titre que les flottilles bretonnes, vendéennes et basque, par la pêche à l'anchois. Seulement voilà, outre d'abondantes aides versées par leur gouvernement, contrairement à leurs collègues français, ces derniers ont des solutions de repli, notamment vers le sud et les côtes marocaines. Et puis, n'oublions pas que le Golfe de Gascogne est le théâtre d'enjeux économiques très importants depuis des années. Les heurts entre navires français et espagnols sont fréquents et de l'autre côté des Pyrénées, tout ce qui peut affaiblir les flottilles tricolores est bon à prendre.

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